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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 14:05

Femto huaweiAnnoncées depuis plusieurs années comme point de convergence entre l'électronique grand public et les réseaux mobiles, célébrées en tant que grand succès commercial imminent, les femto-cellules n'ont toujours pas réellement convaincu la plupart des opérateurs bien que certains, et non des moindres, se risquent aujourd'hui à lancer des offres intéressantes.

 

L'objectif est simple, et multiple:

- décharger les réseaux de données du trafic mobile généré chez soi, ou dans des points de concentration (magasins, hotels, cafés,...). Ce trafic va très fortement augmenter dans les années qui viennent, avec la multiplication des smartphones, tablettes et autres objets communicants domestiques.

- améliorer la couverture dans des zones à signal atténué, ou inexistant: cela aura aussi pour effet en 3G et LTE d'améliorer les performances en débit. Or, en France, 41% des personnes interrogées ne sont pas satisfaites du service 3G de leur opérateur (source UFC-Que-Choisir, 2010).

- fidéliser des foyers et non plus des abonnés uniques: la petite cellule personnelle de la femto permet vise ainsi les familles et les très petites entreprises pour des offres "quadruples play" (internet - téléphonie fixe - télévision - mobile), rendant encore plus compliqué le changement d'opérateur. Or les chiffres du taux d'attrition des FAI français publiés par erreur par l'ARCEP montrent bien qu'il y a encore une volatilité importante de la clientèle ADSL.

- faire payer à l'abonné une partie des coûts de fonctionnement du réseau: en effet l'abonné prend en charge une partie de l'équipement, l'électricité nécessaire au fonctionnement de la femto, et l'accès au réseau de transport de données (au travers de son abonnement ADSL). La maintenance peut aussi être partiellement re-facturée.

antennes- résoudre l'épineuse question de l'installation de nouveaux sites: il faut souvent compter 18 à 24 mois pour installer station de base et antennes de taille standard compte tenu des contraintes réglementaires et de la méfiance des riverains. C'est tout le problème actuel de Free Mobile qui doit créer des milliers de nouveaux sites.

 

Si les raisons de croire au succès des femtos sont nombreuses, il existe aussi des freins importants à leur développement qui expliquent peut-être pourquoi ces stations de base miniature tardent à prendre le chemin de nos salons:

 

- le concurrent principal de ces femtos est évidemment le Wi-Fi qui équipe déjà la plupart des box ADSL et de nombreux routeurs domestiques. La technologie Wi-Fi sert déjà à décharger les réseaux mobiles; la plupart des smartphones est capable de passer automatiquement d'un accès à l'autre, à condition de configurer son téléphone la première fois, un processus fastidieux inhérent à la norme Wi-Fi (clé de sécurité, mode association,...), difficile à mettre en oeuvre pour de nombreux clients. Par ailleurs, une étude de Parks Associate établit que seuls 43% des utilisateurs du Wi-Fi sur leur smartphone en sont parfaitement contents, notamment pour des raisons de faible autonomie de batterie. La connection a la femto devrait se faire de façon plus transparente pour l'utilisateur.

- l'architecture de réseau mobile se complique quand on y ajoute un sous-réseau femto, et l'impact de ces petites cellules sur les plus grandes n'est pas négligeable en termes d'interférences et de trafic de signalisation. Il est recommandé de dédier une porteuse radio aux femtos pour éviter ces problèmes d'ingénierie et d'optimisation réseau, ce qui coûte cher en spectre. Aujourd'hui, les contraintes techniques semblent mieux connues et testées, et ne font plus obstacle aux quelques 13 lancements commerciaux dans le monde. Mais la multiplication de ces femtos augmentera la complexité générale des réseaux. Les difficultés d'AT&T sont là pour le prouver.

- le coût de fabrication de ces femtos a longtemps été un obstacle à leur commercialisation: le mini-77591-femtocell-fem-to-cell-home-3g-sfr.jpgprix de vente trop élevé nécessitait une large subvention de la part de l'opérateur, ce qui rendait les ventes assez marginales. Dans le cas du "home 3G" SFR, le prix de 199€ reste ainsi assez prohibitif. Mais les coûts des composants des femtos diminuent très vite avec les progrès de la microélectronique, et on voit déjà apparaître des offres à moins de 100$.

- la peur des ondes, et la multiplication des sources de champs électromagnétiques dans les habitations inquiète les usagers, bien qu'il soit avéré que les femtocell émettent moins de puissance que les hotspots Wi-Fi. SFR assurait au moment du lancement de Home 3G, que "avec une puissance de 0.01 W la femto emet 100 fois moins qu'une borne Wi-Fi classique; de plus, un téléphone qui capte mieux émet moins d'ondes". Mais les vérités scientifiques n'empêchent pas un certain nombre d'abonnés de se montrer réservés. De plus, si on peut éteindre un boîtier Wi-Fi, il est peut-être plus ennuyeux de mettre régulièrement hors-tension sa station de base personnelle.

ericsson- la champion des infrastructures mobiles, Ericsson, s'est toujours montré réservé envers les femtos 3G, et ne propose pas de telle solution dans son portfolio. Cela pose question, tant l'équipementier suédois est en général aux avant-postes des innovations dans son domaine de prédilection. Cela tient au coût des plate-formes, jugé trop élevé pour faire naître un succès de masse, et à la cannibalisation probable entre femtos et stations de base usuelles. L'écosystème femto est donc incomplet, ce qui fait réfléchir certains opérateurs.

 

La revue des freins au développement du marché des femtos montre que des solutions ou des contre-arguments ont été trouvés pour la plupart d'entre eux. Reste l'importante barrière à l'entrée du prix; des voix s'élèvent de plus en plus fort pour encourager les opérateurs à imaginer de nouveaux business models, à l'image de Cisco qui conseille purement et simplement de donner les femtos aux abonnés, un investissement très rentable à moyen et long-terme (vidéo en anglais).

 

 

 

C'est d'ailleurs ce que fait Softbank au Japon, qui propose en outre la gratuité de l'abonnement ADSL aux abonnés prêts à souscrire pour deux ans. Il est vraisemblable aussi que Free Mobile, qui a annoncé vouloir munir de femto une version ultérieure de la freebox, ne fera pas payer cet ajout.

 

Cette innovation dans le modèle de prix est probablement le seul moyen de provoquer le succès grand-public des femtos. Iliad doit y compter en France, et d'autres opérateurs s'y engageront à sa suite. Si la simplicité et la valeur ajoutée sont au rendez-vous, ce pourrait bien devenir un facteur important de différenciation entre les offres convergentes; on ne parlera alors plus de serpent de mer, mais bien de succès. 

 

 

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 17:23

(Article pour une fois en anglais, comme demandé maintes fois par certains lecteurs anglophones)

 

dawrin.jpgSurvival of the fittest…When Herbert Spencer first used the phrase in the nineteenth century after reading Charles Darwin's On the Origin of Species, his intention was to apply the “natural selection” thesis to economics. What Darwin meant by “natural selection” was "better adapted for immediate, local environment" by differential preservation of organisms that are better adapted to live in changing environments. Is this theory applicable to the wild world of telecom equipment supply ? Which companies would then be better adapted to survival in a rapidly evolving technological landscape ?

 

 
 


Nortel Networks’ breakdown last year has shown the world that large telecom equipment suppliers could indeed collapse and be “eaten” by competition. How did this happen ? In the early nineties, new predators appeared in China: Huawei and ZTE quickly became powerful outside their home market and are today in a position to force Western suppliers to adapt to low pricing strategies and lean cost structures. In some countries however, like US or India, these new powerful predators have not yet found the appropriate business climate, whereas they seem to well develop in EMEA regions. Take Huawei alone: its sales were multiplied by ten in seven years (table 1). And between 2005 and 2009 the operational margin of market leader Ericsson was divided by three, while still over performing by far those of competitors Nokia-Siemens, Alcatel-Lucent or Motorola. Call it reckless competition…or fight for survival!


huawei-sales.jpg

 

 

With its undisputed leadership over mobile infrastructure and its large customer base, Ericsson is probably among the fittest and most capable to survive the teeth of eastern assailants. Market interest for mobility solutions is just in its early stages, the internet of objects being the next worldwide revolution with huge impacts of networks and associated services. Adaptability to new vertical markets will be key: networking solutions and applications like smart grids, intelligent transport solutions or e-health will drive new revenues and create new growth territories. This alcatel-lucent.jpgfight for value is also at the forefront of Alcatel-Lucent’s new strategy, positioning itself to support "Web2.0, Web3.0 and beyond" business models and combining web-based applications with "trusted" network and communications services. Other competitors also struggle for survival: Motorola is preparing to divide its capital into two parts, moving a lot of cash into its terminal business while leaving its pension obligations and all its other liabilities to the part which caters to enterprise customers and sells network equipment to operators. The loss-making Nokia-Siemens joint venture could also become too high a burden for its two shareholders who may jointly decide to divest from telecommunication network equipment supply. Members of the species seem to be on the brink of extinction.  


But mixing of closely related species may occasionally provide the energy to impel rapid evolutionary change. It is therefore possible that the dismantling of Nortel’s asset is only the start of what could become a more important consolidation wave, building giants able to overcome the increasing power of Chinese predators. These new breeds would also gain more negotiation power towards global service providers and benefit from higher economies of scale. cisco logoThe best placed to grow externally is that arena is certainly Cisco, whose CEO John Chambers recently declared that Huawei had become their number one competitor: with $35b cash reserves Cisco can easily target the best assets to take the leadership in service provider equipment supply. Its recent move to acquire Starent, and the set-up of a Mobile Internet Technology group in Massachusetts could be the start of a strategy to ultimately control the mobile internet infrastructure supply.


The next few years will tell if Darwinism is applicable to telecommunications equipment makers. The exponential growth of data on mobile and fixed networks will maybe help suppliers survive longer than expected, but it is likely that Motorola’s network solutions spin-off in 2011 could launch mergers and acquisitions on a larger scale. Time will tell who were the dinosaurs, and who are the tigers.

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 14:14

tv-mobile2.jpgNous avions déjà eu l'occasion de décrire la guerre de standards de la Télévision Mobile Personnelle (TMP) qui fait rage depuis 2007: ne revenons pas sur la préconisation du DVB-H par la Commission Européenne en 2008 puis sur la résistance de nombreux opérateurs européens à la mise en place d'une technologie parallèle coûteuse, et challengée par d'autres systèmes concurrents (dont Media-Flo de Qualcomm, et la norme chinoise CMBB). 

 

Le feuilleton de la TMP connaît un nouveau rebondissement aujourd'hui à l'annonce par Orange, Telefonica et Vodafone du lancement d'un pilote IMB (Integrated Mobile Broadcast) dans la partie Ouest de Londres, et à Slough. IMB vient en effet s'ajouter aux autres propositions techniques de diffusion de télévision mobile en mode "broadcast", mais présente plusieurs avantages:

3gpp.jpg- il s'agit d'une fonctionnalité développée au sein même de l'organisme de standardisation 3GPP qui traite des réseaux mobiles de troisième génération et de leur prolongement appelé LTE (Long Term Evolution). Les opérateurs mobiles sont donc assurés de la cohérence technique entre leurs réseaux et cette solution IMB, qui est d'ailleurs soutenue par l'association GSMA.

- IMB fonctionne sur des fréquences TDD 3G qui ont été déjà acquises par 150 opérateurs dans 60 pays, mais non utilisées depuis par manque d'équipements et de terminaux adaptées ! Au prix du MHz payé lors des folles enchères de l'année 2000, il ne fait aucun doute que les opérateurs ont tout intérêt à remédier à cette situation ubuesque, et le marché potentiel immédiat est immense. 

 - Autre avantage décisif par-rapport aux autres solutions: le coût. «Avec les 3 canaux de 5 MHz aujourd'hui non utilisés dans la bande TDD, on peut, notamment dans les zones à fort trafic, diffuser jusqu'à 45 chaînes pour un coût de déploiement incrémental relativement marginal », assurait à ce sujet le représentant d'un opérateur.

ericsson- Parmi les partisans d'IMB se trouvent de nombreux opérateurs de premier plan: en plus des trois opérateurs impliqués dans le pilote anglais, Singtel, Softbank, Telstra et T-Mobile ont déjà indiqué leur soutien. Côté industriel, la présence d'Ericsson, leader du marché des infrastructures mobiles, auprès de IPwireless et Streamezzo (Amdocs) rassure sur la pérennité des développements ultérieurs des solutions de réseau.

- Comme les autres solutions techniques, IMB peut décharger les réseaux mobiles du trafic de la vidéo diffusée "en masse", par exemple lors de grands évènements comme Rolland-Garros pendant lesquels de nombreux abonnés regardent en même temps les mêmes informations en TV sur mobile.

- Enfin, IMB permet non seulement de diffuser de la télévision mais aussi tout type de contenu adapté aux situations de mobilité, musique, infos trafic localisées, infos d'urgence localisées, publicité localisée, ouvrant la voie à de nouveau types de services à valeur ajoutée. 

 

Comme souvent, la question des terminaux est encore plus délicate que celle des réseaux. Il faut pour l'instant ajouter une puce IMB dans les smartphones pour les faire fonctionner; l'intégration de la fonctionnalité dans les puces existantes est prévue, à condition que le coût incrémental soit suffisamment faible, ce qui dépend invariablement du volume.  

 

tdf.jpgIMB pourrait bien devenir une réponse des opérateurs mobiles à la douloureuse question de la technologie à utiliser pour la TMP. Il ne faudrait pas que TDF, aujourd'hui choisi comme opérateur de multiplex en France, néglige cette solution qui va peut-être s'imposer chez nos voisins européens.


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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 10:21

verwaayen_70x92.jpgQuelques observateurs se sont empressées de parler de délocalisation, dès l'annonce de Ben Verwaayen, Directeur Général d'Alcatel-Lucent, évoquant l'éventuelle installation du siège des activités de service de la société en Inde. Or, il semble qu'une partie non négligeable de cette réflexion provienne davantage d'un souci de relocalisation, c'est-à-dire du rapprochement des lieux stratégiques de production et de consommation, que du seul objectif (indéniable) de bénéficier d'une main d'oeuvre moins coûteuse et très compétente.

 

Vivek_Mohan_70x92.jpgEn effet, outre le fait que Vivek Mohan, très influent président du segment opérationnel services d'Alcatel-Lucent, et membre du comité de direction du groupe, soit lui-même de nationalité indienne et ancien président du groupe dans ce pays, il faut admettre que l'essor des technologies de l'information en Inde, et les perspectives en termes de ventes d'infrastructures de communication, sont absolument immenses:

- l'Inde vient d'accorder des licences 3G et 4G, et va entamer à marche forcée le déploiement des réseaux correspondants, une perspective de croissance à ne pas manquer dans un marché mondial atone.

- L'Inde est un des seuls pays à avoir récemment décidé de restreindre, pour des raisons de sécurité, les importations d'infrastructures de réseaux chinoises, plaçant ainsi les sociétés européennes et américaines (dont Alcatel-Lucent) dans une situation relativement moins concurrentielle.

- L'Inde recèle un potentiel de croissance impressionnant en termes de pénétration mobile et d'utilisation des applications de réseaux sociaux.

 

Une autre lecture de ce déménagement envisagé est tout simplement l'accentuation de la stratégie de développement du groupe en Asie, que ce soit en Chine où déjà plus de dix mille employés travaillent au sein de l'entité Alcatel-Shanghai Bell, ou en Inde:

- où Nokia-Siemens-Networks et Ericsson ont déjà implanté avec succès des hubs de services globaux.

- où Alcatel-Lucent a noué des partenariats et signé d'importants contrats avec Reliance Communications et Barthi Airtel (voir vidéo - en anglais).

- où il est probablement nécessaire de développer une forte présence locale, et de participer à l'industrialisation du pays et à la formation des ingénieurs indiens, pour bénéficier des grands marchés d'infrastructures. Nokia-Siemens l'a bien compris en investissant à Chennai; Ericsson a implanté une usine au Rajastan dès 1994. 

 

On le voit: l'investissement de $500 millions que représenterait la mise en place de ce centre de services d'Alcatel-Lucent en Inde fait partie d'un vaste mouvement d'ensemble de l'industrie vers ce pôle de développement incontournable, dont dépend une bonne part de la croissance annuelle des équipementiers de premier plan. Il ne s'agit pas seulement d'une logique financière de baisse des coûts, propre aux délocalisations parfois discutables, mais bien d'un signe fort à l'intention des décideurs indien, pour capter une part de la manne des réseaux à construire. Du succès de cette entreprise dépendra peut-être paradoxalement la survie d'emplois européens.

 


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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 17:43

 

invitation-THD2010-copie-1.jpg

 

Organisée par Aromates Relations Publiques et l'IDATE (Institut de l'Audiovisuel et des Télécommunications en Europe), cette quatrième occurrence des assises du Très Haut Débit a tenu les promesses qu'auguraient un programme riche et des intervenants sous les feux de l'actualité. Positionné deux jours après la publication du Programme gouvernenmental pour le Très Haut Débit, cinq jours après la mise à disposition par l'ARCEP d'une proposition de décision sur le cadre règlementaire de la fibre dans les zones peu denses, le colloque a permis à Michel Mercier, Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Ludovic Silicani d'expliquer par oral les mesures proposées et d'écouter les premières réactions suscitées par leurs textes. Traditionnellement appréciées des représentants des collectivités locales, les assises ont montré toute l'importance d'une coordination publique-privée pour homogénéiser le déploiement de la fibre sur des territoires divisés en zones 1, 2 et 3, éligibles selon les cas aux guichets de soutien public A, B ou C, créés dans le cadre du Grand Emprunt. Une complexité du dispositif rendue nécessaire par la flexibilité donnée aux différents acteurs économiques, opérateurs, ou collectivités, de s'engager dans ce grand chantier du Très Haut Débit et de bénéficier de l'effet de levier des deux milliards d'euros mis à disposition par l'Etat.

 

FibreL'objectif est simple: accélérer le déploiement de la fibre dans tous les territoires, et éviter une fracture numérique dont plusieurs élus ont rappelé qu'elle pré-existait dans de nombreuses communes parfois encore limitées à un débit de 56 kb/s, bien loin des 100 Mb/s promis par la fibre. Faut-il des étapes technologiques intermédiaires ? La question a été clairement posée. La modernisation des infrastructures de l'opérateur historique, également appelée "montée en débit" pourrait ainsi également bénéficier des subsides d'état dans un cadre réglementaires restant à définir. Avançant ses pions, Eutelsat était aussi présent et indiquait pouvoir faire bénéficier d'un débit descendant de 50Mb/s à 500,000 personnes grâce à un satellite de nouvelle génération, projet dont la recherche et développement pourrait être subventionnée par l'Etat. Une solution non disponible avant 2014, et dont les limitations technologiques en latence et débit montant ont été habilement passées sous silence. La place des technologies hertziennes terrestres a elle aussi été évoquée, Jean-Ludovic Silicani expliquant notamment que la procédure d'allocation des licences de la 4G mobile préparée par l'ARCEP allait être suffisamment "créative" pour contribuer à l'objectif général d'aménagement numérique du territoire; une déclaration importante, qui pourrait permettre aux "oubliés du haut-débit" de passer de 56 kb/s à environ 10 Mb/s en moyenne (débit descendant), comme le montrent les premiers résultats du LTE dans les villes de Stockholm et Oslo, bien plus rapidement qu'avec la fibre ou même qu'avec un satellite large bande encore hypothétique.

 

Tous les participants s'accordaient sur un financement nécessaire de 30 milliards d'euros pour déployer le très haut débit en France, une somme importante en ces temps de rigueur budgétaire. Mais les chiffres sont là: 2 milliards d'euros du grand emprunt vont générer un investissement complet public-privé de 7 milliards, selon Nathalie Kosciusko-Morizet, dans les zones 2 et 3. A cette somme s'ajoutera les investissements des opérateurs (Orange, SFR, Iliad, Numéricable et Bouygues Telecom) pour les zones denses, soit encore 10 à 15 milliards sur les quinze prochaines années. Reste 10 milliards à trouver, qui seront financés par l'Etat par la pérennisation du fonds d'aménagement numérique des territoires crée par la loi Pintat, amorcé par le Grand Emprunt, alimenté ensuite par un dispositif mis au point par le Sénateur Hervé Maurey. Celui-ci évoque une somme à trouver par an comprise entre 500 millions et 1 milliards d'euros, par la création d'une nouvelle taxe dont la nature n'est pas encore figée. Cette somme est à peu près en ligne avec les conclusions du rapport réalisé par le cabinet TACTIS à l'intention de Michel Mercier en Février 2010. A titre d'exemple, et peut-être pour préparer les esprits, le Sénateur Maurey indiquait qu'une augmentation de deux euros par mois des abonnements haut-débit pourrait être une piste suffisante, pas trop douloureuse, pour alimenter le fonds. En tout état de cause, l'addition est assez convaincante: les financements sont là. Aux acteurs économiques de s'organiser en bonne intelligence pour obtenir une couverture propre à la mise en place de services à l'échelle nationale.

 

Google-tv-adsCar le défi est également de remplir les tuyaux très haut débit de contenus et d'applications qui provoqueront cette révolution des usages et créeront de la valeur. Beaucoup d'exemples ont été donnés: e-éducation et télémédecine pour rapprocher virtuellement les zones les moins pourvues en écoles, médecins et hôpitaux des centres les plus renommés. Vidéoconférence haute-définition pour compenser l'éloignement et économiser en CO2. La neutralité des réseaux a également été évoquée par le représentant de Skype, promoteur d'une ouverture plus large aux applications de l'internet, et par Pierre Louette, Secrétaire général de France Telecom, a qui le Président de Google aurait dit:"construisez les réseaux, nous prendrons l'argent".

 

L'ensemble du colloque était couvert en direct sur Twitter (sous le hashtag #THDAN) où une discussion parallèle animée avait lieu, montrant bien la multiplication des canaux d'information et des usages numériques. Espérons que les Assises de l'an prochain montrerons les premiers résultats d'une politique publique que l'on peut qualifier de volontariste, et courageuse.

 


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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 22:56

fillonC'est presque en catimini que le gouvernement a annoncé aujourd'hui son programme national pour le très haut débit, loin des tambours et trompettes des exercices de communication précédents sur le même sujet. Un coup d'oeil sur l'agenda des ministres concernés suffit à s'en convaincre: le Premier Ministre était en visite en Norvège, Michel Mercier était dans le Rhône, NKM distribuait des tablettes aux seniors et Christian Estrosi fêtait à Nice le 150ème anniversaire du rattachement de la ville à la France. Un communiqué de presse a pourtant bien été émis par le cabinet de François Fillon à propos de l'enjeu industriel majeur que représente le très haut débit.


arcepMais qu'importe le cérémonial; le détail du programme est venu éclaircir la méthodologie de soutien public aux initiatives des opérateurs et collectivités locales pour parvenir à l'objectif fixé par le Président de la République de 100% de couverture en très haut débit (THD) en 2025. Après le projet de décision de l'ARCEP concernant la réglementation  du déploiement de la fibre en zônes moins denses, le communiqué gouvernemental permet aux acteurs économiques de fourbir leurs armes et de se préparer à ce gigantesque chantier des quinze prochaines années. Le principe est assez simple. Deux guichets vont être ouverts:

- un premier pour les opérateurs ouverts au co-investissement, prêts à s'engager sur des projets de couverture intégrale sous cinq ans des zones choisies. L'objectif de ce guichet sera de labelliser les manifestations d'intérêts les plus sérieuses et de les financer par des prêts de longue durée pouvant couvrir jusqu'à 50% de l'investissement. Une autre possibilité sera de demander à l'Etat une participation au capital (jusqu'à 33%) d'une structure juridique multi-acteurs créée pour l'occasion. Un suivi rigoureux annuel de chaque projet permettra la vérification des engagements pris dans les manifestations d'intérêts sélectionnées.

- Un second guichet s'adressera aux collectivités territoriales, et prendra la forme de subventions qui pourront prendre en charge jusqu'à 33% des investissements prévus. La forme juridique de la structure d'accueil des subventions pourra être variable (DSP, régie, etc...); les projets devront être cohérents avec ceux du premier guichet, l'investissement privé restant prioritaire si des projets sont prévus dans les trois ans. Autre spécificité: ce guichet pourra aussi financer certains réseaux de collecte ainsi que des projets de "montée en débit", dans des conditions encore à préciser (sur ce dernier point, il sera intéressant de comprendre si une partie de ces subventions pourront être captées par l'opérateur historique pour moderniser son réseau).


boussole.jpgLes sommes proviendront du FSN (Fonds National pour la Société Numérique) dotés notamment de deux milliards d'euros pour ce programme. D'un point de vue opérationnel, si le Premier Ministre et le Commissariat Général à l'Investissement gardent la prééminence des choix d'investissement, en lien avec les trois ministères ou secrétariat d'état concernés, la gouvernance effective viendra de la création d'une structure nationale de pilotage constituée de membre de la DGCIS (Direction Générale de la Compétitivité, de l'Industrie et des Services) et de la DATAR (Délégation Interministérielle à l'Aménagement du Territoire, et à l'Attractivité Régionale), qui s'appuiera elle-même sur des instances de concertations régionales. Cette complexité peut effrayer, mais sans doute est-elle nécessaire pour arriver à rendre homogènes et complémentaires les différents projets dont la maille élémentaire sera...la commune (ou la zone arrière de NRA).


antenne-copie-2Un point cependant reste assez décevant dans le dispositif décrit. La complémentarité entre THD fixe et THD mobile, si elle est évoquée a demi mot dans le dernier chapitre du document, ne paraît pas être une solution envisagée à court terme. Dans un premier temps le gouvernement ouvre la porte à une financement de recherche et développement, comme si le très haut débit mobile était encore "dans les cartons", immature. Rappelons tout de même que plusieurs pays ont déjà lancé des réseaux LTE commerciaux; cette solution aurait pu être une alternative d'ores et déjà proposée aux acteurs économiques pour accélérer le déploiement de ces réseaux en France, pourquoi pas dans les régions déjà passées au tout-numérique télévisuel (laissant libre les fréquences du dividende numérique). Une piste qui gagnerait à être davantage explorée. 

 


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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 16:24

india_mobile.jpgHasard du calendrier ? Ironie de l'histoire ? Alors que le régulateur français se flattait mercredi de parvenir à lancer les enchères des fréquences 4G avant l'été 2011, pour une disponibilité du spectre qui s'échelonne jusqu'en 2014, l'Inde annonce aujourd'hui avoir finalisé l'allocation de fréquences 4G pour plus de 5.5 milliards de dollars, après avoir récolté 11 milliards pour les fréquences 3G il y a trois semaines. Une réussite pour un marché qui passe en peu de temps de l'âge de pierre de la 2G à l'un des premiers pays à pouvoir ouvrir un service commercial de quatrième génération, au même titre que la Suède, l'Allemagne ou la Norvège.


infotel.jpgCertains industriels font d'ailleurs le pari de sauter l'étape de la 3G: Mukesh Ambani, tout puissant PDG de Reliance Industries, dont le frère et rival Anil avait hérité de la branche télécommunications du groupe il y a cinq ans, vient de racheter pour 1 milliard de dollars l'opérateur Infotel qui bénéficie d'une licence 4G nationale. L'objectif est clair: faire de l'Inde un des tout premiers pays en termes d'infrastructures mobiles, catalyseur indispensable à une croissance déjà élevée. Il n'est pas le seul à faire de telles projections: Qualcomm, mieux connu en tant que premier fournisseur mondial de puces pour les technologies mobiles, a lui-même investi 1 milliard de dollars pour acheter des licences 4G dans quatre régions indiennes, dont la capitale Delhi, et le coeur économique Bombay. L'objectif de l'industriel américain, dont la réussite a été bâtie sur la norme CDMA dont l'Inde est le deuxième marché mondial, est d'accélérer la progression de la technologie TD-LTE dans ce pays, quitte à forcer le destin et à déployer lui-même un réseau, pour faire croître les synergies entre CDMA et LTE et bénéficier de retombées lucratives dans la ventes de puces bi-modes.


 

 

 

 

Frères ennemis, ruée vers l'or des fréquences, l'Inde est devenu un véritable eldorado des télécommunications; des réseaux 3G et 4G sont maintenant à construire. Tout le gratin des équipementiers se pressent pour obtenir une part du gigantesque gâteau de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Dans le même temps, l'Inde multiplie les demandes obligatoires de transfert de technologie, oblige les sociétés étrangères à recruter localement et va jusqu'à interdire aux sociétés chinoises (dont Huawei et ZTE) de vendre leurs solutions pour des raisons de sécurité nationale.

 

C'est un véritable roman industriel qui s'écrit dans ce pays, dont la conclusion pourrait bien être que l'Inde dépassera l'Europe en nombre d'abonnés 4G avant 2012. C'est en tout cas le pari de Qualcomm, invité surprise dans ce marché tourbillonnant, vitrine d'une modernisation à marche forcée que devraient méditer les dirigeants européens en mal de stratégie de Lisbonne.


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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 15:39

spectre.jpgPatrimoine de l'Etat, ressource rare, les fréquences utilisées par les opérateurs de télécommunications font souvent parler d'elles. Enjeu stratégique pour l'industrie, variable budgétaire pour les gouvernements, le spectre radioélectrique est objet de convoitises diverses et variées suivant l'intérêt particulier des bandes mises sur le marché. La mise sur le marché des premières licences 2G de téléphonie mobile est déjà loin. Mais les dernières porteuses 3G viennent tout juste d'être attribuées à Free, Orange et SFR, que déjà s'annoncent les enchères pour la 4G dont les fréquences seront "attribuées au plus tard d'ici l'été 2011", selon les propos de Jean-Luc Silicani, entendus aujourd'hui à l'occasion de la présentation du rapport annuel de l'ARCEP.


france-numerique-2012.jpgLa procédure a pris du retard. Dans les propositions du plan de développement de l'économie numérique réalisé par Eric Besson fin 2008 (France Numérique 2012), l'action numéro 7 préconisait de lancer les enchères "avant la fin de l'année 2009" pour ne pas prendre de retard sur d'autres pays européens. Mais le calendrier était serré: il fallait d'abord sélectionner le quatrième opérateur 3G (la polémique sur le prix de la licence a fait perdre plusieurs mois), puis attribuer le reliquat des fréquences 3G. Par ailleurs, la 4G vient s'insérer dans un plan plus large de mise en place du très haut débit en France: elle peut permettre une économie substantielle en se substituant (temporairement ou non) à la fibre optique dans les zones les moins denses. Outre cet enjeu d'aménagement du territoire, le spectre nécessaire au fonctionnement de la 4G est également important, car l'une de ses composantes est le fameux "dividende numérique", 72 MHz de bande située relativement bas par-rapport aux autres fréquences utilisées pour les télécommunications; or cette situation basse permet des économies importantes dans la construction du réseau mobile, car ces fréquences permettent de couvrir davantage de territoire avec moins de sites, d'où leur appellation de "fréquences en or".

 

Des fréquences stratégiques, que les opérateurs sont donc prêts à payer très cher. D'ailleurs, les précédents aux Etats-Unis et, plus récemment, en Allemagne permettent d'estimer le montant des fonds que l'Etat français pourrait recevoir. La bande des 700 MHz américaine a été vendue aux opérateurs en moyenne 52 M€/MHz, les fréquences du dividende numérique allemand ont été attribuées pour 42 M€/MHz. On peut raisonnablement penser que les opérateurs français pourraient débourser une somme comparable pour cette bande, soit entre 2.5 et 3 milliards d'euros. Ce montant ne prend pas en compte les recettes, probablement plus modestes, provenant de l'autre bande de fréquence 4G qui sera attribuée (2.6 GHz). Au total, cette somme viendra à point nommé pour donner un peu de flexibilité budgétaire au gouvernement en ces temps de rigueur, et de discussions sur le financement des retraites.

 

parlement.jpgEn effet, il revient au Gouvernement de proposer au Parlement d'allouer le produit des enchères 4G à un poste budgétaire donné. Or cette question n'a pas encore été tranchée en France, ou alors très discrètement. Les lois de finances précédentes ont jusqu'à présent toujours attribué le produit des enchères 3G au "fonds de réserve des retraites", dont les trente milliards devraient contribuer au financement du régime par répartition à partir de 2020. Aux Etats-Unis, le produits des enchères a servi à la création d'un fonds pour faciliter le passage à la TNT et réaliser un réseau mobile pour les services d'urgence. En Allemagne, priorité a été donnée à la réduction du déficit budgétaire 2010. Quel choix pour la France ? Le spectre 4G sera-t-il lui aussi mis à contribution pour les retraites de nos enfants ? Sera-t-il utilisé pour la baisse du déficit en 2011, alors que la valeur prévisionnelle pour 2010 est de 152 milliards, contre 70 en Allemagne ? Une autre possibilité serait d'utiliser ces fonds pour le financement du très haut débit en zone peu dense, en renforcement des 2 milliards prévus dans le grand emprunt, pour un investissement productif de long-terme.

 

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 09:11

tv-mobile.jpgAlors que des millions de mobinautes se sont aujourd'hui habitués à surfer sur leur mobile pour y trouver leurs chaînes favorites, grâce aux performances des réseaux 3G (Orange France annonçait fin 2009 trois millions d'utilisateurs réguliers de ses services de TV sur 3G), et aux hotspots wifi,  les medias évoquent encore régulièrement la mort, puis la renaissance de la fameuse "TMP". L'acronyme signifie bien "Télévision Mobile Personnelle", ce qui rend perplexes certains observateurs: comment cette TMP pourrait-elle bien mourir, alors que l'offre Freebox TV est disponible sur iPhone/iPad ou que TF1 propose de suivre la coupe du monde sur son smartphone ? L'explication est simple: cette communication parfois opaque cache une guerre des standards. Si les réseaux 3G (et bientôt 4G) permettent en effet d'accéder à la télévision, d'autres propositions industrielles aimeraient aussi voir le jour en France.


DVB-H.jpgRappelons les faits. Depuis 2005, de nombreuses expérimentations ont eu lieu en France et en Europe. La Commission européenne a annoncé son soutien en 2007 au standard DVB-H, déclinaison pour les appareils mobiles de la norme DVB-T utilisée pour la télévision numérique terrestre. Les deux grand concurrents de cette norme étaient le T-DMB sud-coréen, et la technologie "Media-Flo", soutenue par l'américain Qualcomm. A la suite de cette décision le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel français a lancé une consultation pour l'attribution de treize chaînes privées destinées à être diffusées sur Télévision Mobile Personnelle, en Mai 2008. Depuis, le dossier s'est enlisé devant le peu d'empressement des opérateurs mobiles à investir dans un nouveau réseau dédié à la TMP, quand l'engouement des abonnés pour la TV sur 3G paraissait amplement suffisant. Le modèle économique de la TMP n'a pas été trouvé suffisamment convainquant. La nomination en Février 2009 par le gouvernement d'un médiateur, Cyril Viguier, pour une mission de quelques mois, a mis de nouveau en lumière dans son rapport le refus d'Orange, SFR et Bouygues de financer le réseau TMP avant plusieurs années. Deux scenarii possibles étaient alors envisagés:

- l'option de repli par la constitution d'une société ad-hoc de financement qui signerait un contrat avec le multiplex pour acheminer son signal, et qui se rétribuerait auprès des distributeurs;

- l'option préférentielle d'un opérateur de multiplex constitué d'au moins deux opérateurs mobiles majeurs sur trois, et des éditeurs, dont l'obligation de couvrir 30% du territoire en 3 ans pourrait être allégée.

 

Pendant ce temps aucun signe d'encouragement ne venait de l'étranger. Les seuls marchés où la TMP était lancée à grande échelle ne présentent pas de résultats vraiment positifs: en Corée du Sud et au Japon, les services TMP payants ont des difficultés à trouver leur public. En Espagne, la TMP a même été officiellement abandonnée le mois dernier par le ministère de l'industrie. Aux Etats-Unis, Qualcomm a été obligé de nier la semaine dernière vouloir se séparer de sa technologie "Media-Flo", mais a tout de même évoqué des chiffres de ventes décevants. Devant l'absence de volumes suffisants, l'écosystème peine à se mettre en place; les terminaux restent chers, et leur choix insuffisant face à l'offre 3G.

 

Dans ce contexte, le gouvernement français s'est pourtant obstiné à vouloir trouver une solution pour la TMP, car notre pays dispose d'un tissu de PME dynamiques dans ce secteur, Alcatel-Lucent veut développer une alternative DVB-SH (susceptible de baisser les coûts de diffusion) et TDF, dont une partie du capital est toujours propriété de l'Etat,  et qui s'est séparé du quart de ses effectifs en 2009, compte beaucoup sur ce relais de croissance. Ce dernier était d'ailleurs prêt à financer une partie importante du réseau. Prenant acte de ce déblocage de la dernière chance, le CSA a confirmé début avril les autorisations des chaînes TMP, donnant deux mois aux sociétés pour constituer une organisation commune susceptible d'assurer les opérations techniques nécessaires à la diffusion des signaux. Enfin, la signature d'un accord entre TDF et le groupe Omer (propriétaire de Virgin Mobile, Tele2 Mobile, Breizh Mobile et Casino Mobile) a rassuré le gouvernement. Le CSA devrait annoncer aujourd'hui la désignation de TDF comme opérateur multiplex par les treize chaînes TMP privées et les trois publiques, pour un réseau lancé au second semestre 2011 et qui couvrira 2500 communes, et 50% de la population.

 

 

 

Mediaflo-copie-1.jpgCette renaissance de la TMP passe aussi par d'âpres discussions en coulisses sur le standard qui sera utilisé par TDF pour construire le réseau de diffusion. Le DVB-H, bien que standard choisi au niveau européen, ne semble plus être la piste privilégiée; plusieurs alternatives s'affrontent, l'une portée par Alcatel-Lucent, pour le DVB-SH, l'autre par Qualcomm, pour "Media-Flo". L'enjeu est considérable, et très politique:

- il en va de la survie du standard américain dont nous avons déjà souligné plus haut la manque de succès outre-atlantique. Qualcomm pourrait ainsi mettre sa puissance financière dans la balance et financer une partie non négligeable des coûts;

- par-ailleurs, la sélection du DVB-SH pourrait consolider un écosystème encore fragile (dont un tissu de PME françaises), sur lequel compte Alcatel-Lucent pour rentabiliser ses investissements et développer l'activité dans d'autres pays;

- la norme chinoise CMMB, elle-aussi évoquée par TDF, sert peut-être d'argument de négociation pour améliorer l'offre de Qualcomm, mais ne paraît pas politiquement crédible

 

Dans ce contexte il sera intéressant de décrypter le choix final de TDF, et de juger si finalement la technologie sera assez mature l'an prochain pour permettre un retour sur investissement, suscitant ou non l'intérêt des consommateurs. Peut-être les réseaux 3G seront-ils davantage saturés; les fréquences adjugées pour la 3G et bientôt pour la 4G permettent d'en douter, à moins d'un gigantesque "effet tablette" qui obligerait les opérateurs à décharger leurs réseaux en toute hâte. Mais si les consommateurs devaient finalement rejeter la TMP, ce serait une nouvelle preuve qu'il est délicat d'imposer une norme au marché, quels que soient les efforts politiques et industriels réalisés.


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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 17:03

Europe2.jpgTrop souvent, notre vieille Europe se complaît dans un certain pessimisme quant au devenir de ses capacités d'innovation face au reste du monde, de la côte ouest des Etats-Unis aux gigantesques complexes de recherche et développement de Shenzhen. En particulier, le secteur des télécommunications est souvent cité en exemple: si la norme GSM a été mise au point par l'ETSI, un institut européen, donnant lieu au formidable succès mondial que l'on connaît, l'industrie européenne a depuis été rattrapée par des challengers américains et asiatiques qui redéfinissent le marché, par une R&D à bas coût ou encore une innovation logicielle remarquable. Certes, il reste des vestiges encore solides de cet empire en déclin: Ericsson, leader mondial suédois des infrastructures de réseaux mobiles, a en effet été récemment récompensé pour sa contribution au développement de la norme de quatrième génération, LTE. Mais dans le même temps, Huawei se voyait également primé pour ses efforts en recherche et développement pour LTE, un signe fort de la redéfinition à venir des cartes industrielles.

 

carteSIM.jpgFaut-il pour autant généraliser ce déclin européen à l'ensemble de la chaîne de valeur des technologies de l'information ? Non, heureusement! On oublie souvent de citer en exemple un autre domaine de forte compétitivité européenne, celui des cartes à puces, sans lequel l'essor du GSM n'aurait peut-être pas eu lieu. Si le concept originel de cette invention remonte à 1946, à Brooklyn, où le banquier John Biggins fut le premier à imaginer les cartes "charge-it", les américains oublient parfois de mentionner que les brevets déposés dans les années 70 par Roland Moreno et Michel Ugon furent indispensables à la sortie en 1979 de la première carte à puce, la fameuse CP8 de la société Bull. Inutile de revenir sur l'incroyable essor de cette invention, notamment grâce aux marchés de la téléphonie et des cartes bancaires. Il est cependant intéressant d'observer que les quatre sociétés qui dominent ce secteur ont encore leur centre de décision en Europe: Gemalto (issu de la fusion de Gemplus et Axalto, ce dernier lui-même issu de Schlumberger) aux Pays-bas, Oberthur en France, Sagem Orga (récemment renommé Morpho) et Giesecke & Devrient en Allemagne. Si des fabricants concurrents non-européens apparaissent, comme WatchData, Datang ou Estcom Peace, les européens contrôlent encore plus de 80% du marché.

 

nfcDepuis les années 1990, de nombreuses nouvelles applications sont venues ouvrir encore plus largement ce marché des cartes à puces: carte santé, passeport électronique, télévision à péage et technologies sans contact sont promis à un bel avenir, sans pour autant freiner l'essor des cartes SIM bancaires ou téléphoniques, marché estimé aujourd'hui à cinq milliards d'unités vendues par an. La France, leader mondial, occupe une place de choix dans cette filière stratégique, avec plus de dix mille emplois directs sur le territoire, et une capacité d'innovation et de développement encore inégalée. En particulier, notre pays veut et peut devenir la nation la plus en pointe dans l'économie du "sans contact" (qui pourrait drainer plus de quatre-vingt milliards de dollars en 2014), et l'expérimentation inaugurée à Nice par le Ministre de l'industrie est une excellente vitrine mondiale.

 

Création de richesse sur le territoire national, exportations en hausse à l'étranger, préservation de l'emploi...ce qui est en jeu illustre l'importance de conserver (ou de favoriser la création) des leaders nationaux ou européens. Comme on assiste à une migration des emplois de la production vers la conception, il est vital de garder une maîtrise technologique forte et de favoriser l'innovation. Dans ce contexte, l'aide d'état française annoncée par Christian Estrosi pour soutenir la filière micro-nanotechnologique connexe est une bonne nouvelle. Mais il faudrait aussi anticiper la concurrence asiatique sur le marché des cartes à puce, sous peine d'y connaître le même sort que les équipementiers en infrastructures de réseaux. La Chine représente le volume de ventes le plus important au monde, ce qui nourrit les industriels locaux, friands de transferts technologiques. Le risque est connu. Il faut s'y préparer pour garder intacte cette pépite européenne, et la faire encore grandir.


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