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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 23:31

boussole"La question d'un EADS des télécoms mérite d'être posée", disait Stéphane Richard en Juin de l'an dernier en marge de l'inauguration à Marseille du réseau 4G d'Orange. L'expression a été reprise plusieurs fois dans les médias pour décrire les prises de positions de Philippe Camus, Président d'Alcatel-Lucent, et d'Arnaud Montebourg, Ministre du Redressement Productif sur la constitution d'un géant européen des télécoms capable de tenir tête aux opérateurs continentaux américains et chinois. Et aujourd'hui encore se pose la question de la consolidation d'acteurs de cette industrie à l'occasion du renouvellement en avril prochain du contrat d'actionnaire entre Nokia et Siemens dans leur JV NSN, et des difficultés financières des équipementiers européens illustrées par leurs résultats 2012. D'autres voix se sont élevées au sein de la Commission Européenne pour la mutualisation d'infrastructures et la constitution d'un réseau à l'échelle du continent; vite démenties, ces intentions ne reflètent pas moins la même volonté de "voir grand", de faire tomber les barrières nationales et de provoquer, si possible, le renouveau financier et technologique de la filière des télécoms européenne. 

 

Il semble qu'il y ait dans ces prises de positions le mélange d'au moins trois idées différentes susceptibles de modifier les règles du jeu du secteur européen des télécoms:

  • EADS se définit comme un fabriquant de solutions, leader mondial de l'aéronautique et de la défense. Immanquablement, parler de créer un EADS des télécoms paraît plus applicable à un mouvement de consolidation des équipementiers télécoms européens, au premier rang desquels les trois principaux Ericsson, Alcatel-Lucent et Nokia-Siemens. Or il semble que l'expression d'EADS des télécoms se soit dévelopée plutôt pour illustrer la constitution d'un grand opérateur européen, un "Arianespace des télécoms" aurait été plus approprié.

 

  • Le mouvement de consolidation des opérateurs européens ne date d'ailleurs pas d'hier; le rapprochement entre France Télécom et Deutsche Telekom est un véritable serpent de mer, on se rappelle aussi du mariage manqué entre France Télécom et Telia Sonera en 2008. La taille et les économies d'échelle sont des facteurs-clés de succès pour ces entreprises qui ont besoin d'optimiser et de rentabiliser leurs importants investissements en licences et équipements de réseaux. En comparaison des cent cinquante opérateurs européens, moins de cinq acteurs se partagent les Etats-Unis, et trois principaux en Chine.

 

  • Enfin sur le troisième sujet abordé, celui de la mutualisation des réseaux afin de créer une infrastructure unique et optimisée sur laquelle se connecteraient des opérateurs de services: cette idée a été avancée par la Commission Européenne avant d'être démentie, les problématiques réglementaires et concurrentielles paraissant trop compliquées dans une optique multi-pays. Mais ce mouvement de concentration des réseaux a déjà eu lieu dans de nombreux pays au gré des alliances et fusions des opérateurs, par exemple dans les zones les moins économiquement rentables.

 

droit à l'oubliCette mise au point effectuée, revenons à notre question initiale: quel avenir pour un acteur européen des télécoms d'envergure européenne? Si l'on évoque l'idée d'un super-opérateur européen, il faut d'abord préciser qu'il existe déjà de tels champions dont les filiales sont présentes dans de nombreux pays du continent. Orange, bien sûr, dont les achats se font en commun avec Deutsche Telekom depuis la création de la JV BuyIn. Vodafone, Telefonica, Telecom Italia, Telenor et BT complètent cette liste. La concentration du secteur est limitée par l'endettement des acteurs, et ce sont des acteurs étrangers qui font l'acquisition d'opérateurs européens comme America movil est récemment entré au capital de KPN. Ainsi la route est encore longue avant de voir émerger en Europe des géants de la taille d'AT&T et Verizon (respectivement 127 et 116 milliards d'euros de chiffre d'affaire en 2012).

 

antenne-copie-2Mais qu'en est-il des équipementiers? Un acteur industriel fort doit-il être créé afin de résister aux coups de boutoir de la concurrence internationale, notamment chinoise? Rappelons d'abord que le suédois Ericsson reste leader mondial des infrastructures de réseaux mobiles, que Nokia-Siemens-Networks (NSN) vise la deuxième place sur ce même marché cette année et qu'Alcatel-Lucent est leader reconnu dans les technologies IP et optiques. Certes les chinois Huawei et ZTE exercent une concurrence féroce sur  l'ensemble des lignes de produits, mais l'Europe accuielle déjà les sièges de trois acteurs importants du secteur. La question est donc davantage de savoir si ces trois groupes vont pouvoir survivre indépendamment ou être amenés à se concentrer davantage, dans la continuité du mouvement engagé après la vente des actifs de Nortel et de Motorola ayant bénéficié aux trois européens. La rupture probable du pacte d'actionnaire entre Nokia et Siemens en Avril 2013 rend la question encore plus pressante: un acteur industriel peut-il remplacer Siemens dans le capital de NSN, pour un montant de plus de cinq milliards d'euros ? Cet acteur pourrait-il être européen? La rumeur médiatique d'un possible intérêt d'Alcatel-Lucent paraît peu probable. Engagé dans un plan de transformation majeur, l'équipementier doit se trouver un nouveau Directeur Général et rétablir sa profitabilité. Ericsson pourrait voir un intérêt à accentuer encore son avance dans le haut débit mobile et contrôler son concurrent historique finlandais, mais une telle opération poserait sans doute des problèmes de monopole sur certains marchés. Il paraît donc plus probable qu'un acteur comme Cisco se positionne comme partenaire stratégique auprès de Nokia, pour accélérer son développement sur le marché des équipements de réseaux d'opérateurs mobiles, ou que NSN fasse son entrée en bourse pour lever les fonds nécessaires. De nouveau, il paraît difficile d'imaginer à court terme un équipementier unique européen. Pas d'EADS des télécoms en vue non plus sur ce marché...

 

Reste la volonté politique de participer à la fortification de la filière télécoms, à la défense des intérêts européens devant le rouleau compresseur chinois. Là encore, relevons que les Etats membres n’ont consenti dans le budget européen qu'à une enveloppe de 1 milliard d’euros contre les 9,2 milliards proposés par la Commissaire européenne au numérique Neelie Kroes. De plus ces fonds seront utilisés pour les services, et non pour les infrastructures pour lesquelles seuls les capitaux publics ou privés nationaux seront engagés. Une opportunité manquée pour l'Europe au moment ou les Etats-Unis et la Chine accélèrent leur déploiements de réseaux de nouvelle génération. Reste la mutualisation des réseaux, qui s'apparente à une forme de consolidation douce des opérateurs. Mais le partage des réseaux aboutirait nécessairement à la fin d'un modèle industriel privilégiant l'innovation et la concurrence par les infrastructures. Tout le contraire de la vision qui, en 2000,  répondait à une volonté européenne de disposer d’un groupe industriel de défense capable de rivaliser avec les consortiums américains.

 

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Sources

La Tribune - 21 Juin 2012 - Stéphane Richard : « La question d'un EADS des télécoms mérite d'être posée  

Les Echos - 14 Juin 2012 - Philippe Camus veut lui-aussi un EADS des télécoms

L'expansion - 14 Juin 2012 - Orange et Deutsche Telekom doivent-ils fusionner?

Financial Times - 8 Janvier 2013 - Telecoms look at pan-european network 

La Tribune - 11 Février 2013 - Fibre optique: les telecoms sacrifiés dans le budget européen 


 


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Published by France 2.0 - dans Equipementiers
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Chogami 14/02/2013 05:32

Hello, joli blog
J'adore et je repasserai de temps a autres...

France 2.0 14/02/2013 09:55



Bienvenue, et merci! Repassez quand vous voulez...



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