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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 08:00

antenne-copie-2"La concurrence par les infrastructures, qui suppose que chacun s'appuie sur son propre réseau, constitue le cœur des politiques d'ouverture à la concurrence dans le secteur des télécommunications en Europe et particulièrement en France". C'est l'Autorité de la concurrence qui réaffirmait en Mars 2013 ce beau principe dans un avis en réponse à une demande du ministre du redressement productif et de la ministre déléguée chargée des PME, de l'innovation et de l'économie numérique. La question d'un partage des infrastructures entre plusieurs opérateurs se pose en effet régulièrement, relayée par les acteurs qui militent en faveur de la concurrence par les services. L'Autorité a tranché, faisant bien la différence entre zones denses et moins denses, ouvrant la voie à des accords comme celui de SFR et Bouygues Telecom hors grosses agglomérations; de la même façon, l'accord d'itinérance entre Orange et Free avait pu être conclu dans le cadre spécifique de l'abaissement des barrières à l'entrée pour le nouvel entrant.


Le réseau a toujours été un important fer de lance des opérateurs pour se différencier; la stratégie d'achat d'équipements de réseau en est la fondation: les équipementiers du marché comme Alcatel-Lucent ou Ericsson investissent en effet plusieurs milliards d'euros par an en recherche et développement pour proposer à leurs clients opérateurs des offres de solutions et de services optimisées. Ensuite, les opérateurs eux-mêmes font des choix d'architecture différents; leurs équipes passent des années à paramétrer au mieux les équipements complexes qui constituent le coeur ou le maillage du réseau pour obtenir la meilleure qualité de service possible. Voilà comment s'établit la concurrence par les infrastructures. L'inverse signifierait d'avoir un seul réseau national d'infrastructures ("dumb pipe" ou tuyau stupide) sur lequel se grefferaient des opérateurs de services qui perdraient ainsi une très grande part des facteurs de différenciation technique.


Mais non, l'Autorité de la concurrence défend la concurrence par les infrastructures, et les opérateurs investissent des sommes importantes dans leurs fréquences et leurs réseaux; il suffit pour cela de suivre les excellentes publications de l'ARCEP qui annonce plus de 5 milliards d'euros d'investissement en France sur les trois premiers trimestres de 2013 hors achat de fréquences. Ce n'est pas rien. 


Seulement voilà...à l'occasion de la consolidation du marché français des opérateurs, SFR est à vendre et Bouygues Telecom annonce être en négociations exclusives pour vendre...son réseau à Free! "Nous sommes entrés en négociations exclusives pour céder à Free pour un montant pouvant aller jusqu'à 1,8 milliard d'euros l'intégralité de notre réseau mobile", annonce la direction de Bouygues Telecom. Nous parlons bien de la totalité du réseau incluant les quinze mille sites du réseau mobile répartis dans la France entière. En contrepartie, le réseau mobile de SFR ne comporte pas moins de trente-deux mille sites. D'un point de vue comptable, l'accord ne semble pas mauvais. Mais il est assez ahurissant que ces réseaux dont on a vanté les qualités spécifiques depuis si longtemps, dont les employés connaissent les moindres recoins et assurent la maintenance quotidienne, et dont les performances sont régulièrement mesurées et comparées par l'ARCEP ou par différents spécialistes, soient échangés d'un claquement de doigt. Ils sont tous fous, résume Benoît Felten dans ZDnet.fr. Tout du moins peut-on dire que le remplacement d'un réseau par un autre pose question dans le cadre d'un projet dit industriel.


images

Ce n'est certes pas la première fois que deux opérateurs fusionnent; en général, leurs réseaux doivent s'entrelacer, les sites surnuméraires sont supprimés dans le cadre de gigantesques projets qui durent plusieurs années; c'était d'ailleurs la logique de l'accord entre Bouygues Telecom et SFR sur les parties moins denses du territoire. Le "swap de réseau entier" a le mérite de la simplicité sur le papier, mais implique une réadaptation complète des équipes techniques, des choix d'architecture, des relations aux fournisseurs. Le réseau mobile de Free devait faire des envieux; pourra-t-il absorber celui de Bouygues Telecom sans perdre sa spécificité?  La concurrence par les infrastructures va continuer, mais son image ressort pour le moins écornée de ces annonces. Les réseaux mobiles semblent devenus une commodité que l'on s'échange, dont les caractéristiques intrinsèques n'ont plus vraiment de valeur. Orange, qui apparaît aux yeux de certains comme le grand perdant des grandes manoeuvres autour de SFR, gardera au moins une cohérence et une stabilité dans son réseau qui lui permettront peut-être de gagner des points auprès de ceux qui finissent toujours par arbitrer: les consommateurs.

 


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Published by France 2.0 - dans Opérateurs
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