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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 14:05

Femto huaweiAnnoncées depuis plusieurs années comme point de convergence entre l'électronique grand public et les réseaux mobiles, célébrées en tant que grand succès commercial imminent, les femto-cellules n'ont toujours pas réellement convaincu la plupart des opérateurs bien que certains, et non des moindres, se risquent aujourd'hui à lancer des offres intéressantes.

 

L'objectif est simple, et multiple:

- décharger les réseaux de données du trafic mobile généré chez soi, ou dans des points de concentration (magasins, hotels, cafés,...). Ce trafic va très fortement augmenter dans les années qui viennent, avec la multiplication des smartphones, tablettes et autres objets communicants domestiques.

- améliorer la couverture dans des zones à signal atténué, ou inexistant: cela aura aussi pour effet en 3G et LTE d'améliorer les performances en débit. Or, en France, 41% des personnes interrogées ne sont pas satisfaites du service 3G de leur opérateur (source UFC-Que-Choisir, 2010).

- fidéliser des foyers et non plus des abonnés uniques: la petite cellule personnelle de la femto permet vise ainsi les familles et les très petites entreprises pour des offres "quadruples play" (internet - téléphonie fixe - télévision - mobile), rendant encore plus compliqué le changement d'opérateur. Or les chiffres du taux d'attrition des FAI français publiés par erreur par l'ARCEP montrent bien qu'il y a encore une volatilité importante de la clientèle ADSL.

- faire payer à l'abonné une partie des coûts de fonctionnement du réseau: en effet l'abonné prend en charge une partie de l'équipement, l'électricité nécessaire au fonctionnement de la femto, et l'accès au réseau de transport de données (au travers de son abonnement ADSL). La maintenance peut aussi être partiellement re-facturée.

antennes- résoudre l'épineuse question de l'installation de nouveaux sites: il faut souvent compter 18 à 24 mois pour installer station de base et antennes de taille standard compte tenu des contraintes réglementaires et de la méfiance des riverains. C'est tout le problème actuel de Free Mobile qui doit créer des milliers de nouveaux sites.

 

Si les raisons de croire au succès des femtos sont nombreuses, il existe aussi des freins importants à leur développement qui expliquent peut-être pourquoi ces stations de base miniature tardent à prendre le chemin de nos salons:

 

- le concurrent principal de ces femtos est évidemment le Wi-Fi qui équipe déjà la plupart des box ADSL et de nombreux routeurs domestiques. La technologie Wi-Fi sert déjà à décharger les réseaux mobiles; la plupart des smartphones est capable de passer automatiquement d'un accès à l'autre, à condition de configurer son téléphone la première fois, un processus fastidieux inhérent à la norme Wi-Fi (clé de sécurité, mode association,...), difficile à mettre en oeuvre pour de nombreux clients. Par ailleurs, une étude de Parks Associate établit que seuls 43% des utilisateurs du Wi-Fi sur leur smartphone en sont parfaitement contents, notamment pour des raisons de faible autonomie de batterie. La connection a la femto devrait se faire de façon plus transparente pour l'utilisateur.

- l'architecture de réseau mobile se complique quand on y ajoute un sous-réseau femto, et l'impact de ces petites cellules sur les plus grandes n'est pas négligeable en termes d'interférences et de trafic de signalisation. Il est recommandé de dédier une porteuse radio aux femtos pour éviter ces problèmes d'ingénierie et d'optimisation réseau, ce qui coûte cher en spectre. Aujourd'hui, les contraintes techniques semblent mieux connues et testées, et ne font plus obstacle aux quelques 13 lancements commerciaux dans le monde. Mais la multiplication de ces femtos augmentera la complexité générale des réseaux. Les difficultés d'AT&T sont là pour le prouver.

- le coût de fabrication de ces femtos a longtemps été un obstacle à leur commercialisation: le mini-77591-femtocell-fem-to-cell-home-3g-sfr.jpgprix de vente trop élevé nécessitait une large subvention de la part de l'opérateur, ce qui rendait les ventes assez marginales. Dans le cas du "home 3G" SFR, le prix de 199€ reste ainsi assez prohibitif. Mais les coûts des composants des femtos diminuent très vite avec les progrès de la microélectronique, et on voit déjà apparaître des offres à moins de 100$.

- la peur des ondes, et la multiplication des sources de champs électromagnétiques dans les habitations inquiète les usagers, bien qu'il soit avéré que les femtocell émettent moins de puissance que les hotspots Wi-Fi. SFR assurait au moment du lancement de Home 3G, que "avec une puissance de 0.01 W la femto emet 100 fois moins qu'une borne Wi-Fi classique; de plus, un téléphone qui capte mieux émet moins d'ondes". Mais les vérités scientifiques n'empêchent pas un certain nombre d'abonnés de se montrer réservés. De plus, si on peut éteindre un boîtier Wi-Fi, il est peut-être plus ennuyeux de mettre régulièrement hors-tension sa station de base personnelle.

ericsson- la champion des infrastructures mobiles, Ericsson, s'est toujours montré réservé envers les femtos 3G, et ne propose pas de telle solution dans son portfolio. Cela pose question, tant l'équipementier suédois est en général aux avant-postes des innovations dans son domaine de prédilection. Cela tient au coût des plate-formes, jugé trop élevé pour faire naître un succès de masse, et à la cannibalisation probable entre femtos et stations de base usuelles. L'écosystème femto est donc incomplet, ce qui fait réfléchir certains opérateurs.

 

La revue des freins au développement du marché des femtos montre que des solutions ou des contre-arguments ont été trouvés pour la plupart d'entre eux. Reste l'importante barrière à l'entrée du prix; des voix s'élèvent de plus en plus fort pour encourager les opérateurs à imaginer de nouveaux business models, à l'image de Cisco qui conseille purement et simplement de donner les femtos aux abonnés, un investissement très rentable à moyen et long-terme (vidéo en anglais).

 

 

 

C'est d'ailleurs ce que fait Softbank au Japon, qui propose en outre la gratuité de l'abonnement ADSL aux abonnés prêts à souscrire pour deux ans. Il est vraisemblable aussi que Free Mobile, qui a annoncé vouloir munir de femto une version ultérieure de la freebox, ne fera pas payer cet ajout.

 

Cette innovation dans le modèle de prix est probablement le seul moyen de provoquer le succès grand-public des femtos. Iliad doit y compter en France, et d'autres opérateurs s'y engageront à sa suite. Si la simplicité et la valeur ajoutée sont au rendez-vous, ce pourrait bien devenir un facteur important de différenciation entre les offres convergentes; on ne parlera alors plus de serpent de mer, mais bien de succès. 

 

 

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Published by France 2.0 - dans Opérateurs
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