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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 17:03

Europe2.jpgTrop souvent, notre vieille Europe se complaît dans un certain pessimisme quant au devenir de ses capacités d'innovation face au reste du monde, de la côte ouest des Etats-Unis aux gigantesques complexes de recherche et développement de Shenzhen. En particulier, le secteur des télécommunications est souvent cité en exemple: si la norme GSM a été mise au point par l'ETSI, un institut européen, donnant lieu au formidable succès mondial que l'on connaît, l'industrie européenne a depuis été rattrapée par des challengers américains et asiatiques qui redéfinissent le marché, par une R&D à bas coût ou encore une innovation logicielle remarquable. Certes, il reste des vestiges encore solides de cet empire en déclin: Ericsson, leader mondial suédois des infrastructures de réseaux mobiles, a en effet été récemment récompensé pour sa contribution au développement de la norme de quatrième génération, LTE. Mais dans le même temps, Huawei se voyait également primé pour ses efforts en recherche et développement pour LTE, un signe fort de la redéfinition à venir des cartes industrielles.

 

carteSIM.jpgFaut-il pour autant généraliser ce déclin européen à l'ensemble de la chaîne de valeur des technologies de l'information ? Non, heureusement! On oublie souvent de citer en exemple un autre domaine de forte compétitivité européenne, celui des cartes à puces, sans lequel l'essor du GSM n'aurait peut-être pas eu lieu. Si le concept originel de cette invention remonte à 1946, à Brooklyn, où le banquier John Biggins fut le premier à imaginer les cartes "charge-it", les américains oublient parfois de mentionner que les brevets déposés dans les années 70 par Roland Moreno et Michel Ugon furent indispensables à la sortie en 1979 de la première carte à puce, la fameuse CP8 de la société Bull. Inutile de revenir sur l'incroyable essor de cette invention, notamment grâce aux marchés de la téléphonie et des cartes bancaires. Il est cependant intéressant d'observer que les quatre sociétés qui dominent ce secteur ont encore leur centre de décision en Europe: Gemalto (issu de la fusion de Gemplus et Axalto, ce dernier lui-même issu de Schlumberger) aux Pays-bas, Oberthur en France, Sagem Orga (récemment renommé Morpho) et Giesecke & Devrient en Allemagne. Si des fabricants concurrents non-européens apparaissent, comme WatchData, Datang ou Estcom Peace, les européens contrôlent encore plus de 80% du marché.

 

nfcDepuis les années 1990, de nombreuses nouvelles applications sont venues ouvrir encore plus largement ce marché des cartes à puces: carte santé, passeport électronique, télévision à péage et technologies sans contact sont promis à un bel avenir, sans pour autant freiner l'essor des cartes SIM bancaires ou téléphoniques, marché estimé aujourd'hui à cinq milliards d'unités vendues par an. La France, leader mondial, occupe une place de choix dans cette filière stratégique, avec plus de dix mille emplois directs sur le territoire, et une capacité d'innovation et de développement encore inégalée. En particulier, notre pays veut et peut devenir la nation la plus en pointe dans l'économie du "sans contact" (qui pourrait drainer plus de quatre-vingt milliards de dollars en 2014), et l'expérimentation inaugurée à Nice par le Ministre de l'industrie est une excellente vitrine mondiale.

 

Création de richesse sur le territoire national, exportations en hausse à l'étranger, préservation de l'emploi...ce qui est en jeu illustre l'importance de conserver (ou de favoriser la création) des leaders nationaux ou européens. Comme on assiste à une migration des emplois de la production vers la conception, il est vital de garder une maîtrise technologique forte et de favoriser l'innovation. Dans ce contexte, l'aide d'état française annoncée par Christian Estrosi pour soutenir la filière micro-nanotechnologique connexe est une bonne nouvelle. Mais il faudrait aussi anticiper la concurrence asiatique sur le marché des cartes à puce, sous peine d'y connaître le même sort que les équipementiers en infrastructures de réseaux. La Chine représente le volume de ventes le plus important au monde, ce qui nourrit les industriels locaux, friands de transferts technologiques. Le risque est connu. Il faut s'y préparer pour garder intacte cette pépite européenne, et la faire encore grandir.


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Published by France 2.0 - dans Equipementiers
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Olivier 04/06/2010 18:08


Une analyse pertinente et pleine d'espoir mais qu'il convient malgré tout peut-être de moduler légèrement. L'Europe recèle en effet des pépites technologiques mais elle doit également savoir mieux
et plus fermement se faire entendre dès lors que les règles d'équité de la compétition industrielle et commerciale avec la Chine ne sont pas réciproques. C'est tout le problème des télécoms
aujourd'hui. La Chine est performante, a investi solidement le Vieux Continent et sans barrière quelconque. Dans le même temps, elle impose un parcours d'obstacles aux Occidentaux désireux de
capter une partie du réservoir de croissance chinois avec obligation de faire de la R&D localement (donc transférer du savoir-faire), d'avoir des partenaires locaux et de rester cantonné sur
certains marchés et pas d'autres ... C'est là toute l'épée de Damoclès qui pèse sur l'innovation européenne si l'UE ne se montre pas plus cohérente et stricte.


France 2.0 04/06/2010 18:19



Bien d'accord. C'est pourquoi j'espère aussi que l'UE se montrera plus vigilante à conserver son rang dans le domaine des cartes à puces, et pourquoi pas, à revenir dans la course des équipements
et logiciels de réseaux. Mais j'ai des doutes sur ce dernier point.



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