Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 20:11

Nokialu2.jpgLe serpent de mer de la fusion entre Nokia et Alcatel-Lucent fait le bonheur des analystes économiques car il porte en lui à la fois un rationnel indéniable, et aussi une liste d'obstacles très ardus; bref, il est possible de dire tout ou son contraire sans avoir grande chance de se tromper.


Si un mouvement de concentration des grands constructeurs paraît inéluctable sur les technologies majeures des réseaux fixes et mobiles gourmandes en recherche et développement et donc nécessitant des économies d'échelle (LTE, accès fixe), ou sur des offres de service globales (externalisation des opérations de réseau), la survie de fournisseurs secondaires spécialisés, agiles et à faible structure de coût est également envisageable. Il est vrai que l'ancien modèle du fournisseur généraliste capable de tout faire a vécu; seul les chinois Huawei et ZTE continuent d'afficher des portefeuilles de produits et de services complets, et continuent de marier technologies de réseau et produits grand-public (terminaux, modems) sans dévier d'un pouce de leur trajectoire de rouleau compresseur industriel.


Mais ce succès chinois ne doit pas faire oublier que trois entreprises sur les cinq leaders mondiaux du secteur ont leur siège en Europe. Le secteur des infrastructures de réseaux de télécommunications reste un domaine où l'Europe résiste à la Chine et aux Etats-Unis. Ericsson, le suédois leader mondial pèse 25 milliards d'euros; Nokia et Alcatel-Lucent avec des résultats annuels environ deux fois inférieurs respectivement de 11 et 14 milliards d'euros, continuent de servir les opérateurs du monde entier. Ce succès européen est l'un des rares sans réel équivalent outre-Atlantique, depuis la faillite de Nortel, la vente des actifs Motorola à Ericsson et la fusion "entre égaux" d'Alcatel et de Lucent qui a fait passer sous pavillon français un fleuron américain. Cisco, encore absent de l'accès radio 3G/4G, reste hors de ce classement.


 Dans ce contexte, pourquoi vouloir marier Nokia et Alcatel-Lucent si la taille critique n'est plus une priorité au profit de spécialisations et d'agilité? 


- Nokia a reçu une grosse quantité de cash (€5,4Mds) depuis la vente de sa division terminaux à Microsoft; si une partie devrait revenir aux actionnaires, il faut aussi faire fructifier ce capital et investir à bon escient. Rajeev Suri, nouveau CEO de Nokia et responsable de ces décisions, déclarait déjà en 2009 qu'il n'y avait pas de place pour plus de trois fournisseurs de réseaux à terme, et que Nokia en ferait partie. Cela signifiait implicitement un mouvement de concentration pour arriver à trois entreprises concurrentes de taille similaire, Ericsson, Huawei...et Nokialu! La somme des chiffres d'affaires 2013 de Nokia et Alcatel-Lucent atteint en effet celui d'Ericsson, et Huawei, société non cotée, déclare peser €28Mds y compris la division terminaux. La taille permet de mieux rentabiliser les coûts fixes de recherche et développement de près de €4Mds par an pour les deux leaders, mais au détriment de l'agilité tant vantée par Nokia depuis le succès de sa propre restructuration.   

 

- Les portefeuilles de produits et services de Nokia et Alcatel-Lucent, et la répartition géographique de leur revenus sont relativement complémentaires: Nokia bénéficierait du renforcement dans les réseaux fixes, les infrastructures IP (Internet Protocol) et accéderait de façon plus majeure à certains grands clients nord-américains (AT&T, Verizon). Bien entendu, il y a aussi de multiples doublons comme l'accès radio, et une fusion organisationnelle très lourde à envisager, d'autant qu'Alcatel-Lucent est encore au milieu de son propre programme de restructuration "Shift".

 

- Les institutions européennes pourraient se targuer de préparer l'avenir et de renforcer les actifs européens contre d'éventuels scenarii de type "Alstom" (une offre d'achat de Cisco ?) pour garantir l'excellence européenne de cette importante filière industrielle. Cela dit, une fusion de cette taille peut aussi affaiblir l'entreprise pendant quelques années, voire échouer, et son coût social est souvent élevé.

 

NFV-SDN.jpgLe sujet est délicat, et ce n'est pas une surprise qu'il soit si souvent évoqué, sans déboucher sur autre chose que des jeux de rumeurs. La seule existence de la cagnotte de Nokia ne suffit pas à garantir la faisabilité de ce projet de rapprochement, loin de là. D'un point de vue plus stratégique, il faut aussi prendre en compte le fait que cette filière industrielle entre dans une nouvelle révolution, celle des réseaux virtualisés, et de l'architecture en nuage appliquée aux télécommunications. Une question à se poser est celle de la recomposition du secteur sous l'angle des réseaux virtualisés: qui d'Ericsson, Huawei, Nokia, Alcatel-Lucent, ou d'autres acteurs montant saura le mieux prendre le ce tournant qui modifie de façon majeure l'architecture des réseaux et le mix technologique et commercial des équipementiers vers davantage de logiciels et se services spécialisés? Nokia, en partenariat avec Juniper, et Alcatel-Lucent (tout seul) font chacun le pari de l'excellence dans cette transformation progressive de leur offre. Est-ce le meilleur moment pour des fiançailles et un mariage? Rien n'est moins sûr.

  

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by France 2.0 - dans Equipementiers
commenter cet article

commentaires

Alcatel Lucent 14/04/2015 16:20

Acte manqué sur la dete du poste
13 mai au lieu de 13 avril

France 2.0 14/04/2015 16:27



Oui , et en le relisant, je trouve qu'il n'y a pas grand-shose à retirer bien qu'étant vieux de onze mois...



Présentation

  • : France 2.0
  • : Un regard passionné sur l'évolution des technologies de l'information en France et à l'étranger. Les opinions exprimées sont strictement personnelles.
  • Contact

Recherche