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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 10:04

Operateurs.jpgC'est une petite phrase dans le Figaro. Le ton est offensif, décidé. La phraséologie est martiale, et sonne comme une déclaration de guerre. Ca y est! Les grands opérateurs veulent se battre, et organiser ensemble leur riposte. Les alliés pèsent à eux quatre plus d'un milliard d'abonnés mobiles, soit un cinquième du marché mondial! Rien ne saurait leur résister...

 

"J'ai invité le 8 octobre à Paris les patrons de Vodafone, Telefonica et Deutsche Telekom. Nous voulons réfléchir en commun à la création d'un système d'exploitation [mobile], qui est le cheval de Troie utilisé par les Google et autre Apple pour établir leur propre relation avec nos clients", annonce ainsi Stéphane Richard, Directeur Général d'Orange. 

 


app storeOui, cette déclaration de Stéphane Richard sonne pourtant comme un aveu d'impuissance. Le diagnostic est bien tardif, "la guerre des OS" n'a pas attendu les opérateurs pour se déclarer. Apple, Google, Nokia, Rim, Samsung et Microsoft rivalisent de créativité et d'innovation pour devenir incontournables envers les clients, les développeurs et...les opérateurs mobiles. Ainsi, par exemple, dans une étude récente en Autriche, 63% des personnes interrogées considéraient leur Blackberry indispensable pour travailler. D'autres aujourd'hui, sont devenus quasi-dépendants de certaines applications mobiles proposées par Apple. D'autres enfin se rendent compte des synergies intéressantes apportées par Androïd lorsqu'ils ont déjà un compte Google. Les offres de télévision/vidéo sur Internet annoncées par ces acteurs viennent d'ailleurs compléter le dispositif de capture de l'abonné au détriment des offres de "triple play" traditionnelles.

 

"Nous ne voulons pas être des suiveurs mais reprendre les rênes dans l'innovation", déclare Stéphane Richard dans le même article.

 

Comme l'exemple précédent du système d'exploitation du mobile le souligne, c'est tout l'inverse qui est en train de se passer: les opérateurs tentent de suivre le rythme rapide des innovations en provenance du monde de l'Internet, et les équipementiers avec eux. Les efforts déployés par Nokia au Nokia World 2010 pour faire croire à un retour possible du leader des terminaux à une place de choix dans le segment des smartphones montrent la rapidité des changements opérés sur la chaîne de valeur traditionnelle de l'industrie des télécommunications. Il ne suffit plus d'être gros pour réussir. Il ne suffit plus d'avoir un milliard de clients pour gagner: ceux-ci peuvent faire l'objet d'un véritable hold-up ramenant les opérateurs à leur utilité de base, celle de la gestion de la tuyauterie des réseaux.

 

neutralitéTout est-il pour autant perdu pour Vodafone, Deutsche Telekom, Telefonica et Orange? Certes non. Mais imposer un nouvel OS à leurs abonnés n'est sans doute pas une stratégie gagnante. Une première inconnue de taille relève de la discussion en cours à propos de la neutralité des réseaux, qui pourrait, selon le voeu des opérateurs, aboutir à la création de péages sur les autoroutes de l'information: ces péages permettraient aux quatre mousquetaires des télécommunications de mieux valoriser leurs infrastructures et de faire payer aux fournisseurs de services Internet l'accès aux abonnés mobiles. Une autre interrogation concerne la possibilité légale de favoriser certains flux de données par-rapport à d'autres, en faisant payer plus cher l'accès aux services gourmands en débit, ou en dégradant la qualité de service en fonction du service. Les nouveaux cadres légaux au niveau national, s'ils sont décidés en sus des règles européennes déjà existantes, pourront ré-équilibrer les chaînes de revenus entre les acteurs en concurrence, et favoriser plus de co-pétition. Mais si la neutralité des réseaux devait réaffirmer les principes fondamentaux de l'accès gratuit aux infrastructures pour stimuler l'innovation, et de la non-différenciation des flux, comme le demandait encore hier Tim Berners-Lee à Londres dans un plaidoyer très convaincant, alors il faudrait prendre acte de la victoire des Grecs contre Troie,  pour reprendre l'image utilisée par Stéphane Richard. Et quand bien même les opérateurs seraient ramenés à un rôle de gestion de tuyaux, les promesses de l'Internet des objets viendront démultiplier le nombre d'abonnements mobiles bien au-delà de la population humaine; n'est-ce pas déjà un beau défi ?

 


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Published by France 2.0 - dans Opérateurs
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Phil 23/09/2010 12:00


Il est étonnant que les opérateurs osent se scandaliser de l'attitude des constructeurs qui leur "voleraient" leur clientèle alors qu'eux-mêmes exploitent déjà cette même clientèle de façon
honteuse.

Les opérateurs ont été condamnés pour entente illicite sur les tarifs. Ils annoncent aujourd'hui que leur réseau ne supporteront pas la croissance du flux de données. On peut en conclure qu'ils
vont encore restreindre les offres internet illimitées (qui ne le sont déjà pas).

Est-ce qu'ils ne feraient pas mieux d'investir sur leur coeur de métier, celui pour lequel on les paie plutôt que dans des outils pour mieux tenir les clients?


France 2.0 23/09/2010 17:34



Merci Phil. La question du coeur de métier est en effet structurante: est-ce la gestion de tuyaux? Est-ce l'enrichissement de l'offre client par l'intégration de contenus et d'applications? La
réponse viendra assez vite du marché lui-même, car les clients iront vers la proposition la mieux aboutie, et la mieux valorisée.



Pierre RASO 16/09/2010 23:00


En fait richard voudrait refaire un minitel 3.0 mobile :-)


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