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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 10:04

Operateurs.jpgC'est une petite phrase dans le Figaro. Le ton est offensif, décidé. La phraséologie est martiale, et sonne comme une déclaration de guerre. Ca y est! Les grands opérateurs veulent se battre, et organiser ensemble leur riposte. Les alliés pèsent à eux quatre plus d'un milliard d'abonnés mobiles, soit un cinquième du marché mondial! Rien ne saurait leur résister...

 

"J'ai invité le 8 octobre à Paris les patrons de Vodafone, Telefonica et Deutsche Telekom. Nous voulons réfléchir en commun à la création d'un système d'exploitation [mobile], qui est le cheval de Troie utilisé par les Google et autre Apple pour établir leur propre relation avec nos clients", annonce ainsi Stéphane Richard, Directeur Général d'Orange. 

 


app storeOui, cette déclaration de Stéphane Richard sonne pourtant comme un aveu d'impuissance. Le diagnostic est bien tardif, "la guerre des OS" n'a pas attendu les opérateurs pour se déclarer. Apple, Google, Nokia, Rim, Samsung et Microsoft rivalisent de créativité et d'innovation pour devenir incontournables envers les clients, les développeurs et...les opérateurs mobiles. Ainsi, par exemple, dans une étude récente en Autriche, 63% des personnes interrogées considéraient leur Blackberry indispensable pour travailler. D'autres aujourd'hui, sont devenus quasi-dépendants de certaines applications mobiles proposées par Apple. D'autres enfin se rendent compte des synergies intéressantes apportées par Androïd lorsqu'ils ont déjà un compte Google. Les offres de télévision/vidéo sur Internet annoncées par ces acteurs viennent d'ailleurs compléter le dispositif de capture de l'abonné au détriment des offres de "triple play" traditionnelles.

 

"Nous ne voulons pas être des suiveurs mais reprendre les rênes dans l'innovation", déclare Stéphane Richard dans le même article.

 

Comme l'exemple précédent du système d'exploitation du mobile le souligne, c'est tout l'inverse qui est en train de se passer: les opérateurs tentent de suivre le rythme rapide des innovations en provenance du monde de l'Internet, et les équipementiers avec eux. Les efforts déployés par Nokia au Nokia World 2010 pour faire croire à un retour possible du leader des terminaux à une place de choix dans le segment des smartphones montrent la rapidité des changements opérés sur la chaîne de valeur traditionnelle de l'industrie des télécommunications. Il ne suffit plus d'être gros pour réussir. Il ne suffit plus d'avoir un milliard de clients pour gagner: ceux-ci peuvent faire l'objet d'un véritable hold-up ramenant les opérateurs à leur utilité de base, celle de la gestion de la tuyauterie des réseaux.

 

neutralitéTout est-il pour autant perdu pour Vodafone, Deutsche Telekom, Telefonica et Orange? Certes non. Mais imposer un nouvel OS à leurs abonnés n'est sans doute pas une stratégie gagnante. Une première inconnue de taille relève de la discussion en cours à propos de la neutralité des réseaux, qui pourrait, selon le voeu des opérateurs, aboutir à la création de péages sur les autoroutes de l'information: ces péages permettraient aux quatre mousquetaires des télécommunications de mieux valoriser leurs infrastructures et de faire payer aux fournisseurs de services Internet l'accès aux abonnés mobiles. Une autre interrogation concerne la possibilité légale de favoriser certains flux de données par-rapport à d'autres, en faisant payer plus cher l'accès aux services gourmands en débit, ou en dégradant la qualité de service en fonction du service. Les nouveaux cadres légaux au niveau national, s'ils sont décidés en sus des règles européennes déjà existantes, pourront ré-équilibrer les chaînes de revenus entre les acteurs en concurrence, et favoriser plus de co-pétition. Mais si la neutralité des réseaux devait réaffirmer les principes fondamentaux de l'accès gratuit aux infrastructures pour stimuler l'innovation, et de la non-différenciation des flux, comme le demandait encore hier Tim Berners-Lee à Londres dans un plaidoyer très convaincant, alors il faudrait prendre acte de la victoire des Grecs contre Troie,  pour reprendre l'image utilisée par Stéphane Richard. Et quand bien même les opérateurs seraient ramenés à un rôle de gestion de tuyaux, les promesses de l'Internet des objets viendront démultiplier le nombre d'abonnements mobiles bien au-delà de la population humaine; n'est-ce pas déjà un beau défi ?

 


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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 12:42

augmented reality-2Qui n'a pas rêvé un jour d'imaginer avec précision son propre avenir, ou celui de ses enfants? L'exercice de prospective est particulièrement difficile, mais également passionnant. Les cycles technologiques s'accélèrent, chaque génération connaît une nouvelle révolution comportementale ou informationnelle, au point qu'on leur associe des lettres différentes pour les différencier: générations X, Y et Z se succèdent depuis les années 60, et l'alphabet paraît trop court pour prolonger le trait, à moins de recommencer à la lettre "A"...A comme "Augmented reality"?

 

Bien que certains relèvent déjà quelques limites technologiques et éthiques au mouvement de fond de prospective et de recherche et développement autour de la réalité augmentée, il semble bien que le fossé encore béant entre le monde numérique et le monde réel soit en train de se combler, au rythme trépidant de notre volonté d'accéder toujours plus vite à l'information, sans perdre de temps. Pourquoi devoir attendre? Le simple fait de retirer son smartphone de sa poche pour "googler" quelqu'un ou quelque chose semble déjà inopportun: il faudrait que l'information s'affiche immédiatement à nos yeux. Eric Schmidt, dont nous devrions attentivement écouter les prédictions tant il est un acteur structurant de ces révolutions, va encore plus loin: le CEO de Google nous promet que la technologie - sa technologie - permettra bientôt de bénéficier d'informations utiles avant même que nous ayons conscience d'en avoir besoin...

 

C'est bien un "sens" supplémentaire qui nous est proposé, à la seule différence que ce sens-là est connecté au cerveau artificiel que constituent les téraoctets de données accumulées par les géants de l'Internet. Le Media lab du MIT l'a bien compris, au travers de son projet "Sixième sens", dont les principaux objectifs sont de créer des passerelles entre nos gestes, nos objets familiers, et les informations disponibles sur le réseaux des réseaux. L'ordinateur/téléphone devient partie intégrante de notre accoutrement, prothèse nécessaire pour mélanger réel et virtuel, pensée et action. Laissons Prarav Mistry nous l'expliquer dans une vidéo impressionnante qui a déjà fait le tour du monde:

 

 

 

 

Que l'on soit heureux ou non de cette évolution, on ne peut que constater son caractère inéluctable. Les experts du MIT, par leur créativité, tentent de rendre possible dès aujourd'hui, avec des objets disponibles dans le commerce, un mode de fonctionnement qu'ils imaginent courant pour demain. A l'inverse, les Jules Verne et George Orwell d'aujourd'hui tentent d'aller plus loin par le simple jeu de leur imagination; on y retrouve cependant aussi le fil directeur de l'accès instantané à l'information, libéré des contraintes physiques de nos connaissances actuelles. C'est là que la créativité s'épanouit pleinement, dans une exercice cependant très important pour les sociétés qui le mettent en oeuvre: il s'agit d'imaginer les produits et services de demain.

 

Les prédictions sont plus ou moins réussies; toutes reflètent un travail de l'imagination qui s'appuie cependant sur les développements les plus récents, extrapolés dans le temps. En ce sens, la vidéo du Nokia Research Center présentée ci-dessous paraît transformer la vision du MIT en réalité fluide et accessible, par le biais d'accessoires de la vie de tous les jours: lunettes, bracelet et oreillettes. Rien de bien invasif, et pourtant le paysage devient déjà écran. Bien qu'aucune date ne soit avancée, une telle solution me paraît réalisable avant cinq ans.

 

 

 

 

La suite est également assez étonnante, car si les futurologues de la société TAT (spécialiste des écrans) voient le résultat de leur vidéo refléter "une journée de travail en 2014", on y retrouve l'utilisation de toute surface plane en écran (vous ne vous regarderez plus dans le miroir comme avant...), la grande fluidité des transferts de données entre utilisateurs et l'omniprésence d'informations formatées pour chacun. L'histoire ne dit cependant pas ce qui se passe lorsque deux personnes se brossent les dents en même temps devant le même miroir...

 

 

 

 

Mais pour accéder au futur tel que nous ne l'imaginons pas encore vraiment, pourquoi ne pas se projeter encore plus loin, en 2019, à l'apogée de la génération "A", dans un univers imaginé par Microsoft? Beaucoup d'idées dans cette vidéo ou se mêlent méthodes d'éducation collaboratives et outils professionnels avancés, censés nous faciliter la vie et nous rendre plus efficaces. De la tasse de café aux surfaces de toutes nature, le monde des objets s'anime et se connecte lui-même au réseau en fonction de son usager, pour livrer les informations utiles dans le format le plus adapté, au risque de voir l'abondance des informations nécessiter un filtre personnel, pour éviter l'overdose...Mais la fin de la vidéo est apaisante, dans un environnement qui paraît parfaitement écologique et maîtrisé, avant le clin d'oeil final en hymne à l'urbanisation toute-puissante.

 

 




Quel avenir pour nous et nos familles? Quelles conséquences de l'évolution technologique et de l'accès instantané à l'information?  Ces quelques vidéos répondent à quelques unes de nos questions, dans la mesure où aucune ne donne une idée précise du futur, mais toutes contiennent certainement une part de vérité, à quelques années près, qui nous permet d'envisager le quotidien de la génération "A", avec un "A" comme réalité "Augmentée", mais aussi un "A" comme génération "Assistée" par Internet. Une vision prospective pleine d'espoirs, et qui illustre que le formidable essor actuel des réseaux de données n'en est qu'à ces prémices...


Et vingt ans après? Peut-être une génération "T", comme la première lettre de "Transports", pour faire le lien avec le précédent billet sur la voiture intelligente...



Pour aller plus loin:

http://www.ericsson.com/campaign/2020_search_application/ - un outil de prospective créé par Ericsson pour représenter outils, environnement, applications mises en place en 2020
http://www.dailymotion.com/video/xamtwx_le-haut-debit-mobile-avec-le-lte_tech - une belle vidéo de prospective d'Alcatel-Lucent sur les changements apportés par le très haut débit mobile

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 19:30

pmr1.jpgLa question mérite bien d'être posée: pourquoi les services de pompiers, police, gendarmerie et autres constituants de la sécurité des pays ne bénéficieraient-ils pas des meilleures avancées dans le domaine des réseaux de communication? Ce débat existe aujourd'hui de manière particulièrement sensible outre-atlantique car la tragédie du 11 Septembre 2001 a mis en lumière l'inefficacité de réseaux non interopérables, peu résilients, aux performances souvent inférieures à celles des systèmes grands publics, au point que certains centres de commandement américains ont du faire face au terrible attentat en échangeant par coursier des messages écrits à la main! 

 

pmr3.jpgL'importance de cette question aux Etats-Unis a abouti à la mise aux enchères par l'organe de régulation des communications électroniques, la FCC, d'une tranche significative de spectre pour la mise en place d'un réseau de communications dédié à la sécurité civile. Ceci dit, les partisans d'un tel réseau se heurtent à ceux qui pronent la mise en place de réseaux mobiles commerciaux dont les services de sécurité pourraient pré-empter la capacité en cas de besoin. Ce dernier schéma présente en effet l'avantage d'être nettement plus économique dans sa conception, même si la complexité des règles de réquisition et de partage du réseau entre grand-public et services de sécurité n'est pas simple à résoudre. Le débat n'est toujours pas véritablement tranché, mais une chose est sure: le futur réseau reposera sur le standard LTE (certes avec des spécifications particulières relatives aux contraintes spécifiques des réseaux de sécurité nationale), non pas qu'un choix ait été techniquement réalisé contre le Wimax, mais les fréquences allouées sont dans la bande 700 MHz, non encore standardisée en Wimax; de plus Verizon et AT&T déploient déjà des réseaux LTE dans cette bande. Enfin, il est maintenant établi que le LTE sera déployé dans des volumes mondiaux nettement plus importants que le Wimax, ce qui permettra des économies d'échelle et des coûts de réseaux plus faibles. En conclusion, dans peu de temps, les unités de sécurité américaines disposeront du très haut débit mobile:transmissions en vidéo haute-définition, échange rapide de fichiers volumineux, accès instantané aux bases de données sont pour demain.

 

Les dizaines de milliards de dollars que représentent ce marché public, ou public-privé, selon les choix restant à confirmer, font d'ailleurs l'objet des plus grandes convoitises de la part des équipementiers de réseaux. Depuis cet été, de multiples annonces et alliances ont vu le jour pour tenter d'influencer le futur choix des heureux fournisseurs, d'autant que l'aspect plus spécifiquement sécuritaire du gigantesque projet écarte à-priori les redoutables concurrents chinois, une fois n'est pas coutume. Ainsi Ericsson vient-il d'annoncer une alliance forte avec l'américain Motorola, déjà détenteur de plusieurs projets de déploiement pour des municipalités américaines, dont celui de la baie de San Francisco. Plus tôt dans l'été, Alcatel-Lucent se félicitait de passer la première communication LTE sur des fréquences destinées à la sécurité civile, démontrant ainsi la force de son alliance avec EADS Défense et Sécurité. Une grande bataille est donc engagée, illustrant encore un peu plus l'importance de cette région nord-américaine pour les équipementiers occidentaux en mal de croissance de revenus.

 

pmr2.jpgEt en Europe?  Pourquoi n'évoque-t-on pas autant ces sujets dans un pays comme la France? Tout simplement parce que l'Europe a fait le choix de réseaux numériques de sécurité civile fonctionnant avec la norme Tetra, dont les principaux fournisseurs mondiaux sont...EADS et Thales! Ainsi les institutions de sécurité civile se sont-elles plutôt attelées à rendre interopérables les réseaux de communications Tetra des différents services (projet Antares en France), plutôt que de réfléchir comme aux Etats-Unis à une remise à plat complète des infrastructures à l'occasion de la révolution technologique du très haut débit mobile. La seule question à poser est celle des performances: la norme Tetra est-elle à même de suivre les évolutions techniques, déjà disponibles pour le grand-public, vers le haut et le très haut débit ? Les industriels de la sécurité civile planchent déjà sur ce sujet, et l'annonce récente de Thales et Samsung vient confirmer la convergence attendue entre les réseaux PMR (Public Mobile Radio) Tetra et les normes LTE et Wimax. Nul doute qu'Alcatel-Lucent et EADS ne resteront pas immobiles face à cette alliance franco-coréenne.

 

Le mouvement de fond est donc amorçé pour transformer ces réseaux de sécurité civile à la mesure de leur importance dans un monde secoué par des catastrophes de toutes sortes. La convergence entre les technologies publiques les plus avancées et celles utilisées spécifiquement par nos pompiers, nos policiers et nos militaires est une bonne nouvelle, car souvent ces derniers ont-ils été en retard d'un wagon dans l'évolution des performances. Combien d'agents de sécurité utilisent-ils leur portable GSM ou 3G a des fins professionnelles, pour des raisons de simplicité ou d'ergonomie? Ils ont droit aux meilleurs outils, autant sinon bien plus que tout un chacun.

 

Sources:

 

(1) Alan Weissberger - « Still no nationwide stafety network » - viodi.com - 7 septembre 2010

(2) Edouard Wyatt – « 9 years after 9/11, public safety radio not ready » - nytimes.com – 6 septembre 2010

(3) Olivier Cimelière – « Alliance entre Ericsson et Motorola pour fournir des solutions LTE dans le domaine de la sécurité publique » – Blog-ericssonfrance.com – 8 septembre 2010

(4) « Thales et Samsung apportent la 4G aux téléphones mobiles du secteur public » - Silicon.fr - 8 septembre 2010

(5) « Alcatel-Lucent et EADS présentent une première du secteur de la sécurité publique » - alcatel-lucent.com - 29 juillet 2010

(6) « Quel avenir pour Tetra ? » - techniques-ingenieur.fr - 23 juillet 2009

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 09:43

Un dernier tour du propriétaire, et il faut se résoudre à quitter ce petit paradis du Golfe du Morbihan. Le père de famille soupire, jette un dernier regard au bras de mer visible depuis le jardin, et actionne la télécommande qui verrouille portes et volets de la maison. C'est le grand retour vers Paris. Cinq cents kilomètres à parcourir en famille, en un peu moins de trois heures de route...

 

Les enfants jouent au ballon à quelques mètres de la voiture. Celle-ci, de forme ovoïde et dotée d'une immense vitre circulaire, est garée en plein soleil; l'air conditionné, pré-programmé, ronronne déjà doucement dans l'habitacle. Les valises sont alignées devant le coffre. L'angoisse de tout faire rentrer n'a plus de raison d'être, car les bagages sont formatés pour occuper tout l'espace disponible. Un bras mécanique se déploie pour les disposer selon leur taille, leur poids et l'indice de fragilité que leur a assigné leur propriétaire. Deux minutes suffisent pour charger le véhicule. C'est le départ: le père, la mère et les deux enfants se placent sur leur siège. Pas de ceinture à boucler; le système électronique de conduite et de guidage rend minime le risque d'accident. 

 

 

Le père replie le volant rétractable. Il n'a pas envie de conduire pour l'instant; le pilote automatique s'en chargera. Du doigt, son épouse effleure le tableau de bord tactile et lance la recherche du meilleur trajet, selon le trafic, les conditions météorologiques et l'heure d'arrivée souhaitée. Par commande vocale elle programme une pause déjeuner dans un restaurant gastronomique aux environs du Mans. La table est ainsi automatiquement réservée à leur nom. Au même moment, l'ordinateur signale qu'il est prêt à démarrer le moteur électrique; la voiture se met doucement en mouvement et sort en douceur de la propriété privée.

 

connectedcar2Cheminant sur le réseau public, le véhicule est pris en charge par le réseau sans fil de la sécurité routière nationale. Inséré dans le trafic "voitures rapides", il ne se mélange pas aux camions ou motos (ces dernières se faisant rares, car peu confortables en cas de pilotage automatique). Il freine ou accélère suivant la densité de circulation et l'adhérence au sol. Lorsque le conducteur décide de prendre le relais, et de désactiver le pilote automatique, sa conduite reste très assistée: des indications s'affichent en continu sur le pare-brise sur la vitesse maximale autorisée (180 km/h), la file à suivre, la distance de sécurité à observer. S'il contrevient aux règles précises du Code Routier 2.0, l'ordinateur de bord reprend le contrôle du véhicule et une amende électronique sanctionne immédiatement le comportement incivique. De fait, peu de conducteurs gardent la volonté de conduire eux-mêmes.

 

Il faut dire que le système de loisirs intégré à la voiture permet de passer un moment très agréable pendant le voyage: qu'il s'agisse de télécharger et visualiser des films en 3D, écouter de la musique comme dans une salle de concert, communiquer avec ses proches ou jouer en réseau, les possibilités sont infinies. Les sièges, confortablement inclinés, sont dotés d'écrans et d'écouteurs individuels.


connectedcar1Négligeant ces loisirs, le père se connecte en visioconférence haute-définition. Il veut utiliser ce temps de voyage pour préparer une importante réunion du lendemain. Sa connexion large-bande lui permet de se relier sans mal aux applications professionnelles nécessaire à son travail. La qualité de la transmission vidéo est telle qu'il remarque les traits tirés d'un de ses proches collaborateurs, dont il note le besoin urgent de vacances. Assis derrières lui, les deux enfants jouent ensemble au dernier jeu vidéo 3D en vogue, et ne voient pas le temps passer. Leur mère les interrompt peu avant l'arrivée au Mans pour commander à distance les plats du restaurant; ainsi ils seront servis dès leur arrivée, sans devoir attendre.  

 

 

 

Après un solide déjeuner, les occupants de la voiture reprennent la route et leurs activités. Le temps passe si vite que l'arrivée prochaine dans la capitale est signalée par le curseur de localisation Galileo, sur l'écran principal de navigation. La mère commande l'allumage du système de climatisation de l'appartement parisien, et commande les courses nécessaires au dîner: elles seront livrées dans l'après-midi.

 

Le périphérique du Grand Paris est fluide, comme prévu par l'ordinateur de bord. Soudain une alarme retentit dans les écouteurs du père: une douce voix féminine prévient qu'un capteur dynamique détecté une fuite d'air dans un des pneus. Heureusement, cela n'a pas d'incidence sur la fin du trajet, mais un message est automatiquement envoyé au prestataire de maintenance qui viendra retirer le clou dans un délai de quatre heures. Le père regarde si cet incident a été remarqué par les autres passagers: il sourit à la vue de sa femme et de ses deux enfants, profondément endormis dans le silence parfait de l'habitacle hermétique.

 

Sources:

 

(1) « Intel labs vision of the future "smart car" » - Connectedsocialmedia.com - 30 juin 2010

(2) Olivier Cimelière – « Eurolab research: trois innovations prometteuses » – Blog-ericssonfrance.com – 28 mars 2010

(3) Laurent Meillaud – « Le transport intelligent va entrer dans le concret en Europe » - Voituredufutur.blogspot.com – 3 septembre 2010

(4) Deborah D. McAdams – « Auto internet predicted to make inroads » - Televisionbroadcast.com - 19 août 2010

(5) Rahul Basu – « Nokia and Clarion team up on connected car technology » - Zigwheels.com - 25 août 2010

(images): Joshua Schnell et Laurent Meillaud

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 10:17

app_store.jpg_ "Bonjour, je voudrais un téléphone mobile Android"...

_ "Bien sûr, mais puis-je vous montrer aussi des modèles Blackberry, Nokia ou Apple ?"

_ "Non, car on m'a dit le plus grand bien de l'application Google Maps Navigation, qui me permettra d'économiser sur le GPS de voiture..."

 

Ce petit dialogue anodin devient de plus en plus naturel. Bien sûr, on choisit encore son téléphone sur des critères de design, et de marque de l'équipementier. Mais on en vient aussi à se renseigner sur les applications les plus pratiques, efficaces ou simplement ludiques associées à un système d'exploitation donné. Google Maps Navigation est gratuit sur Android, et ne fonctionne pas sur iPhone (bien que des concurrents, payants, soient bien entendu accessibles sur l'App Store). De la même façon, Nokia propose gratuitement Ovi Maps sur ses smartphones Symbian. Il ne s'agit là que d'un exemple ciblant les logiciels de navigation: bien d'autres applications entretiennent aujourd'hui ce qu'on pourrait appeler la guerre des systèmes d'exploitation pour mobiles, dont l'issue est la victoire sur le marché ultra-concurrentiel des smartphones.

 

walledgardenPour un client peu versé dans les subtilités techniques des réseaux de communications, il paraît assez aberrant que l'on ne puisse passer une communication Facetime entre un iPad et un Nokia, et il est proprement scandaleux que chaque passage d'un palier OS à un autre relève du bêta-test le plus ardu. La constitution de groupes d'application séparés par des "murs technologiques" n'est tenable à long-terme que si l'on assiste à la formation d'un monopole qui serait l'heureux gagnant de la bataille qui s'est engagée: 7 milliards d'applications ont été téléchargées en 2009 pour un montant total de $4.1 Mds, 50 milliards pourraient l'être en 2012 générant $17.5 Mds. Jamais ce monopole ne sera permis par les autorités européennes ou américaines de la concurrence. Et il est pourtant fort probable que les clients des opérateurs soient de plus en plus demandeurs d'applications ouvertes, standardisées et universelles comme peuvent l'être la voix et les SMS. 

 

Plusieurs niveaux stratégiques nouveaux s'ouvrent donc aux participants de la chaîne de valeur qui peuvent ouvrir des applications à un marché potentiellement moins restrictif que celui des seuls utilisateurs d'Apple, Nokia ou Blackberry:

- certains opérateurs comme Orange, Telefonica et Vodafone s'engouffrent dans la brèche, testent les premiers services IMS standardisés comme RCS (mais dont le temps de développement est long pour faire face au foisonnement d'applications dans les stores), proposent leur propres listes d'API aux développeurs et créent des associations nouvelles comme WAC.

- certains équipementiers de réseau, seuls finalement capables de mettre en oeuvre des applications interopérables, s'engagent aussi résolument dans la voie de la mise en place d'applications ouvertes à tous les systèmes d'exploitation: à ce titre, les annonces de l'acquisition par Alcatel-Lucent de ProgrammableWeb et de OpenPlug sont particulièrement intéressantes.

 

alcatel-lucentN'est-ce pas là en effet un nouveau vecteur de différenciation qui pourrait enrayer la spirale de la commoditisation des réseaux d'infrastructures mobiles et fixes, et permettre de progresser en valeur et en innovation dans un sens terriblement important pour les opérateurs, les industriels de toutes nature qui font face à l'irruption des applications propriétaires dans tous les domaines d'activités ?

 

C'est le pari d'Alcatel-Lucent qui, brique après brique, assez discrètement dans le bruit ambiant des méga-fusions, met concrètement en place sa stratégie dite "d'application enablement" quand d'autres équipementiers parlent beaucoup du sujet, et finalement agissent peu.

 

Sources:

 

(1) Olivier Chicheportiche - « Google Maps navigation et Voice Search débarquent en français » - Businessmobile.fr - 9 juin 2010

(2) Kevin Fitchard – « WAC not a return to the walled garden » – ConnectedPlanetOnline.com – 6 mai 2010

(3) Susanna Schwartz – « Is RCS the key to next generation carrier services » - ConnectedPlanetOnline.com – 2 août 2010

(4) Robin Wauters – « Alcatel-Lucent acquires new API repository ProgrammableWeb » - TechCrunch.com - 29 juin 2010

(5) Marshall Kirkpatrick – « Acquisition aims to change history for mobile apps and data » - ReadWriteWeb.com - 1er septembre 2010


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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 23:13

 

(Ce pastiche du fameux "Joujou du pauvre", extrait de Le Spleen de Paris, de Charles Baudelaire, veut illustrer les dangers de la fracture numérique; l'usage de la langue anglaise vient universaliser le discours)

 

digitalDivide.jpgI want to convey the idea of an innocent diversion. There are so few pastimes which are not blameworthy. When you stroll in these new artificial worlds created from the Internet, in which the rich have access to so many premium services, higher QoS and video quality, safer transactions, easier way into e-libraries and e-administration, better recruitment features,  ̶  and describe them to neglected and poor people you meet in the real world, living away from dense urban areas or simply not connected to the Network for economic reasons. You will see their eyes grow immoderately big. And if you give them a few minutes of pre-paid access to the Network, they won’t believe in their good luck. At first they won’t dare take anything. Then their hands will grab the virtual keyboard avidly, and they will run off like cats who go far away from you to eat the piece of food you gave them. They will soon fully realize how deep is the digital divide. These people have learned to distrust state-led Network roll-out and net neutrality rules. 

 

 On a road, behind the iron gate of a large garden at the end of which you could see the whiteness of an attractive mansion well linked to all kinds of fixed and wireless Networks, there was a child dressed in those new connected clothes which help to stay tuned with friends on Google Connext and keep gaming while wandering outside.

 

Luxury, freedom from care, and the habitual display of digital knowledge make those children so efficient on the Internet that you could believe them made from a different substance than the children of an unconnected or poor class.

 

Beside him on the grass lay a beautiful tablet, as beautiful as its master, 5G-enabled, equipped with holographic communication and Google's latest speech recognition. But the child was paying no attention to his favourite toy. This is what he was looking at:

 

On the other side of the iron gate, on the road, in the midst of thistles and nettles, there was another child, dirty, frail, unconnected, one of those child-waifs whose potential an impartial eye might discover if, as the eye of a connoisseur guesses the ideal painting under a body varnish, it cleaned the child of the repulsive patina of digital ignorance.

 

Through the symbolic bars separating two worlds, the main road and the mansion, the poor child was showing his own toy to the rich child who was greedily examining it as if it were a rare and strange object. Now, this toy which the small ragamuffin was cautiously leafing, was an old book! His parents, for economy’s sake doubtless, had gotten the toy from an abandoned garbage dump.

 

As the two children laughed fraternally at one another, they showed teeth of a similar whiteness.

 

Sources:

 

(1) Charles Baudelaire - « The poor boy's toy » - Le Spleen de Paris - 1862

(2)  Phil Muncaster – « ONS stats reveal hefty digital divide » – v3.co.uk – 31 août 2010

(3) Michel Briand – « Fractures numériques en France et en Europe: interview de Pierre Montagner » - @Brest - 28 Juin 2010

(4) Ucilia Wang – « Intel and Nokia's mobile dream: 3-D graphics in Smartphones » - DailyFinance.com - 23 août 2010

(5) Tom Krazit – « Google finding its voice » - CNET News - 31 août 2010

(6) Andy – « M-Dress incorporates a cellular phone » - Andy's wearable computing notebook - 19 août 2010


 

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 23:35

(Fiction prospective dont l'inspiration découle de quelques débats d'actualité...)

Assis dans le hall d'entrée de l'imposant gratte-ciel de la Défense, le jeune homme blond ronge son frein. A le voir jeter des regards inquiets dans diverses directions, on devine qu'il n'est pas à son aise. Il est arrivé une demi-heure en avance; il a tout de suite décliné son identité à la cyber-hôtesse, et indiqué celle de la personne qui doit le recevoir. La machine, dont la silhouette féminine est assez réussie, lui demande son e-Num d'une voix artificiellement agréable. Il lui tend son avant-bras dans lequel est implantée sa carte d'identité numérique. L'échange de données est immédiat: elle enregistre puis vérifie la concordance des informations avec celles de ses bases. Deux secondes plus tard, un badge électronique d'accès au nom de Serge Dunant apparaît dans un réceptacle à porte vitrée.

_Veuillez attendre quelques instants, articule l'automate en tendant un doigt métallique dans la direction des fauteuils du hall. Ensuite commence l'attente interminable.

_Monsieur Dunant ?, appelle soudain une femme d'âge mûr. Serge sursaute. Il ne l'avait pas vue venir.

_Oui, c'est moi..., répond-il en tremblant.

_Je sais; suivez-moi, dit-elle sèchement, sans même lui serrer la main.

 

recrutementLes barrières d'entrée s'ouvrent comme par miracle devant eux grâce aux badges communicants. Serge devine que des scanners discrets ont déjà analysé le contenu de ses poches et de son attaché-case, rendant désormais inutile le travail des agents de sécurité. Il ignore que son visage a également été photographié, et ses empreintes digitales relevées à l'accueil sur le clavier mis à disposition pour orthographier noms et prénoms. Simple formalité, pour rechercher toutes les informations disponibles sur Internet à propos des candidats, avant un entretien d'embauche.

 

Ils arrivent enfin dans un bureau spacieux, dans lequel Serge s'installe en face de la responsable des ressources humaines. Celle-ci ne semble pas remarquer sa présence. Absorbée par les informations qui s'affichent sur une large tablette tactile qu'elle manipule avec agacement, elle paraît contrariée. 


 

_Quelle lenteur, siffle-t-elle entre ses dents, avant de lancer une communication vidéo holographique. Son interlocuteur répond immédiatement. Son corps translucide apparaît devant la DRH, aussi vrai que nature.

_Je vous écoute, Sarah, dit avec résignation le responsable des systèmes avancés. 

_David, pourquoi les informations de l'application e-RH sont-elles aussi lentement agrégées sur mon écran?, explose la DRH. Je n'ai pas le temps d'attendre une heure que vos systèmes veuillent bien fonctionner correctement!

L'homme soupire. Apparemment, le problème lui est familier. Il explique:

_Oui, c'est la connectivité...Notre fournisseur a sensiblement relevé le tarif de ses applications de ressources humaines il y a quelques jours, considérant qu'elles devenaient de plus en plus stratégiques. Vous n'avez pas donné le feu vert pour accéder à l'offre premium, ce qui explique la lenteur constatée.

_C'est du vol! N'avez vous donc aucun moyen de les mettre en concurrence avec d'autres sociétés?, répond la DRH.

_Non. Leur logiciel est de loin le meilleur. De plus, ils ont un accord exclusif avec notre opérateur de télécommunication, ce qui explique la dégradation des performances de débit. Désolé, il va sans doute falloir payer..., sourit David.

Elle grommelle:

_Un vrai monopole...bon, je verrai. Autre chose, David: j'ai devant moi un candidat dont les premiers éléments de dossier me semblent bizarres. Il s'appelle Serge Dunant. Jetez donc un coup d'oeil à l'historique de son état-civil. Elle coupe la communication sans attendre de réponse; l'hologramme de David disparaît en un instant.

 

thumbnail recrutement2

Assis à l'autre bout de la table, Serge ne dit mot; il a entendu la conversation sans comprendre grand-chose, sinon que son dossier numérique s'affiche en ce moment même sur l'écran de la DRH. Il sait que les applications de renseignement mises à dispositions des grandes entreprises qui peuvent les payer sont très puissantes. Elles utilisent les bases de données des grands noms du web, vendues à prix d'or. Les recherches par mots-clés et  les achats sur Internet, l'utilisation des réseaux sociaux, toutes les informations collectées sont analysées et interprétées pour aider le travail des recruteurs dont la principale valeur ajoutée est de vérifier la validité des résultats.


_Monsieur Dunant!, interpelle soudain la DRH. Sachez-le, notre travail est de tout savoir sur vous avant même de vous parler. Or, les machines restent imparfaites. Nous les secondons, comprenez-vous ?

_Madame, je pense que mon expérience correspond assez bien au poste d'ingénieur d'affaires ouvert dans votre entreprise, et..., commence Serge.

La DRH ne le laisse pas poursuivre:

_Je vais vous dire une bonne chose: on ne me trompe pas. Je sais d'instinct si un dossier est trafiqué, ou non. Aujourd'hui, monsieur Dunant, je pense justement me trouver devant un profil masqué, arrangé, corrigé, voyez-vous ? Il est trop propre...

_Mais, pourquoi dites-vous cela ?, bafouille Serge.

_Ne faites-pas semblant de vous étonner. Vous n'êtes pas le premier à tenter de vous blanchir. Quelle est votre motivation ? Frasques adolescentes mises en ligne ? Première expérience professionnelle désastreuse ? Prises de position extrémistes ? Famille peu recommandable ?, ricane la DRH. Je connais ces sociétés qui proposent de vous refaire une virginité numérique...cela a du vous coûter cher, pour un résultat assez mitigé...

Serge se redresse sur son siège, plante ses yeux clairs dans ceux du dragon qui lui fait face, et répond d'une voix claire:

_Vous vous trompez sur toute la ligne! Je vous assure que je n'ai rien à cacher.

La DRH rit franchement. Elle consulte sa tablette, fait glisser sa main sur l'écran lumineux, et dit:

_Nous avons installé un petit dispositif assez pratique. Voyez-vous, cet ordinateur peut interpréter certaines variations de zones d'activité de votre cerveau! Les résultats sont encore souvent difficiles à déchiffrer, mais nous pouvons déterminer avec précision si vous dites la vérité, ou non. Vos talents de comédien ne peuvent rien contre cela: la machine est formelle. Vous mentez avec une probabilité de 72.54%!

 

A ce moment précis, une sonnerie discrète retentit: une communication pour la DRH. Celle-ci regarde l'identité de l'appelant, et choisit de ne pas activer l'hologramme. Elle effleure la branche droite de ses lunettes, et l'image de David apparaît directement sur les verres. Le son est transmis à ses conduits auditifs par de petits écouteurs quasi invisibles, et l'ordinateur lit ses paroles sur ses lèvres. Serge n'entend donc rien. Elle engage la conversation:

_David, je vous écoute.

Il a l'air admiratif, comme à chaque fois que la DRH discerne des erreurs dans l'analyse des systèmes informatiques.

_Vous aviez raison! Le dénommé Serge Dunant a fait appel à la société ReNom SA pour modifier son identité, il y a un an. La déclaration administrative obligatoire a été faite à la préfecture des Hauts-de-Seine, le 3 mai 2012. Notre contact sur place a bien voulu me livrer l'information, aux conditions habituelles...

_Quelle est la raison de ce changement ?, interroge la DRH sans montrer de surprise particulière.

_Il s'appelait Abdel Zaher, français d'origine kabyle, ce qui explique ses cheveux blonds; diplômé en Commerce International; il a participé à des rassemblements étudiants en faveur de la paix au Proche-orient. Son blog a eu un certain succès, surtout quand il a commencé à exprimer des avis polémiques. Certaines vidéos dépassent la ligne jaune, selon moi. Il a été entendu par la police, puis relâché en 2011, dans la cadre d'une enquête sur les manifestations violentes qui ont eu lieu cette année-là dans Paris. Son casier est resté vierge, mais je suppose qu'il a eu du mal à retrouver un emploi, vu son e-réputation. Licencié fin 2011 de la société d'import-export dans laquelle il a travaillé deux ans...Chômeur depuis. Il est marié, un enfant...Ah, oui: il y a aussi quelques photos de jeunesse sur les réseaux sociaux, qui ne le montrent pas sous son meilleur jour...Un vrai Don Juan!

 

La DRH le remercie et coupe la communication. Relevant ses lunettes pour tenir ses cheveux, elle sourit à Serge-Abdel, et se lève pour lui signifier la fin de l'entretien:

_Merci de vous être déplacé, Monsieur Dunant; ou devrais-je dire Monsieur Zaher ?Malheureusement, votre profil ne correspond pas au poste pour lequel vous vous êtes porté candidat. Mon assistante va vous reconduire à la sortie.

Décomposé, Serge se lève. Il s'indigne:

_Vous n'avez pas le droit de fouiller dans le passé des gens! J'ai les compétences requises! Je suis très motivé! 

La DRH reste imperturbable:

_Nous devons être irréprochables dans la sélection de nos employés. D'ailleurs, je ne manquerai pas de mentionner votre petite supercherie sur la base de données "RsHare" que mes collègues et moi utilisons quotidiennement pour établir des listes de candidats, disons, non conformes à nos critères éthiques.

_Je me plaindrai à la Halde!, s'exclame Serge en sortant du bureau.

 

droit à l'oubliIl fulmine en parcourant les couloirs menant à la sortie. A son passage, les barrières s'ouvrent et une voix mélodieuse prononce "Au revoir, Monsieur Dunant!", conformément à son statut de visiteur. Chaque nouvelle salutation le fait accélérer; il court presque, le visage humide de larmes. Il est fini. Rien ne pourra effacer de son CV des agissements dont il est pourtant fier, mais dont la fougue militante le relèguent à tout jamais au rang d'agitateur, persona non grata en entreprise.

Il pense à son fils, qui héritera sans doute de cette tare numérique. A sa femme qui a également perdu son emploi à cause de lui. Quel avenir pour eux ? Il espère que les plus petites entreprises n'ont peut-être pas accès à son dossier complet. Il ne demande qu'une chose; une seule! Le droit à l'oubli...

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Sources

(1)  « L'avenir selon Eric Schmidt » – Bluewin – juillet 2010

(2) Nathalie Kosciusko-Morizet – « Le droit à l'oubli est sur la place publique » – nkm. – 16 avril 2010

(3)  Bluetouff – « Carte d'identité numérique: Eugène, sort de ce corps » – Bluetouff's blog – 14 août 2010

(4) Narvic – « Avenir d'Internet? Vous allez payer maintenant! » – Novövision – 27 août 2010

(5)  Jean-Sébastien Zanchi – « L'ordinateur d'Intel qui lit dans vos pensées » – Tom's Guide FR – 26 août 2010

(6) Rudy – « Recrutement et réseaux sociaux en image » – Be Geek – 12 août 2010

(7) Media Hacker - « [Infographie] Qui vous surveille sur Internet » - Owni - 23 août 2010

Articles postérieurs

(1) Caroline Politi - « L'Allemagne veut interdire Facebook aux recruteurs » – Express.fr – 31 août 2010

 

 

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Published by France 2.0 - dans Prospective
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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 20:11

arcepL'ARCEP a rendu publiques ses propositions de cahier des charges pour le lancement de la procédure d'attribution des licences pour le déploiement de réseaux mobiles à très haut débit. Si les observateurs ont légitimement salué l'efficacité du régulateur en cette période estivale, et retenu le calendrier prévisionnel ambitieux (une procédure lancée fin 2010, le dépôt des candidatures pour la bande 2,6 GHz autour de février 2011, en vue d’une attribution si possible au début du printemps, le dépôt des candidatures sur la bande 800 MHz en mars, en vue d’une attribution à la mi 2011), peu ont analysé les propositions innovantes de l'ARCEP en matière de couverture et de mutualisation des réseaux. Pourtant, celles-ci sont particulièrement intéressantes car elles marquent un tournant dans les obligations de licence.

 

antenne-copie-2L'enjeu est de taille: l'ARCEP devait imaginer une solution qui puisse à la fois satisfaire aux exigences de la loi Pintat sur l'aménagement du territoire, aux prévisions de Bercy sur le produit généré par les fréquences et aux souhaits des opérateurs pour qui la concurrence doit rester équitable. Rappelons que les fréquences mises à disposition consistent en deux bandes différentes: l'une, qui se situe vers 800 MHz, est l'objet de toutes les considérations car elle permet la couverture du territoire avec moins d'équipements, et donc moins d'investissement. L'autre, à 2.6 GHz, possède des caractéristiques de propagation moins avantageuses. De plus, seuls 2x30 MHz sont disponibles dans la bande 800 MHz, contre 2x70 MHz dans la bande 2.6 GHz. Rares et efficaces, les "fréquences en or" de la bande 800 MHz ont été allouées pour plus de trois milliards d'euros en Allemagne. En France, un prix minimum par lot devrait être déterminé par l'ARCEP qui compte aussi sur l'esprit de concurrence entre les quatre opérateurs mobiles pour faire monter les prix. Il n'y aura pas d'enchères comme outre-rhin, mais les meilleurs dossiers remporteront les meilleurs lots.

 

Comment seront notés les dossiers ? A ce stade, les précisions du régulateurs sont encore soumises à d'éventuels changements, mais les grands principes semblent bien établis spécifiquement pour les fameuses fréquences en or:

- objectifs cibles ambitieux de couverture du territoire et (ce qui est nouveau) de chaque département individuellement;

- obligation additionnelle de couverture d'une "zone de déploiement prioritaire" couvrant les trois quarts les moins denses du territoire;

- obligation de répondre à des caractéristiques de performance en débit crête représentatives du très haut débit mobile, soit 60 Mbit/s pour une largeur de fréquences de 10 MHz;

- mutualisation de réseau et mutualisation des fréquences (une première !);

 

  - accueil des MVNOs;

 

zones-de-deploiement-prio.jpgCertains de ces critères sont novateurs, pour éviter la fracture numérique béante d'un très haut débit mobile qui ne serait déployé que dans les grandes villes. Pour assurer un déploiement national homogène, la zone de déploiement prioritaire, moins dense, pourrait devoir être couverte à 50% déjà après quatre ou cinq ans, ce qui demandera des investissements importants aux opérateurs concernés. Pour rendre tolérables ces investissements, l'ARCEP envisage la mutualisation de certains réseaux sur cette zone, et pourrait également encourager la formation de consortiums qui mettraient en commun leurs fréquences pour des performances optimales (proportionnelles à la largeur de la canalisation spectrale) à un coût fortement réduit. Cette solution innovante sonne le glas, en tout cas sur une partie du territoire, de la concurrence par les infrastructures, et pourrait réduire fortement la taille du marché français des équipements très haut débit mobiles. Mais la taille de la bande (2x30 MHz) ne donne pas vraiment le choix.

 

En effet le régulateur veut en même temps garantir la possibilité que chacun des quatre opérateurs mobiles puisse obtenir une partie de ces fréquences en or, et garantir au client final que les canaux utilisés puisse être assez larges pour permettre des performances optimales en débit. Découper 30 MHz en lots de 5, 10, 15 ou 20 MHz donne un certain nombre de combinaisons.

canalisations-THD.jpg

Seul un minimum de 10 MHz permet des performances vraiment meilleures que la 3G: un canal de 5 MHz tout seul est donc peu intéressant, à moins de lui adjoindre les 5 ou 10 MHz de l'opérateur voisin. Cela promet des négociations intéressantes entre opérateurs qui ont appris, bon an mal an, à se mettre d'accord sur des sujets comme le partage de réseau 3G ou...la mutualisation des réseaux de fibre optique!


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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 23:50

marianne-copie-1.jpg L'été sera chaud pour les cabinets ministériels, peut-être même pour le gouvernement lui-même. Au plus tard en octobre, une redéfinition des portefeuilles s'effectuera pour préparer la future campagne présidentielle de 2012. C'est peut-être aujourd'hui le moment de rêver à un grand ministère du numérique doté d'une administration en propre, et qui coordonnerait toutes les actions en cours dans ce vaste secteur si important pour la reprise de la croissance.

 

france numériqueDans le cadre des assises des territoires ruraux en Février 2010, le très haut débit et le développement des usages numériques est arrivé en première place dans les préoccupations des élus. En conséquence, le Président, le Premier Ministre et plusieurs ministres n'ont pas ménagé leurs efforts pour mettre en place un plan ambitieux, dont les ramifications sont industrielles, culturelles, comportementales sans parler des enjeux forts d'e-éducation, de e-santé, d'aménagement du territoire et de lutte contre la fracture numérique. Cet aspect transversal explique pourquoi Nathalie Kosciusko-Morizet, Michel Mercier, Frédéric Mitterrand et Christian Estrosi sont tour à tour impliqués dans le développement numérique de notre pays, certes en bonne intelligence mais également pris dans le tourbillon de leurs autres engagements. Même la Secrétaire d'Etat chargée du développement de l'économie numérique a aussi une autre charge, celle de la prospective, comme si le numérique en soi ne pouvait être une activité à part entière. De la même façon, le volet numérique du grand emprunt a attiré la convoitise de plusieurs ministres, que ce soit pour la numérisation des ouvrages de la bibliothèque nationale ou pour la microélectronique, chaque administration cherchant à tirer un bénéfice de cette manne de €4.5 Milliards.

 

François Fillon, qui fut Ministre délégué à la Poste, aux Télécommunications et à l'Espace, et qui laure-de-la-raudiere.jpgs'investit particulièrement fort dans le développement du numérique, devrait être sensible à cette idée d'un grand ministère du numérique portée notamment par la députée Laure de la Raudière et par Nathalie Kosciusko-Morizet (dont les propositions en ce sens ne datent pas d'hier, disait elle encore récemment dans la Tribune BFM TV) dans des prises de positions argumentées qui ont pour objet de garder la France dans les premières places de ce secteur. Oui, nkmla France commence a perdre des places dans le classement mondial, notamment en ce qui concerne les politiques gouvernementales. Est-ce étonnant quand la Secrétaire d'Etat en charge de ce développement ne dispose d'aucune administration, et ne doit compter que sur onze collaborateurs, dont plusieurs travaillent sur le sujet de la prospective, chiffre qui devra être ramené à quatre au cours de l'été, compte tenu des nouvelles directives gouvernementales ? 

 

Il est sans doute possible de revoir l'organisation des ministères pour rendre au secteur du numérique l'importance qui lui est due; peut-être même la mise en commun des forces permettrait-elle de faire des économies, d'augmenter l'efficacité globale et de mieux réussir ce chantier essentiel du XXI siècle, dont l'importance politique augmente au fil des années. Espérons qu'un gouvernement resserré ne mettra pas aux oubliettes, ou en queue de peloton, cette activité de développement du numérique en France.

 


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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 13:59

encheres.jpgDans un premier article, nous nous étions déjà interrogés sur le sort des milliards d'euros issus du produit de l'allocation à venir, l'an prochain, des fréquences du très haut débit mobile. Les récentes informations concernant le montant du budget du Ministère de la Défense, et sa coupe de 3.5 milliards d'ici 2013, permettent aujourd'hui d'y voir un peu plus clair: contrairement aux fréquences allouées pour la 3G, dont le produit a été intégralement versé au fond de réserve pour les retraites (FRR), nous apprenons que les enchères 4G profiterons au moins en partie aux armées, ce qui, dans la période de réforme que nous connaissons, peut réellement surprendre. Cela mérite au moins quelques éclaircissements.  

 

 

Pourquoi l'armée ? Tout simplement parce que celle-ci pâtit des décisions européennes, validées par la France, visant à harmoniser le spectre destiné aux communications électroniques civiles en 4G:

felin.jpg- la bande 830-860 MHz, située au sein du fameux "dividende numérique" 790-862 MHz alloué aux télécommunications, est actuellement utilisée pour le système Felin (Fantassins à Equipements et Liaisons INtégrées).

- la bande 2.6 GHz est utilisée par la gendarmerie pour son système de communications transmises par faisceaux hertziens, appelé Rubis (Réseau Unifiée Basé sur l'Intégration des Services).

 

 

En 2008, déjà plusieurs ministères lorgnaient sur le produit de la vente des fréquences 4G dans les bandes 800 MHz et 2.6 GHz: Bercy voulait récupérer les sommes attendues, l'Elysée a préféré favoriser l'armée. Dans la loi de programmation militaire 2009-2014 il est clairement institué que le Ministère de la Défense recevra ces sommes en propre sous forme de recettes exceptionnelles. Une première, et une négociation judicieuse car les sommes prévues sont largement sous-estimées. Dans la loi, 1.5 milliards d'euros sont prévus au titre de la cession des fréquences, 600 arcepmillions en 2009 et 2010, et 250 millions en 2011. Le calendrier a pris du retard: 2010 a été consacré au dossier des fréquences 3G restantes, qui ont généré 822 millions d'euros de recettes (582 millions provenant de SFR et Orange, 240 d'Iliad); mais cette somme était destinée au FRR. L'armée n'a donc rien obtenu en 2009, et les dernières annonces du régulateur des télécommunications (l'ARCEP) font état d'une attribution des fréquences au plus tard à l'été 2011. Le paiement aura donc lieu la même année, et aucun euro ne sera versé en 2010. 

 

S'il est établi que le calendrier d'obtention de ces recettes exceptionnelles provenant des fréquences 4G est fantaisiste, restons quelques instants sur le montant prévu. Est-il réaliste ? Pourquoi 1.5 milliards d'euros ? L'exemple allemand est assez instructif: des enchères bien menées ont rapporté 4.4 milliards d'euros outre-rhin, dont plus de 3 milliards d'euros pour les seules fréquences du dividende numérique. Pourquoi en serait-il autrement en France ? Ces fréquences, dont les caractéristiques techniques sont particulièrement recherchées, présentent une forte attractivité. De plus, l'arrivée d'un quatrième opérateur sur le marché français ravive la concurrence. Certes, l'ARCEP envisage une pondération des prix par les engagements des opérateurs en matière d'aménagement du territoire, mais il est légitime d'envisager un doublement des recettes initialement prévues par l'armée.

 

Ce n'est pas tout. Non contente d'avoir obtenu ces recettes exceptionnelles, la Défense s'interroge aujourd'hui sur le coût de désengagement des systèmes utilisant les fréquences cédées aux communications civiles, pour les faire migrer vers de nouvelles fréquences. Ce coût est connu: 118 millions d'euros seront nécessaires pour adapter "Felin", dont il faut changer la partie radio. Un contrat juteux pour SAGEM, fournisseur actuel du système. Pour Rubis, le budget parlementpour la modification de 770 stations hertziennes est de 68 millions d'euros, pris en charge par le fonds de réaménagement du spectre. Interrogé récemment par la Commission des Finances de l'Assemblée Nationale, le général Puget, chargé des fréquences à la Défense, a défendu le principe que ces 118 millions soient reversés à l'armée en plus du produit de la cession des fréquences. Résultat: si on ajoute le dividende numérique, la bande 2.6 GHz et le coût de désengagement, ce sont près de 3.5 milliards d'euros qui pourraient bien être donnés à l'armée en 2011, soit une plus-value de 2 milliards par-rapport aux prévisions actuelles. Cela permettrait de largement combler les 1.5 milliards d'euros d'économie réelle (hors recettes exceptionnelles) demandés d'ici 2013. Bravo.

 

De l'ensemble de ces faits, quelques questions découlent:

- pourquoi les cessions aux opérateurs des fréquences 4G prises aux militaires reviennent-elles directement au budget de la Défense, alors que ce n'avait pas été le cas pour la 2G et la 3G (le général Puget admet lui-même au cours de son audition que "quand la Défense a abandonné les fréquences GSM et UMTS, elle n'a pas envisagé de se faire payer") ?

 

 - pourquoi, alors qu'aujourd'hui les questions de retraite et de déficit budgétaire sont si importantes, privilégie-t-on l'armée pour la cession de ces ressources rares (après tout Felin n'utilise que 30 MHz des 72 MHz du dividende numérique...) ?

 

- pourquoi ne clarifie-t-on pas au plus vite dans la loi de programmation la question du montant, ou au moins de la fourchette, que la France peut obtenir des enchères 4G, au vu des résultats allemands et américains ?  

 

- pourquoi ces montants importants ne serviraient-ils pas à financer le très haut débit au sens large, et pourquoi pas au fonds d'aménagement numérique du territoire que le Sénateur Maurey cherche à rendre pérenne (au lieu d'une nouvelle taxe...) ? 

 

"Les Français ne comprendraient pas que le ministère de la défense soit le seul à ne pas participer à l'effort demandé à l'ensemble de la nation dans la lutte contre les déficits", avait déclaré en juin le ministre de la Défense Hervé Morin. C'est bien la raison pour laquelle ce sujet de la cession des fréquences est à la fois intéressant, et surprenant. Il pourrait bien devenir choquant.

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