C'est une anecdote personnelle qui est à l'origine de ce billet. Une Box défaillante, des services triple play en panne, notamment
la télévision le jour de la finale de Roland-Garros...près d'une heure d'attente et de discussion avec le support après-vente de l'opérateur, et des solutions proposées (on/off/reset) bien peu
convaincantes, et surtout sans effet. Pour finir, une escalade vers de mystérieux "services compétents" qui n'ont jamais rappelé, et une offre de discount de 10€ sur la facture mensuelle pour
temporairement calmer mon impatience grandissante.
Qu'il est difficile de vendre des solutions techniques complexes à des millions de consommateurs sans provoquer chez eux un profond agacement au contact de services soi-disant "numéro 1 de la relation client". Il suffit de faire quelques recherches sur les forums d'utilisateurs d'opérateurs télécom: pannes non résolues, délais de réponse importants, mauvais suivis des dossiers, déresponsabilisation...sont autant de motifs de non satisfaction. Or il coûte cinq fois plus cher de recruter un client que de le conserver. Et un client insatisfait parlera de ses mésaventures à dix autres personnes en moyenne, chiffre démultiplié par le biais d'internet. Les consommateurs sont nombreux à se plaindre de la mauvaise qualité ou de l'incohérence des réponses délivrées par les services clients, facteur d'infidélité chronique et d'une image de marque dégradée.
Revenons un instant à l'anecdote personnelle. Une rapide revue des forums me convainc que l'erreur F3086 qui s'affiche sur mon
écran est courante, sans réponse évidente; certains clients se plaignent d'un service interrompu depuis des semaines, voire des mois! Que faire? Client insatisfait, mon premier réflexe est de me
plaindre de ma mésaventure. Mais je choisis de le faire sur Twitter. Mon premier message est repris par plusieurs followers compatissants, dont une journaliste d'un quotidien économique de
premier plan qui me retweete en ajoutant l'adresse du PDG de l'operateur à toutes fins utiles. Quelques minutes plus tard, le community manageur de l'opérateur me contacte sur
Twitter, se renseigne, prend mon dossier en main, me tiens au courant de la situation. Nous sommes samedi. Sans nouvelles le lundi suivant, je relance, toujours sur Twitter. Très rapidement, les
réponses me parviennent. Le community manager qui m'avait contacté samedi est parti en congés, le passage de témoin ne s'est pas bien fait; mais une nouvelle personne de l'équipe reprend le
flambeau, me rassure, me tient informé. Mardi matin, un tweet proactif m'est envoyé. Le dossier progresse, le problème est identifié, en voie d'être résolu. Quelques heures plus tard, tout est
rentré dans l'ordre.
Quelle différence d'interactivité et d'influence entre un appel téléphonique vers un call center et le dialogue public, dynamique, efficace sur Twitter. L'équipe de community managers semble dotée de toutes les bonnes interfaces en interne pour résoudre les problèmes des clients; elle est réactive, même parfois proactive, capable aussi bien de prendre en charge un dysfonctionnement que de répondre à des questions pointues sur les critères d'éligibilité des futures offres VDSL2. Bien sûr, il y a un jeu d'influence au départ; tous les clients n'ont pas des milliers de followers spécialisés et une influence susceptible d'entamer l'image de marque de l'opérateur. Je suppose que la réactivité, comme partout, est proportionnelle à l'influence du client qui se plaint; les équipes de community managers ne sont pas infinies, il faut là aussi une gestion des priorités. Néanmoins tous les échanges se font sur un espace public, ce qui change significativement la donne.
Remettre le client au centre de son dispositif de communication, intégrer ses commentaires et l'action des collaborateurs de l'entreprise dans cette communication publique...n'est-ce pas là la clé d'une plus grande transparence, et d'une satisfaction client plus grande? Peu d'entreprises y arrivent, malgré le travail de fourmi des community managers dont les efforts sont de mieux en mieux reconnus. En revanche, les clients ne sont jamais avares de commentaires sur les prestations des entreprises. Certains y voient une mine de renseignements pour classer la qualité de service de ces entreprises. Ainsi l'excellent Blog du Communicant 2.0 a-t-il récemment mis en lumière cette initiative pour noter les transports aériens sur Twitter, pour signaler les bonnes ou mauvaises expériences et publier des statistiques.
L'avenir des services clients passe par les réseaux sociaux: ce qui semble évident d'un point de vue théorique le devient plus encore après une expérience concrète de la puissance de fidélisation associée à ce phénomène. Il est fort probable que les initiatives se multiplient pour capter, organiser et communiquer les "like" et les "fails" des clients en temps réel. Les sociétés qui se seront organisées en conséquence, et qui auront des équipes en place pour accompagner les clients sur leurs réseaux favoris auront un immense avantage. Celles qui resteront uniquement dans un modèle de call center téléphonique d'arrière-garde feront figure de dinosaures, avec le risque d'extinction associé.
Qu'il est difficile parfois de faire rêver les populations sur des sujets éminemment techniques, remplis d'acronymes barbares et de mégabitparsecondes peu évocateurs. Les
armoires électroniques qui constituent cependant l'essentiel de nos réseaux ultra-modernes de télécommunications ne font pas recette; à la grand-messe du Mobile World Congress de Barcelone, ce
sont les téléphones et autres objets connectés qui sont rois. Rien à faire: le marketing du B-to-B s'efface devant la domination des campagnes de publicité grand-public. Il y a bien Cisco qui
avait lancé en 2007 sa
D'abord le Cube de la solution Lightradio d'Alcatel-Lucent: fruit de la recherche des célèbres laboratoires de Recherche et Développement Bell Labs, lancé en fanfare il y a deux
ans, l'équipement fait 5 centimètres de côté, loin, très loin de la taille des stations de base classique, et bien moins énergivore. S
"D’ici 2020, c’est un renouvellement complet de l’infrastructure de communication de la France qui est engagé". Citation de François Hollande en Auvergne hier? Non, d'Eric
Besson en Novembre 2011 à l'occasion d'un 
"La question
d'un EADS des télécoms mérite d'être posée", disait Stéphane Richard en Juin de l'an dernier en marge de l'inauguration à Marseille du réseau 4G d'Orange. L'expression a été reprise plusieurs
fois dans les médias pour décrire les prises de positions de Philippe Camus, Président d'Alcatel-Lucent, et d'Arnaud Montebourg, Ministre du Redressement Productif sur la constitution d'un géant
européen des télécoms capable de tenir tête aux opérateurs continentaux américains et chinois. Et aujourd'hui encore se pose la question de la consolidation d'acteurs de cette industrie à
l'occasion du renouvellement en avril prochain du contrat d'actionnaire entre Nokia et Siemens dans leur JV NSN, et des difficultés financières des équipementiers européens illustrées par leurs
résultats 2012. D'autres voix se sont élevées au sein de la Commission Européenne pour la mutualisation d'infrastructures et la constitution d'un réseau à l'échelle du continent; vite démenties,
ces intentions ne reflètent pas moins la même volonté de "voir grand", de faire tomber les barrières nationales et de provoquer, si possible, le renouveau financier et technologique de la filière
des télécoms européenne.
Cette mise au point effectuée, revenons à notre question initiale: quel avenir pour un acteur européen des télécoms d'envergure
européenne? Si l'on évoque l'idée d'un super-opérateur européen, il faut d'abord préciser qu'il existe déjà de tels champions dont les filiales sont présentes dans de nombreux pays du continent.
Orange, bien sûr, dont les achats se font en commun avec Deutsche Telekom depuis la création de la JV
Mais qu'en est-il des équipementiers? Un acteur industriel fort doit-il être créé afin de résister aux coups de boutoir de la
concurrence internationale, notamment chinoise? Rappelons d'abord que le suédois Ericsson reste leader mondial des infrastructures de réseaux mobiles, que Nokia-Siemens-Networks (NSN) vise la
deuxième place sur ce même marché cette année et qu'Alcatel-Lucent est leader reconnu dans les technologies IP et optiques. Certes les chinois Huawei et ZTE exercent une concurrence féroce sur
l'ensemble des lignes de produits, mais l'Europe accuielle déjà les sièges de trois acteurs importants du secteur. La question est donc davantage de savoir si ces trois groupes vont pouvoir
survivre indépendamment ou être amenés à se concentrer davantage, dans la continuité du mouvement engagé après la vente des actifs de Nortel et de Motorola ayant bénéficié aux trois européens. La
rupture probable du pacte d'actionnaire entre Nokia et Siemens en Avril 2013 rend la question encore plus pressante: un acteur industriel peut-il remplacer Siemens dans le capital de NSN, pour un
montant de plus de cinq milliards d'euros ? Cet acteur pourrait-il être européen? La rumeur médiatique d'un possible intérêt d'Alcatel-Lucent paraît peu probable. Engagé dans un plan de
transformation majeur, l'équipementier doit se trouver un nouveau Directeur Général et rétablir sa profitabilité. Ericsson pourrait voir un intérêt à accentuer encore son avance dans le haut
débit mobile et contrôler son concurrent historique finlandais, mais une telle opération poserait sans doute des problèmes de monopole sur certains marchés. Il paraît donc plus probable qu'un
acteur comme Cisco se positionne comme partenaire stratégique auprès de Nokia, pour accélérer son développement sur le marché des équipements de réseaux d'opérateurs mobiles, ou que NSN fasse son
entrée en bourse pour lever les fonds nécessaires. De nouveau, il paraît difficile d'imaginer à court terme un équipementier unique européen. Pas d'EADS des télécoms en vue non plus sur ce
marché...
Il suffit d'acheter un billet de train ou d'avion pour se rendre compte que le prix payé est probablement différent que celui que son voisin a déboursé, pour les mêmes
conditions de voyage, dans la même classe. Outre les segments d'utilisateur (familles nombreuses, séniors, chômeurs,...), le taux d'occupation des trains ou avions y est pour beaucoup. On peut
obtenir de meilleurs prix à l'avance, ou au dernier moment. On peut tout simplement bénéficier d'un faible remplissage du moyen de transport ce jour-là. Les spécialistes de ce phénomène évoquent
aussi la sensibilité des clients à ces différences de prix inexpliquées, troisième paramètre important à prendre en compte avant de mettre en place ces tarifications. Dans le cas d'un réseau fixe
ou mobile, le traffic est par nature distribué de manière irrégulière en fonction de l'heure et de la localisation, d'où certaines congestions aux heures chargées dans les quartiers les plus
denses des capitales. En revanche d'autres parties du réseau sont inutilisées. Ce constat a amené des opérateurs de pays émergents africains à tester, pour des offres de téléphonie mobile
prépayées, la variabilité du prix en fonction de l'occupation du réseau, affichant l'économie réalisée (jusqu'à 90%) en temps réel sur l'écran des utilisateurs. Cette innovation a permis de
lisser le trafic de d'optimiser les investissements en capacité de réseau qui se dimensionnent toujours sur les pics de trafic à heure chargée.
Alors
qu'y a-t-il de nouveau en 4G? Pourquoi cette sortie de Gervais Pélissier, et l'annonce d'aujourd'hui que les services de quatrième génération seront facturés plus cher que ceux des générations
précédentes? Sans doute le LTE permet-il des ruptures de performance de nature à répondre aux attentes des mobinautes, débits moyens favorables aux modes de transmission et de lecture vidéo,
latence très courte. La perception de l'atteinte d'un niveau de qualité comparable aux débits ADSL moyens en France (autour de 4Mbit/s en téléchargement) en situation de mobilité est, en soi,
susceptible de créer la propension à acheter à un prix plus élevé que celui des forfaits 3G. A condition bien entendu que la couverture ne soit pas réduite aux centres des grandes villes, et
qu'elle puisse être correcte à l'intérieur des bâtiments. Par ailleurs, la qualité des services de l'internet les plus populaires doit être bonne, ce qui pose le problème de la répartition des
coûts et des profits le long de la chaîne de valeur, mais crée également les conditions d'une différentiation par les services. Ainsi si la 4G d'un opérateur est en moyenne deux fois plus lente
qu'une autre pour télécharger une vidéo sur un site donné, les consommateurs ne s'y tromperont pas. Mais si au contraire les mêmes erreurs se font que lors du lancement des générations
précédentes, si la stratégie du nivellement par le bas et de la guerre des prix l'emporte, nous aurons d'année en année le même voeu pieux des décideurs, rêvant d'une stratégie de prix qui n'a pu
se produire, jusqu'au prochain palier technologique.
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