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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 23:46

Les premiers résultats trimestriels de 2010 des équipementiers en réseaux de télécommunications sont l'occasion de pirouettes journalistiques qui montrent bien la complexité de l'analyse, et la perplexité des commentateurs; ainsi a-t-on vu Les Echos.fr changer précipitamment de titre d'article le 23 Avril dernier, passant en milieu de journée d'un pessimisme noir sur la baisse des résultats nets d'Ericsson à un plus souriant "les trimestriels d'Ericsson réveillent le titre". L'analyse stratégique du secteur ne manque pas d'intérêt car les risques et les opportunités s'affrontent dans une bataille sans merci, et les acteurs majeurs ont entamé une transformation drastique de leur modèle économique pour éviter de subir le sort funeste de Nortel.

 

ericssonRegardons de plus près les résultat du leader mondial Ericsson: au premier trimestre 2010, le suédois a maintenu une marge opérationnelle à deux chiffres (10%), et cela malgré une baisse très sensible de ses ventes par rapport au même trimestre en 2009. Ce résultat est à saluer tant le marché des infrastructures de réseaux fixes et mobiles a fait souffrir les entreprises occidentales l'année passée, et continue d'être difficile: les ventes d'Ericsson ont en effet décliné de 9% (et même de 16% à taux de change constants). Sur la même période, le concurrent finlandais Nokia-Siemens-Networks (NSN) a présenté une baisse des ventes identique mais une marge opérationnelle tout juste positive (0.6%), soit de dix points inférieure à celle d'Ericsson. Cette différence (énorme!) est rarement commentée, et Ericsson fait bien de rappeler dans la présentation de ses résultats qu'il reste leader incontesté des réseaux mobiles, plus fort en terme de ventes que ses deux poursuivants réunis. Le résultat est beaucoup moins probant dans les réseaux fixes, et encore moins dans l'activité de croissance, intitulée "Multimédia", qui montre de sérieux signes de faiblesse avec une baisse des ventes de près de 30% par-rapport à T12009, et des pertes opérationnelles importantes (-13%).

 

Si l'on poursuit la comparaison entre les deux rivaux scandinaves, on se rend compte de l'importance de plus en plus grande de l'activité de services qui représente 40% des ventes d'Ericsson au premier trimestre, en progression de 3% par-rapport à 2009. Les services contribuent à hauteur de plus de 48% des ventes de NSN sur la même période. Ces grands équipementiers suivent donc en partie la même stratégie qu'IBM à partir de 1993, cherchant dans les services la croissance et la profitabilité perdue dans les matériels et logiciels dont la valeur ajoutée baisse drastiquement car les coûts de R&D restent très importants.

 

FCCUn autre aspect intéressant est la stratégie de différentiation géographique: Ericsson a réussi à s'implanter de façon majeure en Amérique du Nord, les Etats-Unis représentant à eux seuls 19% des ventes du groupe au premier trimestre, grâce notamment à l'achat des actifs CDMA/LTE de Nortel. Sur la même période, NSN réalisait seulement 5.6% de ses ventes en Amérique du Nord. Ce positionnement d'Ericsson est particulièrement pertinent étant donné les efforts d'investissement très importants que les opérateurs mobiles américains ont déjà commencé à mettre en oeuvre, sous l'impulsion du plan "très haut débit" de la FCC.

 

LTE2Les opportunités du secteur sont fortement liées à la croissance rapide des usages de l'internet mobile et à la multiplication des objets communicants, dont Ericsson annoncent qu'ils dépasseront en nombre 50 milliards dans le monde en 2020. Les réseaux devront bien absorber ce trafic gigantesque qui commence déjà, sous l'influence de terminaux ergonomiques et performants, à congestionner les réseaux à certaines heures du jour dans les zones les plus denses. Le succès grand public des tablettes connectées en 3G ne fera que renforcer ce phénomène. Confrontés à des plans d'investissement massifs en 3G/4G et en fibre optique, les opérateurs jouent la carte de la concurrence acharnée entre les équipementiers. Ericsson, NSN et Alcatel-Lucent se heurtent ainsi à la concurrence chinoise de Huawei et ZTE dont la croissance insolente explique en partie l'affaissement des marges des fournisseurs occidentaux. Par-ailleurs, par l'acquisition de Starent, le poids lourd Cisco est entré lui-aussi dans la compétition pour la fourniture d'éléments de coeur de réseaux mobiles, en attendant peut-être de nouvelles acquisitions pour compléter sa gamme. Cette concurrence acharnée explique la transformation vers les services et la mise en place de zones de prééminence géographique (Huawei et ZTE peinent encore à accéder au marché nord-américain).

 

2010 sera sans aucun doute une année de transition. Les équipementiers luttent pour garder un rôle stratégique auprès des opérateurs, que leur subtilisent de plus en plus les grands acteurs de l'internet. Cette inversion est peut-être le symptôme le plus inquiétant de tous: elle illustre les difficultés de l'industrie traditionnelle à anticiper et comprendre l'importance structurelle du "cloud computing", et ses conséquences sur les réseaux.

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 19:35

Net-NeutralityDevant le nombre de de contributions très pertinentes sur le sujet de la neutralité des réseaux, il faut se montrer humble. Le séminaire organisé par l'ARCEP a tenu ses promesses. sa digestion prendra quelques jours, voire quelques semaines, même si quelques belles synthèses ont déjà vu le jour (lire en particulier celle de Pierre Col).


Je me bornerai donc à proposer quelques réflexions ponctuelles

- « Toute la raison d’être de la Neutralité des réseaux est d’empêcher le contrôle centralisé sur le futur d’Internet », écrivait son théoricien, Tim Wu, en 2006. Aujourd'hui, la réflexion qui nous est proposée s'oriente davantage autour de l'évolution de la chaîne de valeur télécom/internet, assez loin finalement des principes fondateurs des défenseurs d'un Internet libre. D'où l'impression parfois d'un dialogue de sourds.

 

- Nous sommes peut-être en chemin vers un modèle de plus en plus segmenté, illustré de façon volontairement polémique sur l'image ci-contre (vue sur Gizmodo et Packet life, mais je n'en connais pas la source exacte). Utiliserions encore Google ou Twitter si nous devions payer pour accéder à ses services ? Probablement beaucoup moins, et plus intelligemment. Pour autant, si la concurrence s'organisait davantage au niveau des services, et moins dans des modèles verticaux tout-en-un, sans doute payerions nous beaucoup moins que €29,90 pour le simple accès, après quoi nous pourrions choisir de consommer les services qui nous sont vraiment utiles. Cela permettrait peut-être à de nouveaux services d'éclore plus facilement dans les garages des deux côtés de l'atlantique!

 

- Du côté des réseaux mobiles, les opérateurs français actuels ont beau jurer la main sur le coeur qu'ils sont favorables à des réseaux ouverts, aucun full-MVNO n'a pu encore naître dans l'hexagone; il faudra attendre Free Mobile, donc pas avant 2012, pour voir ce modèle émerger, conformément à son dossier de candidature, et permettre là-aussi une vraie concurrence sur les services entre grands et petits acteurs du marché. A moins que les efforts demandés par l'ARCEP en faveur des MVNOs, à l'occasion de la vente des fréquences 3G/4G, ne soient suffisants pour initier ce mouvement. Espérons-le.

 

- Nous sommes en 2010, à l'orée des grands chantiers de construction du très haut débit fixe et mobile. Si peu de contributeurs ne semblent mettre en doute à ce stade la concurrence par les infrastructures (voir le message clair à l'ARCEP de Nelly Kroes à ce sujet), ne peut-on pas s'interroger sur la pertinence, dans le cas de de zones peu denses pour la fibre, ou considérant l'étroitesse du spectre du dividende numérique pour la 4G/LTE, de modèles de réseaux mutualisés, ouverts, financés en partie par l'état, et qui seraient une plate-forme pour un foisonnement de nouveaux services crées avec une garantie totale de neutralité d'accès ? La revanche des campagnes sur les villes, en somme. Et dans l'esprit des critères de sélection des appels à projets du grand emprunt.

 

Une chose est sure. Les décisions qui seront prises modèleront le paysage de la société numérique et pourront modifier en profondeur les modèles économiques que nous connaissons aujourd'hui, dont certains déséquilibres sont mis en cause. Gageons, malgré la complexité des débats, que ce sera en faveur de l'innovation et de la croissance.

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 09:54

Bundesnetzagentur.jpgC'est un test grandeur nature pour les régulateurs européens de télécommunications qui va avoir lieu aujourd'hui à Mayence, à l'Ouest de l'Allemagne. En effet, quatre opérateurs allemands vont s'affronter pour acquérir aux enchères le droit d'utiliser des fréquences supplémentaires pour leur réseaux mobiles, ce qui devrait leur coûter au total entre cinq et dix milliards d'euros. Dans le lot des fréquences mises à disposition par le régulateur, la fameuse bande 790-862 MHz du dividende numérique, les fréquences en or libérées par le passage à la télévision numérique. C'est là que la bataille risque d'être la plus rude, car seuls six petits lots de 2x5 MHz sont libérables; dans un souci d'équité le régulateur allemand a permis aux opérateurs moins puissants (E-Plus et O2) d'en obtenir trois au plus, soit 3x 15MHz, quand T-Mobile et Vodafone ne pourront espérer que deux lots au plus, soit 2x10MHz.


LTE-copie-1Sur ces fréquences en or, tant convoitées car elles permettent la couverture nationale en 4G de façon moins coûteuse que les fréquences plus élevées,  la technologie de très haut débit mobile sera très probablement le LTE (Long Term evolution), dont on sait que les meilleurs performances s'obtiennent sur des canaux de 2x20MHz. En cela le fractionnement des lots décidé par l'Allemagne, inévitable en raison du nombre d'acteurs intéressés et de l'étroitesse de la bande disponible, peut donner lieu à plusieurs situations:

- un affrontement à couteaux tirés sur ces lots, les plus gros acteurs T-Mobile et Vodafone pesant de tout leur poids financier pour obtenir le maximum de spectre possible, ce qui s'achèverait probablement sur une disposition finale en deux canaux de 2x10MHz, et deux de 2x5MHz (ou un de 2x10MHz) pour E-Plus/O2. Cette première situation aurait pour effet de minimiser les performances LTE sur tous ces canaux, en divisant au moins par deux les débits qui auraient été possible avec des canaux de 2x20MHz: l'objectif de très haut débit mobile ne serait donc pas vraiment atteint, au profit d'un optimum financier des enchères, et d'un gain d'aménagement du territoire car les opérateurs remportant ces fréquences auront obligation de couvrir en priorité les zones blanches.

- une seconde situation est celle d'un accord préalable entre des couples d'opérateurs visant à permettre la mutualisation des coûts de construction du réseau LTE et la mise en commun des fréquences remportées pour obtenir des canaux de 2x20MHz, et donc des performances maximales pour le client final. Même dans ce cas-là, il est probable que la concurrence entre T-Mobile et Vodafone fasse converger les stratégies d'alliances, aboutissant encore à une situation où les deux grands s'assureraient chacun au moins de gagner 2x10MHz et espéreraient que leur allié gagnerait lui aussi les 2x10MHz restants. L'optimum économique pour l'Etat allemand pourrait là encore être atteint par une concurrence entre deux conglomérats potentiels.

- une autre situation consisterait à la création ex-ante d'un consortium de trois, voire quatre acteurs, pour une mutualisation plus large encore. Mais il est peu probable que le régulateur allemand permettrait une telle mise en commun qui conduirait à une forme de monopole. 

 

arcepL'issue de ces enchères pour le dividende numérique allemand sera intéressant pour l'ARCEP car il permettra de mieux comprendre la réaction des opérateurs aux conditions d'attribution, dans un mode proche de celui qui aura lieu en France, avec quatre acteurs, et une largeur de bande attribuée identique. Si, comme nous le prévoyons ici, le résultat des enchères allemandes ne conduit pas à un optimum de performance en très haut débit mobile (car il limite la taille des canaux obtenus par acteur), alors un résultat identique en France serait à craindre, et les technologies hertziennes contribueraient moins bien au plan national d'accès au très haut débit. A moins de lier l'accès à au moins un canal indivisible de 2x20MHz à des contraintes de performances et de couvertures en zones peu denses. Une sorte de service universel du très haut débit mobile, en somme, qui réduirait les besoins en fibre optique. Mais un détriment d'un optimum économique immédiat issu de la vente des fréquences, ce qui, en période de restriction budgétaire, risque fort d'être difficile à vendre à Bercy...

 

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 09:18

chineEn une décennie, l’omniprésence chinoise dans le monde est devenue une réalité. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Courrier International qui consacre aujourd'hui un numéro spécial au pays du soleil levant. Pékin a su développer son influence économique dans de nombreux domaines par la mise en place d'une stratégie cohérente, continue, initiée et suivie de près par l'Etat. Les technologies de l'information n'échappent pas à la règle: au contraire, elles l'illustrent particulièrement bien. Une préférence nationale garantie sur le marché intérieur, des facilités financières accordées par des banques publiques ont permis à Huawei et ZTE, équipementiers en réseaux et terminaux de télécommunications de devenir des acteurs de dimension internationale.


zte.gifSi Huawei est souvent cité en exemple, en raison de son exceptionnelle croissance, de son manque de transparence et de son objectif de leadership mondial, n'oublions pas qu'une autre société veut suivre cet exemple: ZTE, dont les résultats annuels ont été publiés hier. Les deux industriels sont à la fois frères ennemis et cousins éloignés. Frères ennemis car leur rivalité est notoire, à tel point que les opérateurs n'hésitent pas à les mettre en concurrence, sachant que les prix termineront à un niveau plancher, aucune des deux sociétés n'acceptant de perdre contre l'autre. Cousins éloignés car Huawei et ZTE se sont formés selon deux modèles différents, comme si les autorités chinoises voulaient tester deux stratégies: ZTE est cotée en bourse, ce qui explique d'ailleurs selon elle en partie le retard de sa croissance par-rapport à Huawei, société privée dont les parts sont détenues en majorité par les employés. Autres différences: ZTE est davantage présent sur le marché des terminaux où elle talonne Sony-Ericsson pour la quatrième place mondiale. Huawei se positionne en challenger du leader mondial Ericsson dans le secteur des infrastructures, et réalise 75% de ses revenus hors de Chine, contre 50% "seulement" pour ZTE. Enfin, l'état chinois est clairement actionnaire de ZTE, alors que les liens entre Huawei et les autorités de Pékin sont moins évidents, bien que son charismatique Président Ren Zhen-Fei soit issu de l'Armée Populaire de Libération.


huaweiLe retard de ZTE par-rapport à Huawei dans l'expansion internationale semble avoir courroucé ses actionnaires, puisque le Directeur général a été remplacé il y a quelques jours: Shi Lirong succède à Yin Yimin. Le Président du conseil d'administration de ZTE,  Hou Weigi, a précisé les objectifs de la nouvelle direction: "nous sommes sûrs que Mr Shi va poursuivre avec succès notre objectif de devenir un leader global dans le domaine des équipements télécoms". Autrement dit, ZTE doit rattraper son retard sur Huawei par tous les moyens. Rappelons quelques chiffres: avec des revenus de $8.8 Mds en 2009, ZTE reste petit par-rapport à Huawei qui pèse près de deux fois plus lourd, soit $16.2 Mds la même année. En revanche, les taux de croissance annuels des deux tigres industriels sont inversement proportionnels: 36% pour ZTE et 19% "seulement" pour Huawei. Rappelons que tous les autres équipementiers occidentaux (Ericsson, Alcatel-Lucent, Nokia-Siemens) ont présenté des taux de croissance négatifs sur la même période. Pour 2010, les frères ennemis gardent le cap: Huawei voudrait croître encore de 20%, et ZTE dit continuer à surperformer ce chiffre pour combler son retard.


Qui aurait parié sur ces deux sociétés de Shenzen dans les années 1990 ? A l'époque, Nortel, Lucent, Nokia, Alcatel et Ericsson régnaient en maîtres incontestés sur les marchés des télécommunications fixes et mobiles. Aujourd'hui, la concurrence engendrée par la compétitivité chinoise laisse des cadavres d'entreprise sur la route. Pour résister à ce rouleau compresseur, les équipementiers européens se serrent la ceinture, espèrent un minimum d'intervention publique (comme on l'a vu pour Free mobile) et jouent sur les enjeux du développement durable et de la responsabilité d'entreprise. Ils espèrent aussi une chose: que la lutte intestine entre sociétés chinoises, au lieu de provoquer une concurrence positive, finisse par décrédibiliser et fragiliser les frères ennemis dont la haine réciproque pourrait aveugler au point de provoquer des erreurs stratégiques. 

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 09:24

antennes.jpgIl faut bien l'avouer: la multiplication des sites de réseaux mobiles ne rend pas nos villes et nos campagnes plus belles, bien au contraire... Il devient difficile d'échapper à ces toits, mâts ou tours métalliques hérissés d'antennes dont la simple vue peut provoquer une réaction d'inquiétude, voire un choc esthétique susceptible de conduire au "trouble anormal de voisinage" tant redouté par les opérateurs mobiles pour ses conséquences judiciaires.


faux arbreLe rejet des sites mobiles par les riverains rend difficile la mise en place de nouvelles implantations pour la densification du réseau ou la mise en place d'une nouvelle infrastructure nationale: c'est l'un des enjeux majeurs de Free Mobile dont la vitesse de construction du réseau dépendra de la capacité à convaincre les propriétaires de toits ou de terrains, ou de la capacité à partager des sites existants avec les opérateurs déjà en place. 


Pour répondre à ce problème qui pèse de plus en plus sur l'industrie mobile, les fournisseurs rivalisent d'inventivité pour fondre leurs équipements dans le paysage urbain ou rural. Rue89 évoquait récemment la mise en place fréquente des "camouflarbres". Clochers d'église, fausses cheminées et micro-stations permettent aussi l'intégration paysagère dans les villes.


tower tubePlus récemment, Ericsson, le leader suédois des infrastructures mobiles, donnait sa chance à un projet interne qui conjuguait innovation et esthétisme, donnant ainsi naissance à un concept nouveau de site mobile intégré dans une structure tubulaire élancée: le Tower Tube. la philiosophie n'était alors plus de cacher la présence d'un site mais bien de la rendre plus belle, et plus écologique; en effet, l'effet thermodynamique de la forme de cheminée permet d'éviter de refroidir les équipements électroniques par de l'air conditionné, ce qui implique une économie d'énergie assez considérable, de l'ordre de 40%. Pour des sites ne nécessitant pas une hauteur importante, une déclinaison du Tower Tube a été inventée: le Capsule Site, dont la mise en place est également grandement simplifiée, pourrait aisément équiper nos rond-points sans que le paysage en soit gâché.


Des solutions existent donc pour rendre nos paysages plus beaux, et permettre aux opérateurs de fignoler d'intégration des sites mobiles, ce qu'ils font déjà de mieux en mieux au gré des contraintes d'urbanisme. C'est important: il en va du fragile équilibre entre qualité de couverture du service et tolérance populaire des conséquences esthétiques et sanitaires de l'omniprésence des antennes. Un beau sujet de développement durable. 

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 09:37

bouygues.jpgFidèle à ses habitudes, Bouygues Telecom s'engage précautionneusement dans le voie du très haut débit fixe. "La fibre optique, oui, mais pour quels usages ?", s'interrogeait déjà Martin Bouygues lors des résultats 2009 du groupe. Mais, pour une fois, ce choix de temporiser pourrait s'avérer dangereux. D'ailleurs, une certaine fébrilité s'est emparée des dirigeants du troisième opérateur de télécommunications français, conduisant Martin Bouygues à rencontrer la semaine dernière Jean-Ludovic Silicani, Président de l'Arcep, et à s'exprimer dans la presse au sujet d'un cadre réglementaire jugé inéquitable. Au-delà de cette affaire, on peut s'interroger plus globalement sur l'avenir de Bouygues Telecom dont le positionnement, entre Free mobile et les mastodontes SFR et Orange, révèle une fragilité stratégique structurelle.


Joyau de l'empire Bouygues, la division "telecom" demeure un pilier déterminant des revenus et surtout de la rentabilité et de la trésorerie du groupe. En 2009, alors que le chiffre d'affaires de Colas et TF1 chutaient de 9% chacun, celui de Bouygues Telecom augmentait de cinq bouygues2-copie-1.jpgpoints. La contribution de Bouygues Telecom à l'EBITDA et à la marge     opérationnelle du groupe  approche les 40%, et atteint 42% pour la capacité d'auto-financement, quand le chiffre d'affaire ne représente que 17% de celui du groupe. La rentabilité de l'opérateur reste donc, même en année de crise, extrêmement satisfaisante. Pour autant, l'EBITDA 2009 à 25% de Bouygues Telecom reste très inférieure à celle de France Telecom en France (39.1%) ou encore SFR (31.9%), sans parler d'Iliad (33.8%). Avec dix millions d'abonnés mobiles, l'opérateur réalise moins d'économies d'échelle que ses deux grand concurrents, et sa structure de coûts est bien plus lourde que celle d'Iliad dont la rentabilité s'explique en grande partie par une organisation très maîtrisée et un modèle de production low-cost.


Comment, dans un contexte d'investissements lourds et d'augmentation continue de la pression réglementaire, enrayer la baisse des marges de Bouygues Telecom ? En 2009 les investissements ont été réduits de 22% pour résister à la crise et absorber les coûts commerciaux relatifs au lancement d'offres innovantes fixes et mobiles. De même, les coûts opérationnels subissent une forte pression, les embauches sont limitées. Le chinois Huawei, dont les offres commerciales sont très bon marché, fait son apparition parmi les fournisseurs 3G de l'opérateur. Mais 2010 est une année stratégique pour l'avenir des réseaux: il faut faire le choix d'investir dans la fibre optique au huaweirisque de se retrouver locataire des infrastructures des autres, et perdre ainsi en rentabilité. ll faut aussi investir ou non dans le spectre 3G et 4G que l'Arcep va mettre aux enchères, face à Orange et SFR qui n'ont pas caché leur intérêt: la lutte risque là aussi d'être coûteuse. Enfin, il faut se préparer à l'arrivée de Free Mobile, dont les segments de clientèle sont très proches de ceux de Bouygues Telecom: ils partagent un même attrait pour l'innovation et les prix bas. D'ailleurs, les freenautes sont en majorité abonnés mobiles...de Bouygues Telecom. Le risque est important de subir des défections importantes d'abonnés dès le lancement commercial du quatrième opérateur.


L'avenir de Bouygues Telecom se joue probablement cette année. Des choix stratégiques importants s'imposent pour arriver à se différencier à la fois des deux grands opérateurs, et du nouvel entrant. Choix du LTE avant les autres ? Choix de s'aligner dans un grand programme d'investissement en fibre optique, capitalisant sur la filiale ETDE/Axione ? Les capacités d'innovation de Bouygues Telecom restent intactes, et parviendront sans doute à nous surprendre une fois encore.


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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 10:49

nortel.jpgLa concentration du secteur des équipementiers de réseaux télécoms est en marche; le dépeçage de Nortel n'était pas encore complètement terminé que l'on notait déjà les atermoiements des actionnaires de Nokia-Siemens après les lourdes dépréciations d'actifs de la co-entreprise en Q4 2009. Plus récemment, l'annonce de la scission des activités terminaux et réseaux de Motorola (pour la vente probable de cette dernière) a encore aiguisé l'appétit des acquéreurs potentiels, au premier rang desquels le constructeur chinois Huawei.


La candidature de Huawei n'est pas anodine. L'entreprise chinoise, dont 75% des ventes se font à l'international, se heurte depuis des années au protectionnisme américain et ne parvient pas à se développer outre-atlantique aussi bien qu'en zone Europe, Moyen-Orient et Afrique. Or, la croissance nord-américaine est un facteur clé de succès pour Huawei sur le chemin d'une domination mondiale qui serait ultimement contestée à Ericsson d'ici cinq ans, si l'entreprise continuait à croître de plus de 20% par an. Comment contourner l'obstacle du congrès américain, et parvenir à améliorer l'image du groupe aux Etats-Unis ? N'oublions pas qu'Huawei a été fondé et est encore dirigé par un ancien membre de l'armée populaire de libération. Sa tentative de rachat de 3Com avait été bloquée en 2008 par l'administration Bush. Comment éviter un nouvel échec ?


huaweiL'entreprise s'est ainsi fortement engagée dans un effort de lobbying sans précédent auprès des autorités américaines, et serait prête à signer un accord avec le gouvernement pour contrôler son activité aux Etats-Unis, à l'image de celui contracté par Alcatel peu avant la fusion avec Lucent. Ses coûteux efforts de communication institutionnelle vont également dans le sens d'une normalisation de son image de marque: rédaction d'un rapport sur la responsabilité sociale d'entreprise, financement de bourses de recherche, création d'emplois dans des pays touchés par la crise ne font cependant pas oublier qu'Huawei est une société non cotée peu transparente, qui bénéficie de crédits considérables de la China Development Bank (30 milliards de dollars).

 

L'acquisition des activités réseaux de Motorola ouvrirait à Huawei l'accès au marché américain, mais pas seulement: notre belle capitale Paris est encore couverte en réseau GSM par des équipements vendus en 1999 par l'entreprise américaine à Orange; après Bouygues Telecom et SFR, Huawei deviendrait ainsi mécaniquement fournisseur stratégique de France Telecom sur le sol national. Ce serait faire d'une pierre deux coups. A moins que, sentant le coup venir, les concurrents occidentaux d'Huawei subtilisent au nez et à la barbe des chinois la proie tant convoitée.

 

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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 10:06

arcep.jpgLe régulateur français des télécommunications a toujours eu un rôle clé dans le développement harmonieux du secteur et de ses acteurs, mais l'année 2010 est tout de même particulière à plusieurs titres; l'ARCEP s'apprête en effet à prendre des décisions structurantes sur trois dossiers stratégiques: les conditions d'accès aux licences 4G, la réglementation du très haut débit fixe dans les zones moyennement ou peu denses et la neutralité de l'internet. Ces dossiers conditionnent chacun une grande part du jeu économique et de la concurrence du domaine numérique pour les vingt prochaines années. Les enjeux sont donc particulièrement importants pour Jean-Ludovic Silicani et son équipe.


Jean-Michel Hubert et Paul Champsaur, précédents dirigeants de l'Autorité, ont su faire sauter certains verrous et réussir la mise en place du triple-play en France à des conditions économiquement et techniquement favorables, pour près de vingt millions de français aujourd'hui. De nombreux pays nous envient ce succès. Jean-Claude Mallet, qui a succédé à Paul Champsaur pour quelques mois, avant de devoir démissionner pour raisons de santé, a mis sur les rails avec talent et conviction l'entrée d'un nouvel acteur mobile sur le marché français, montrant ainsi l'indépendance de l'institution vis-à-vis des pouvoirs publics, et l'étendue de son pouvoir. Jean-Ludovic Silicani a su concrétiser ce projet, et se trouve aujourd'hui confronté aux trois grands dossiers évoqués en introduction:


LTE-copie-1- Les conditions d'accès aux fréquences du dividende numérique et à celles de la bande 2.6 GHz, appelées à être utilisée pour le très haut débit mobile, vont être importantes du point de vue de l'aménagement du territoire et de la lutte contre la fracture numérique. Le Président de l'ARCEP l'a déjà indiqué au Club parlementaire du numérique en suggérant d'instaurer le principe "d'un pylône en zone peu dense pour chaque pylône installé en zone dense", soulignant ainsi l'importance de la couverture rurale. Le cabinet TACTIS avait déjà indiqué dans le rapport commandé par le Ministre Mercier que les technologies hertziennes terrestres pourraient avantageusement contribuer à l'objectif de couverture du territoire en très haut débit, et conduire à des économies non négligeables.


- la réglementation du très haut débit fixe dans les zones 2 et 3 est aussi un enjeu de taille car de son succès dépendra l'engagement des acteurs économiques à couvrir les zones les moins économiquement propices en fibre optique. le Président de l'ARCEP rappelle souvent que ces zones sont appelées à "être couvertes parallèlement, même si ce n'est pas au même rythme", pour éviter des programmes successifs coûteux dans les mêmes régions. L'articulation de la réglementation avec les appels à projets bénéficiant du financement du grand emprunt sera aussi un critère d'efficacité et de rapidité pour lancer ce projet structurant pour l'économie française de l'après-crise.


 -enfin, le dialogue engagé sur le sujet de la neutralité de l'internet est lui-aussi d'une grand importance, comme le souligne la multiplicité des prises de position et le nombre de polémiques neutralite.jpgentre les acteurs. N'a-t-il pas suffi que Monsieur Silicani emploie l'expression de "quasi-neutralité" pour que déjà s'enflamment les esprits; une mise au point sur les réseaux sociaux, et l'enregistrement public de multiples opinions permettent aujourd'hui à l'Autorité de préparer un séminaire (le 13 Avril) dont les conclusions sont attendues avec impatience.


Pour tous les observateurs du secteur des télécommunications, 2010 est une année de transition particulièrement importante, et l'ARCEP y joue un rôle de premier plan. Souhaitons à Jean-Ludovic Silicani et son équipe d'arriver à donner à la France les moyens de rester une nation phare du numérique, en lien avec le Secrétariat d'Etat de Nathalie Kosciusko-Morizet ...et participons activement aux débats et aux consultations publiques pour les y aider. De cette interactivité naîtront les bonnes idées et les sages décisions.

 

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Published by celanevousregardepas - dans Numérique et administrations
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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 09:17

L'information a fait le tour du monde cette semaine, à propos des réseaux mobiles: pour la première fois, le trafic des services de données a surpassé celui de la voix. Plus généralement, la somme de ces trafics va au moins doubler chaque année jusqu'en 2014, selontrafic mobile Cisco, sous l'effet des usages liés aux nouveaux terminaux intelligents et aux réseaux sociaux; l'arrivée massive des tablettes à grand écran risque encore d'accroître le risque de saturation, si celles-ci se connectent massivement aux réseaux 3G.


Dans ce contexte, on pourrait croire que les équipementiers de réseaux mobiles se portent très bien, grâce à des ventes massives liées à la densification des infrastructures. Il n'en est rien! Il suffit de consulter les rapports annuels 2009 de Nokia, Alcatel-Lucent et Motorola pour constater que leurs divisions dédiées aux réseaux sont en grande difficulté. Nortel a purement et simplement disparu. Le secteur a d'ailleurs connu une consolidation importante ces dernières années, sous l'effet d'une nouvelle concurrence asiatique et de la baisse drastique des prix. Seuls deux acteurs paraissent sortir grands gagnants de cette situation. Ericsson, leader mondial suédois, continue de gagner des contrats majeurs et s'impose comme figure incontournable du marché; Huawei, géant chinois encore inconnu il y a dix ans, connaît une croissance insolente sur tous les continents et s'impose peu à peu dans la position de challenger aux dents longues. 


ericsson.jpgL'actualité se fait le reflet de ce choc des titans: Ericsson a annoncé coup sur coup des mega-contrats en Inde et en Chine. Ceux-ci sont à la hauteur de l'incroyable développement de la pénétration mobile dans ces immenses territoires; l'unité de mesure en chiffre d'affaire est au minimum le milliard d'euros, ce qui souligne l'importance stratégique de cette zone géographique pour les équipementiers télécoms. L'an dernier, un autre contrat avait défrayé la chronique, Sprint ayant confié à Ericsson l'ensemble de ses opérations de huawei.jpgréseaux, pour un montant historique de près de cinq milliards de dollars. Huawei impressionne surtout par ses résultats annuels: son chiffre d'affaire annuel 2009 est en hausse de 19% en pleine crise, quand la plupart des autres équipementiers accusent des baisses sensibles, et son bénéfice net atteint $2.7 Mds, plus du double qu'en 2008. L'objectif de croissance des ventes reste de 20% pour 2010, dans un marché que les plus optimistes annoncent stable, ou en augmentation de 2 à 5%. 


Les opérateurs jouent de cette concurrence acharnée pour obtenir des conditions très favorables à la modernisation de leurs réseaux. Ils accélèrent ainsi la consolidation de leurs fournisseurs, et certains prédisent même que seuls deux ou trois acteurs survivront à cette pression concurrentielle: parmi ces survivants, Ericsson et Huawei font figure de favoris.

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 09:35

marianne.jpgEn déplacement à Rennes hier, Nathalie Kosciusko-Morizet et René Ricol se sont livrés à un exercice pédagogique d'explication et de rappel des règles qui prévaudront pour l'investissement des €4.5 Mds dévolus au numérique dans le grand emprunt. Un discours de la méthode, en somme, pour canaliser les ardeurs des nombreux chasseurs de subventions qui doivent déjà graviter autour d'eux, attirés par l'importance de la somme.


Un message très clair a pourtant été passé: sans exception, tous les projets devront être soumis aux équipes du Commissariat général à l'investissement, ou CGI, (en étroite association avec le Secrétariat d'Etat chargé du développement de l'économie numérique) qui les analyseront en fonction de critères précis: développement d'écosystèmes combinant recherche, PME/TPE et grandes entreprises, création d'emplois et rentabilité économique. L'investissement sera préféré à la subvention. Le projet de loi de finances rectificatives prévoyait pourtant au moins €750M de subventions notamment pour des projets d'initiative publique, dans le cadre du déploiement du très haut débit; il est probable que les €3.75 Mds restants seront attribués en majorité sous forme de prêts, garanties ou investissements en capital.   


caisse.jpgUne autre annonce est passée relativement inaperçue: le numérique fera ainsi exception par-rapport aux autres domaines d'investissement. Si la gestion du fonds national pour la société numérique sera confiée à un opérateur, la Caisse des Dépôts et Consignation, seuls le CGI et le Secrétariat d'état animeront la gouvernance stratégique du fonds, et les décisions seront ultimement ratifiées par le Premier Ministre. Autrement dit l'opérateur n'aura qu'un rôle mineur dans le dispositif, ce qui montre clairement l'importance politique de ce dossier. La Caisse investit pourtant depuis de nombreuses années dans le développement numérique des territoires, et continuera d'être sollicitée. Le cadre du grand emprunt est différent: il s'agit d'aller au-delà des pratiques déjà connues, avec un objectif très ambitieux de stimulation du pays dans cette période critique de d'après-crise. Nous ne pouvons que nous en féliciter.

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