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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 19:08

antenne-copie-2L'étude épidémiologique Interphone avait pour objectif d'étudier s'il existait une relation entre l'usage du téléphone mobile et les tumeurs du cerveau. Ses résultats ont été publiés ce 17 mai, soit deux ans en retard sur le calendrier initial; dix ans de recherches ont été nécessaires pour obtenir une valeur statistique précise sur le cas de milliers d'usagers vivant dans treize pays, dont la France. Peut-on enfin tranquilliser les quatre milliards d'utilisateurs du téléphone portable ?


Les résultats sont certes globalement rassurants, car une corrélation statistique entre cancers et utilisation du portable n'intervient que dans le cas d'usage très intensif de celui-ci, supérieur à trente minutes par jour (et à partir de 1640 heures d'utilisation cumulée). Et le professeur Elisabeth Cardis, responsable de l'étude pour le centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), précise que ce résultat n'est pas entièrement significatif en raison d'erreurs possibles dans le recueil des données. D'ailleurs, même dans ce cas, le risque calculé est de l'ordre de dix fois inférieur à celui provoqué par d'autres substances cancérigènes connues, et il n'augmente pas linéairement avec l'exposition.

 

Faut-il pour autant en conclure que tout risque est écarté ? Malheureusement non. Les responsables de l'étude eux-mêmes demandent l'ouverture de nouvelles recherches pour pallier aux manquements d'Interphone.  Quels sont-ils ?

interphone.jpg- la méthodologie de l'étude repose sur des questions posées aux participants (durée et nombre d'appels téléphoniques, position du téléphone sur le crâne, utilisation ou non du kit main-libres, modèle du terminal, etc...). Or il est difficile de s'assurer de la véracité des déclarations qui ne sont soumises à aucun recoupement, par exemple avec les factures détaillées, ou d'autres données factuelles. Faites le test: combien de fois et pendant combien de temps avez-vous appelé la semaine dernière ? Sans références précises, la réponse ne peut être qu'approximative.


- l'étude n'est valable que pour des durées d'exposition inférieures ou égales à douze ans. Or certains cancers peuvent se développer pendant des durées plus longues avant d'être détectés.


- l'analyse permet de comparer les résultats entre les cas malades et les témoins sains. Or certains résultats montrent que les utilisateurs de téléphones portables seraient moins susceptibles de développer des cancers du cerveau que les non-utilisateurs, ce qui tendrait à prouver que l'usage d'un terminal mobile protégerait contre ces pathologies. Cette hypothèse est exclue par les chercheurs, ce qui implique encore probablement l'imprécision de l'acquisition des données, ou un problème d'échantillonnage de la population observée.


- l'usage des terminaux mobiles a considérablement évolué en dix ans. Le temps d'utilisation augmente avec les forfaits illimités, la part de téléphonie baisse proportionnellement au temps passé sur internet, ou a écrire des SMS; le téléphone est plus souvent calé dans la paume de la main que plaqué sur le crâne. Par-ailleurs, Interphone étudie des personnes de 30 à 59 ans, laissant complètement de côté les natifs numériques et la génération Y. Le manque de flexibilité du protocole expérimental, nécessaire à des résultats statistiquement probants, ne parvient pas à suivre les évolutions des usages technologiques.


Interphone laisse les décideurs politiques dans une véritable impasse. Que décider ? Doivent-ils passer outre les déficiences de l'étude et affirmer que tout risque est écarté ? Ou bien doivent-ils, au nom du principe de précaution, continuer sur la voie d'une baisse générale des seuils d'exposition aux ondes, et d'une modification des comportements (par le biais des oreillettes, et de l'interdiction du portable pour les enfants) ? Mais rassurons-nous: l'étude COSMOS vient d'être lancée et suit désormais 250.000 adultes, de 18 à 69 ans, dans cinq pays, pour des résultats qui seront disponibles...en 2030 au plus tôt !


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commentaires

Olivier 19/05/2010 12:08


L'étude Interphone illustre (malheureusement) tout le paradoxe auquel doivent faire face actuellement les experts scientifiques. Sollicités par les politiques, les industriels et le corps social
pour infirmer et/ou valider les thèses et les arguments des différents acteurs, ils snt souvent plongés à leur insu dans une quasi impasse.
D'abord parce que le temps nécessaire aux réponses de la science,n'est pas celui de l'intransigeante attente des acteurs. Dans le cas de la téléphonie mobile, c'est encore plus crucial car cette
technologie n'a véritablement que 15/20 ans d'existence grand public. Autant dire une infinitésimale période probatoire pour le scientifique.
Ensuite, l'incapacité des experts d'Interphone à se prononcer a été criante d'où ce retard de 2ans et des débats sans fin entre les pros, les contres et les perplexes. Entre des minorités
vociférantes qui agitent souvent les chiffons de la peur pour parevenir à leurs fins et ranger la société à leur avis, des politiques pour lesquels montrer qu'on agit est le parapluie toujours
recherché et des indstriels rétifs à plus dialoguer de peur de se faire "assassiner", la voie est étroite, complexe et ce n'est malheureusement pas Interphone qui aidera à éclairer la pénombre dans
laquelle le sujet ne parvient pas à s'extirper.


France 2.0 19/05/2010 14:26



Tout à fait d'accord! Le tout est de rester objectif, et sensible à l'opinion du plus grand nombre (et non seulement de quelques extrémistes). Après tout, n'est-ce pas l'objet de la démocratie




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