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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 09:51

Il y a quelque chose d'ironique et de révélateur dans la juxtaposition de plusieurs informations aujourd'hui, celle qui annonce l'issue des enchères de fréquences 3G/4G en Allemagne pour €4.4 Mds, celle qui célèbre l'irruption de Google dans le secteur de la télévision et celle d'une nouvelle consultation publique de l'ARCEP sur le sujet de la neutralité des réseaux. Quel lien entre ces dépêches apparemment sans rapport direct ?

 

Rundenergebnis_224.jpgLes enchères allemandes sont un galop d'essai européen avant la mise sur le marché du fameux dividende numérique, expression qui désigne ces fréquences libérées par l'extinction de la télévision analogique, dont une petite fraction est allouée aux opérateurs mobiles. Ces fréquences à elles seules ont rapporté près de €3.6 Mds aux autorités allemandes, une somme non négligeable par les temps de déficit public que nous connaissons. Les opérateurs Telefonica/O2, Deutsche Telekom et Vodafone se sont partagés équitablement ce spectre si attractif (E-Plus ayant jeté l'éponge, car ne voulait pas payer plus de €500 M par bloc fréquentiel), et déboursent chacun un peu plus d'un milliard d'euros pour en disposer. C'est beaucoup d'argent, mais l'enjeu est le déploiement des autoroutes de l'information de demain, le très haut débit mobile, l'accès à internet dans des conditions confortables, n'importe où et n'importe quand. Cette promesse, qui repose sur des technologies de nouvelle génération comme le LTE (Long Term Evolution), oblige les opérateurs dans le monde entier à rechercher de nouvelles fréquences. L'ARCEP va bientôt proposer un modus operandi pour les enchères françaises, et espère probablement récolter un montant équivalent, qui serait bienvenu pour arrondir les fin d'années du budget de l'état. Nul doute que Orange, SFR, Bouygues et Free Mobile vont concourir à coups de centaines de millions; Bouygues, non présent sur la bataille du reliquat des fréquences 3G, va nécessairement miser sur la 4G. Free Mobile, qui a tant besoin de spectre supplémentaire, devra aussi miser gros. Tant mieux pour les finances publiques. Par ailleurs, l'opportunité sera belle pour l'ARCEP de multiplier les obligations de licences en faveur de la couverture des zones rurales, des performances attendues, tout cela pour compléter le dispositif lourd et coûteux de déploiement de la fibre optique sur l'ensemble du territoire. 

 

googletv.jpgMais que vient faire Google dans cette discussion ? En quoi l'irruption de ce géant de la publicité sur internet dans la TV va avoir un effet sur les réseaux d'opérateurs, 3G ou 4G ? Tout le problème est là. Les opérateurs dépensent des sommes faramineuses pour disposer de fréquences, puis pour construire des réseaux, afin de proposer à leurs abonnés une connectivité mobile de qualité; ceux-ci peuvent ainsi accéder à internet, et disposer de services comme le futur Google TV, très consommateurs de bande passante, et gratuitement. C'est un pan important de la discussion actuelle sur la neutralité des réseaux. La discussion est différente sur les réseaux fixes pour lesquels la problématique de congestion est moins prégnante. il est vrai que les annonces de Google concernent d'abord notre salon, et l'internet fixe. L'écosystème formé avec Adobe, Sony, Intel, Logitech et un opérateur satellite, Dish Network, exclut d'emblée les opérateurs d'infrastructure terrestre avec lesquels Google va de nouveau se trouver en concurrence frontale. Et puis, dans un second temps, une fois que vous serez muni d'une TV compatible androïd, il sera tellement plus simple d'avoir un portable également compatible androïd...sur lequel vous pourrez aussi regarder Google TV. Rappelons à cet effet que Cisco prévoir une augmentation exponentielle de la consommation d'internet mobile essentiellement provoquée par la vidéo, qui représenterait 64% du trafic de données mobile en 2013.

 

arcepQu'en dit l'ARCEP dans sa récente consultation publique ?

- "Sur les réseaux mobiles, si l’objectif général [de non discrimination] doit prévaloir, il paraît toutefois admissible que les opérateurs mobiles puissent restreindre l’accès à certains sites ou applications pour des raisons objectives, non-discriminatoires et justifiées": ainsi il faudrait prouver le risque de congestion pour envisager une autorisation de restreindre la bande passante pour un service donné: mais, pour prendre l'exemple de Google TV, il faudrait en même temps baisser la qualité des propres applications de TV mobile de l'opérateur concerné!

- "de telles pratiques limitatives ne doivent être possibles que lorsqu’elles répondent à de réelles justifications techniques ; en aucun cas, elles ne peuvent consister en une interdiction ou un blocage d’application ou de protocole (y compris Voix sur IP, pair à pair, « streaming »)": impossible donc d'interdire Google TV sur les accès mobiles, en l'état actuel des réflexions de l'ARCEP.

- "[Ces pratiques limitatives] ne doivent pas non plus se substituer à l’investissement dans l’extension des capacités des réseaux qui doit prévaloir à moyen terme": c'est bien là tout le problème des opérateurs, confrontés à des investissements énormes pour le très haut débit fixe et mobile, comme le montrait au début de l'article l'exemple des enchères allemandes.

 

La concurrence sur les services fixes et mobiles entre opérateurs et grands acteurs de l'internet a donc encore progressé d'un cran, exacerbant encore davantage la polémique sur les aspects réglementaires de l'accès aux réseaux des opérateurs. L'annonce de Google sonne comme un avertissement sévère pour les opérateurs qui veulent à tout prix éviter d'être relégués au rôle peu flatteur de "fournisseur de tuyaux". L'enjeu est simple: la domination des salons et des poches des consommateurs, pour contrôler ces écrans qui nous sont chers. Et qui rapportent gros.


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Published by France 2.0 - dans Opérateurs
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