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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 09:25
A l'occasion du déplacement de Nathalie Kosciusko-Morizet et de René Ricol à Rennes aujourd'hui on peut se demander si le bateau du numérique en France ne manque pas d'un commandant en chef, dont le cap serait de coordonner toutes les actions relatives aux technologies de l'information et de leurs usages, pour faire de notre pays un exemple de société efficace et connectée.

france-numerique.jpgUn Ministre de la Société Numérique, en somme, ayant rang de Ministre d'Etat, pour bien montrer toute l'importance de ce sujet. Aux Etats-Unis, l'organisation fédérale est un peu différente mais démontre une forte volonté d'avancer: Barak Obama s'est ainsi entouré d'un directeur de l'information (Vivek Kundra), pour la modernisation de son administration et la création d'un gouvernement 2.0, et d'un directeur technique (Aneesh Chopra) pour coordonner l'ensemble des stratégies de développement des TICs dans le pays. Que ces deux spécialistes soient originaires de l'Inde est d'ailleurs assez intéressant, étant donné le fulgurant développement de ce pays dans les services numériques.

tous-au-numerique.jpgEn France, plusieurs administrations se partagent encore le sujet. Un secrétariat d'Etat au développement de l'économie numérique qui manque cruellement de moyens, même si Nathalie Kosciusko-Morizet a réussi le tour de force de faire allouer près de 13% des 35 milliards d'euros du grand emprunt au secteur numérique. Un Ministère de l'Industrie, pour qui les TICs représente un enjeu parmi de nombreux autres; néanmoins c'est sa Direction Générale de la Compétitivité, de l'Industrie et des Services (DGCIS) qui a eu la charge de lancer la consultation publique sur le programme national très haut débit. Enfin, c'est Michel Mercier, Ministre de l'Espace Rural et de l'Aménagement du Territoire, qui a commandé un rapport d'étude sur le déploiement et le financement du très haut débit pour tous, au lendemain de la clôture des Assises des Territoires Ruraux par le Président de la République. Par peur de compliquer encore la description, je n'évoque même pas l'irruption de Frédéric Mitterrand, Ministre de la culture, dans le débat de la neutralité du net et son implication sur le sujet de la numérisation du patrimoine.

Il est vrai que l'impact des technologies de l'information se fait sentir dans de nombreux secteurs, et il est sans doute normal que plusieurs ministères se sentent concernés par cette évolution. Cependant, on peut s'interroger sur la coordination de l'ensemble. Est-elle dévolue au Premier Ministre ? Peut-être, mais celui-ci ne peut lui accorder qu'un minimum de temps. C'est bien pour cela que le secrétariat d'Etat au développement de l'économie numérique a été créé, sous l'autorité de François Fillon, ce qui n'a pas empêché la dispersion des actions et des responsabilités que nous venons de décrire.

Aux Etats-Unis, l'accès au très haut débit et à ses usages est considéré comme un enjeu national de premier plan, de même nature que la construction des premiers réseaux électriques nationaux. En France aussi, Président et Premier Ministre ont pris de forts engagements en faveur d'une France 2.0. Peut-être faudrait-il, lors d'un prochain remaniement, créer ce nouveau Ministère pour concrétiser encore davantage la priorité donnée à la société numérique? 

 
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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 22:03
La question de la meilleure technologie à utiliser pour le très haut débit mobile agite en ce moment les Etats-Unis, où pas moins de trois opérateurs majeurs, Verizon, AT&T et MetroPCS se sont déterminés à lancer le standard LTE, et où Clearwire défend encore le standard concurrent Wimax. Depuis que la FCC, le régulateur américain du secteur des télécommunications, harbinger.jpgs'est prononcé en faveur d'une modernisation rapide des infrastructures mobiles américaines, d'autres acteurs prennent position; un groupe de capital investissement, Harbinger Capital Partners, a ainsi annoncé son intention de créer un réseau LTE national dont l'ouverture serait prévue pour fin 2011 à Denver et Phoenix, et le réseau totalement opérationnel sur l'ensemble du territoire en 2015.
 
Le plus étonnant dans cette affaire n'est pas de voir un opérateur de plus couvrir le pays, bien que cela soit déjà un sérieux défi, mais bien de voir que les fréquences de l'industrie du satellite tombent dans l'escarcelle de projets plus "terre-à-terre". Si Harbinger possède en effet l'opérateur SkyTerra de communications par satellite -- et détient à ce titre 23 MHz de spectre dont l'usage a récemment été étendu aux technologies mobiles terrestre par la FCC -- le groupe financier souhaite valoriser ce spectre par la mis en place d'un réseau LTE de 36.000 antennes-relais, soit un investissement de plusieurs milliards de dollars. L'idée n'est pas de vendre des services en direct aux abonnés américains, mais d'être un marchand de débit et de capacité auquel pourront s'adresser toutes sortes d'opérateurs; mais attention, la FCC refuse que Verizon et AT&T puisse acheter à eux deux plus de 25% du traffic total fourni par Harbinger/SkyTerra. L'objectif est bien d'augmenter la concurrence et de favoriser les acteurs plus modestes.
 
satellite.jpgPourquoi délaisser le satellite au profit d'une infrastructure purement terrestre ? Harbinger évoque les meilleures performances et les économies d'échelle du LTE, le coût important des lancements de satellites et le plus faible volume de terminaux, au design souvent peu avenant. Cela dit, pour LTE, il faut du spectre...On pourrait s'inquiéter de la qualité de celui de SkyTerra, finalement assez réduit (23 MHz, LTE fonctionnant au mieux sur des canaux de 2 x 20MHz), et non continu, en plusieurs tranches; mais un accord avec Immarsat est en préparation pour ajouter 30 MHz supplémentaires au projet dès 2013. D'autres partenaires seraient également intéressés.
 
Dans ce contexte, les discussions françaises autour du satellite MEGASAT, qui serait construit par Eutelsat, Astrium et Thales en co-opération avec le CNES, et dont la moitié de l'investissement pourrait être financé par le grand emprunt, laissent un peu perplexes. Ne faudrait-il pas penser plutôt à élargir le spectre dévolu au LTE dans les fréquences inférieures à 2 GHz, pour favoriser la création d'une offre de gros compétitive, pour une couverture rurale de qualité ? La question mérite d'être posée.
 
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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 09:22
Il est rare de pouvoir prédire le succès d'une nouvelle technologie. Combien d'experts se sont-ils livrés à ce périlleux exercice, avec des résultats inégaux...Or, LTE (Long Term Evolution), une norme candidate pour la quatrième génération de téléphonie mobile, est en passe de devenir un succès majeur avant même sa généralisation dans les réseaux. Comment l'expliquer ?

LTE-copie-1Tout d'abord, contrairement aux cycles précédents, peu de normes sont capables aujourd'hui de prétendre améliorer les réseaux 3G existants. La bataille ne s'effectue plus qu'entre les normes WIMAX et LTE, après l'abandon du projet UMB, soutenu par Qualcomm, qui devait prolonger la vie des réseaux CDMA, notamment en Amérique du Nord. Ce duel entre deux technologies cousines (elles utilisent par exemple toutes les deux le même procédé de codage de signaux numériques, l'OFDM) tourne aujourd'hui nettement à l'avantage du LTE, soutenu par un large ecosystème d'opérateurs et d'équipementiers. Côté WIMAX, certains projets comme Clearwire aux Etats-Unis continuent d'alimenter l'actualité, Evo4Gne serait-ce que par la présence active de deux poids lourds de l'industrie, Intel et Google. Mais certains signes indiquent l'inquiétude du clan WIMAX: au dernier salon CTIA, le Président de Clearwire, Bill Morrow, a plaidé pour une fusion entre les deux technologies mobiles, bien qu'HTC viennent d'annoncer le premier smartphone WIMAX, appelé EVO 4G. En France, les opérateurs disposant de licences WIMAX sont très loin d'avoir respecté les engagements de leur licence, comme le constatait l'ARCEP l'an dernier. 

Pourquoi le LTE est-il aujourd'hui aussi populaire ? Quelles évolutions peut-on attendre de cette technologie ? les premiers réseaux qui la mettent en oeuvre révèlent des performances intéressantes. TeliaSonera
annonce aujourd'hui que des débits moyens de 32 Mb/s sont atteints en téléchargement, à Oslo, certes dans un réseau peu chargé, mais dans des conditions réelles de mesure. De la même façon des débits de plusieurs Mb/s sont observés sur le lien montant, de l'utilisateur au réseau, ce qui rendra le partage de photos ou de vidéos beaucoup plus aisé qu'aujourd'hui. Enfin, le LTE améliore aussi notablement la latence, que l'on peut définir comme le temps de réponse des applications au travers de l'ensemble des couches du réseau. Ces performances nous permettront enfin de bénéficier des services de l'internet mobile avec une expérience utilisateur satisfaisante, comparable à celle d'une ligne ADSL haut débit. C'est en cela que le LTE constitue une première véritable révolution.

Reste l'implémentation. Nous avions déjà évoqué le calendrier de mise en place en France dans un
article précédent. Les enjeux sont importants, car le LTE est une technologie hertzienne prometteuse, susceptible d'intervenir avantageusement dans le programme national de couverture de la population en très haut débit, avec un objectif d'aménagement du territoire. L'ARCEP travaille sur les conditions d'accès aux fréquences du dividende numérique, ces 72 MHz de spectre qui permettront peut-être à un ou deux acteurs de prendre des engagements de performance et de couverture susceptibles d'accélérer l'accès des populations rurales au très haut débit, en échange, pourquoi pas, d'une forme de soutien public.
 
La seconde révolution du LTE sera celle des usages. De la même façon que la fibre optique va changer notre utilisation d'internet et nos habitudes grâce à l'e-administration, l'e-santé, et à de nombreuses formes de travail collaboratif à distance, le LTE va probablement initier de nombreux changements dans notre rapport au terminal portable, qu'il soit une tablette, un ultra-portable ou un ensemble de capteurs nous faisant entrer si nécessaire dans une réalité enrichie d'informations utiles, augmentée.

L'
enquête de Google sur le moteur de recherche du futur avançait des idées futuristes, comme la capacité de fournir automatiquement des informations sur les choses touchées ou vues, ou de comprendre des requêtes mentales, en situation de mobilité. Avec le LTE je suis convaincu que nous verrons apparaître des services qui, à moyen terme, rendront ces projections de Google tout à fait envisageables.



 
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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 23:22
FibreQuelques réponses à la consultation publique lancée par la Délégation Interministérielle à l'Aménagement du Territoire et à l'Attractivité Régionale (DATAR) et par la Direction Générale de la Compétitivité, de l'Industrie et des Services (DGCIS) sur le programme national "très haut débit" ont été publiées. Il est intéressant d'en souligner les principales revendications face aux grands principes introduits par François Fillon et Nicolas Sarkozy.

Rappelons en premier lieu que le programme national s'appuie sur une partie du grand emprunt: deux milliards d'euros y seront attribués, versés au fond national pour la société numérique (FSN), géré par la Caisse des Dépôts et Consignations mais gouverné par le Premier Ministre via le Commissariat général aux investissements de René Ricol. Les objectifs sont clairs, définis par le Président lui-même à Morée: atteindre 70% de couverture de la population en très haut débit d'ici 2020, et 100% d'ici 2025. En plus de cette somme, le Président a confié au Sénateur Maurey une mission pour déterminer comment alimenter le fonds d'aménagement numérique du territoire (FANT), crée par la loi Pintat.

Une première réponse à la consultation été réalisée en commun par plusieurs associations: L’AMF, l’ADF, l’ARF et l’AVICCA se prononcent pour un objectif de 100% de couverture ramené à dix ans, et non quinze; de plus elles se prononcent pour un "changement de méthode", pour que les collectivités locales aient un droit de regard sur les aides d'Etat aux opérateurs pour que l'argent public aille en priorité aux réseaux d'initiative publique. Par ailleurs, les technologies hertziennes comme le LTE sont indiquées comme excellent complément à la fibre dans les zones les moins denses, grâce à l'utilisation du dividende numérique. La solution satellitaire doit être étudiée également. Enfin la question de la gouvernance du FSN est posée: les associations aimeraient voir créé un comité national de gestion, comme pour le FANT, associant l'Etat, les opérateurs et les collectivités.

Dans une réponse attenante mais individuelle, l'AVICCA détaille certaines propositions et rappelle son attachement à une éventuelle séparation structurelle de l'opérateur historique français pour financer une partie du passage à la fibre optique et organiser la péréquation nationale, jugée indispensable.

Le SIPPEREC (Syndicat Intercommunal de la Périphérie de Paris pour l'Electricité et les Réseaux de Communication) a également publié une réponse dans laquelle l'obligation de péréquation est aussi soulignée pour éviter de segmenter les offres des opérateurs selon un découpage économique du territoire. Il en va de la cohérence entre projets des opérateurs privés et projets des collectivités. La maille qui permettra de déterminer cette cohérence n'est pas nécessairement la région: le SIPPEREC hésite à trancher, quand l'AVICCA, l'AMF, l'ADF et l'ARF préférent clairement une maille au niveau de l'intercommunalité.

On le voit: les collectivités locales sont entièrement parties prenantes dans le programme national "très haut débit"; elles refusent de voir l'argent du grand emprunt partir majoritairement vers les opérateurs, dont les structures solides permettront de répondre plus aisément aux appels à projets simultanés - un énorme travail en perspective si le niveau de référence de ces projets descend en-deça de la région (ce qui reviendrait à publier des centaines d'appels à projets). Le résultat de la consultation publique, et les décisions qui s'y rapporteront montreront si les messages des collectivités ont été entendues.
 
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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 17:32
A l'occasion de la présentation des (bons!) résultats 2009, les dirigeants du groupe Iliad ont donné les grandes lignes de leur stratégie de développement pour les années qui viennent. A première vue, l'entreprise est engagée dans un cercle vertueux. Ses très bonnes marges en ADSL permettent de dégager la trésorerie nécessaire à l'autofinancement de deux chantiers prometteurs: la fibre optique, qui évitera de payer la location de la boucle locale en cuivre à France Telecom, et la téléphonie mobile, dont les marges en France restent parmi les plus élevées qui soient, même en temps de crise.

free-mobile.jpgFree Mobile est un vecteur formidable de croissance; il faut néanmoins construire le réseau, implanter des milliers d'antennes-relais dans un contexte défavorable de défiance vis-à-vis des rayonnements électromagnétiques. Cela prendra du temps avant de dépasser le seuil fatidique des 25% de couverture de la population qui ouvrira le droit à un accord d'itinérance national, et permettra ainsi l'ouverture du service. Dans cette logique, les premiers abonnés pourraient bénéficier de l'offre du quatrième opérateur à partir du début de l'année 2012. 
 
Il y a quelque chose de choquant dans ce temps de latence entre le paiement cash des 240 millions d'euros de la licence et l'ouverture du service de Free Mobile, annoncé comme révolutionnaire. Quelle sera la stratégie d'Iliad pour gagner ce nouveau pari de la différenciation sur un secteur dont les parts de marché n'ont pas beaucoup varié depuis dix ans ?
La première solution évidente est de jouer sur la structure de coût très optimisée de Free Mobile pour créer un opérateur low-cost capable d'innovation. La capacité de réaction de son réseau tout-IP ultra-moderne permettra l'introduction de nouveaux services innovants bien plus rapidement que chez ses concurrents: ceux-ci seront englués dans les strates historiques de leur réseau et dans les contraintes paralysantes de l'intéropérabilité entre leurs nombreux fournisseurs. Par ailleurs, les prix pratiqués seront très bas pour un service plus attractif que celui des MVNOs qui n'ont pas la main sur leur réseau hôte, et sont donc pour l'instant incapables d'opérer une vraie différentiation.

Cependant le temps est long jusqu'en 2012; Free Mobile peut-il se permettre d'attendre ? D'ici là il est probableMvno.jpg que les MVNOs gagneront des batailles en faveur de davantage d'indépendance, et disposeront de leurs propres systèmes de facturation, peut-être même de plate-formes de service séparées. Par ailleurs, Orange, SFR et Bouygues Telecom ne resteront pas les bras croisés et moderniseront aussi leurs réseaux pour répondre à l'arrivée programmée de leur nouveau concurrent. La situation n'est donc pas si simple, d'autant que Free devra vite convaincre sa fidèle base d'abonnés qu'il peut révolutionner le marché du mobile, sous peine de la décevoir après une si longue attente.
 
Il est alors possible d'imaginer un autre scénario qui, s'il a été publiquement nié par Thomas Reynaud aujourd'hui sur BFM, n'en reste pas moins intellectuellement intéressant. Imaginons donc que Free Mobile décide de profiter des discussions en cours sur un accord d'itinérance pour mettre au point un lancement du service en trois temps: 
 
- Premier temps (2010?): lancement du service en tant que MVNO, avec l'hypothèse que le partenaire choisi laisse à Free plus d'indépendance que les MVNOs traditionnels, ce qui d'ailleurs est une demande forte de l'ARCEP dans l'appel d'offre pour les licences 3G restantes. La négociation pourrait donc s'effectuer sur cette base, Free laissant à son partenaire les mains libres pour acheter cette fréquence 3G supplémentaire, sans guerre des prix, en échange d'un accord d'itinérance anticipé particulièrement attractif, et permettant déjà au moins une facturation indépendante.
 
- Deuxième temps (2011-2012): montée en puissance progressif du réseau de Free, utilisation au fil de l'eau des zones couvertes en propre, vente de femtocells pour une offre quadruple play peu onéreuse, et pour contrôler le dispositif numérique des foyers de freenautes. Cette phase verrait la mise en place des premiers services de grande innovation, pour enthousiasmer les premiers clients de Free et enclencher un phénomène favorable de bouche à oreille, pour garder ce tarif très bas d'acquisition de nouveaux clients qui fait la force de Free en ADSL.
 
- Troisième temps: arriver au plus vite non pas à 25% ou 27% mais à un pourcentage aussi important que possible de couverture de la population pour entrer en concurrence frontale avec les autres opérateurs et absorber progressivement les autres MVNOs.

Cette stratégie d'attaque permettrait de créer la surprise et de bousculer le marché sans attendre 2012. Mais quel intérêt pour Orange, SFR ou Bouygues de signer un accord anticipé avec Iliad ? Tout d'abord, cet accord d'itinérance sera financièrement intéressant, d'une valeur estimée de plusieurs centaines de millions d'euros par an en régime de croisière. D'autres accords pourraient aussi arrondir ce montant, comme la location de sites 2G/3G existants ou d'autres synergies opérationnelles, par exemple en termes de partage de réseau dans les zones reculées, ou pour le LTE. Enfin, la pépite Free Mobile pourrait être revendue cinq ans plus tard dans un nouveau mouvement de consolidation, ce qui pourrait faire l'objet d'une clause d'acheteur préférentiel.
         
Tout cela n'est que fiction: peut-être que Free Mobile attendra sagement 2012 pour lancer ses offres...peut-être que Virgin Mobile restera longtemps le véritable quatrième opérateur français. Peut-être d'ailleurs que les 25% de couverture seront plus difficiles à réaliser que prévus, si par exemple la réglementation sur les seuils d'exposition aux ondes devait se durcir. L'aventure s'annonce passionnante; nous la suivront attentivement !
 
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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 23:43
Au lendemain d'un scrutin politique qui a vu émerger une nouvelle force politique écologique en France, nous constatons aussi que le développement durable prend une importance de plus en plus considérable dans les stratégies d'action des équipementiers, opérateurs et fournisseurs de services du monde des télécommunications. Ce phénomène est récent pour la plupart de ces acteurs; comment l'expliquer ?
 
Un amalgame est souvent fait entre les grandes fermes de serveurs de données informatiques dont des projections montrent qu'elles pourraient bien être aussi énergivores que l'industrie aéronautique en 2020, et les acteurs des réseaux de télécommunications fixes et mobiles. S'il est vrai qu'une requête sur Google consomme autant d'énergie qu'une ampoule allumée pendant une heure, l'empreinte carbone annuelle d'un abonné au mobile n'est que de quelques dizaines de kilogs de CO2, soit l'équivalent d'une heure de voyage en voiture sur autoroute... 
 
Il faut aussi remettre ces données en perspectives: le secteur des technologies de l'information et des communications (TIC) ne représente que 2% des émissions CO2 globales, et celui des réseaux mobiles, 0.2%. Cependant, ces technologies ont une responsabilité immense pour influencer les autres secteurs et accompagner une réduction importante de ces émissions mondiales en CO2, par la réduction des voyages, une plus grande efficacité énergétique ou par le télétravail, pour ne prendre que ces exemples.

tower tubePour cela, les TIC doivent d'abord faire la preuve de leur capacité à optimiser l'empreinte carbone de leur propre secteur. C'est le cas des grands utilisateurs de serveurs de données (Google en possède par exemple plus d'un million) qui investissent massivement dans des programmes d'économie d'énergie, ne serait-ce que pour réduire leur facture d'électricité. C'est aussi le cas des équipementiers télécoms: Ericsson publie chaque année un rapport sur le développement durable qui indique les efforts continus pratiqués pour optimiser la consommation d'énergie des équipements, mais aussi faire baisser le CO2 émis pour les construire. Alcatel-Lucent a annoncé en janvier 2010 la création de l'initiative Green Touch, qui vise à rendre les réseaux mille fois plus efficaces qu'ils ne le sont aujourd'hui. Par ailleurs, de nombreuses innovations permettent aux antennes-relais mobiles d'être alimentées par des énergies solaires ou éoliennes dans les zones qui le permettent.
 
La vague verte touche donc aussi le secteur des TIC; il faut s'en féliciter car nous sommes passés d'un marketing de façade à une véritable stratégie de développement durable dont l'impact se fera sentir à de nombreux niveaux dans l'économie, dans la droite ligne des objectifs de Copenhague. 

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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 23:35
Le grand débat numérique de l'année est lancé. Si le landerneau s'agite autant sur la question de la neutralité du net, c'est bien que des enjeux considérables sont en discussion; Jean-Ludovic Silicani a raison d'affirmer, dans la première d'une série de vidéos dur le sujet, que l'avenir du modèle économique du secteur est peut-être en train de se jouer.

En effet, dans la chaîne de valeur d'aujourd'hui, les opérateurs investissement massivement, à hauteur de plus de 10% de leur chiffre d'affaire, dans des réseaux fixes et mobiles coûteux à installer, maintenir et optimiser. Prenons l'exemple du mobile: les revenus des opérateurs dans ce domaine précis restent encore à 80% ceux de la voix, tant la monétisation des services de données (hors SMS) peine à se sortir de l'ornière des forfaits illimités. Les dirigeants des opérateurs mobiles rappellent souvent ce découplage entre les revenus provenant des appels voix, et les coûts qui proviennent de plus en plus des extensions réseau dus à l'accroissement du trafic de données.

Dans ce contexte, les opérateurs demandent que les services venant du monde de l'internet, et qui utilisent de la bande passante "gratuitement" sur leurs réseaux, soient facturés ou dégradés. L'utilisation courante de Skype, que Nokia intègre sur ses smartphones, ou de Google voice sur les téléphones mobiles pourrait se révéler très dangereuse pour les revenus des opérateurs français. Arcep.gif
Aux Etats-Unis, Verizon et AT&T ont récemment signé des accords avec Skype, sous la pression du régulateur puis de la concurrence. En France, Free a annoncé qu'il intégrerait la VoIP dans son offre mobile. Ce mouvement est inéluctable, mais il peut être encadré, accompagné. Cela ne me choquerait pas de devoir payer une obole raisonnable pour utiliser mon application favorite de VoIP sur mon mobile. La concurrence entre services sera source d'innovations techniques et commerciales. Entre la VoIP peu chère mais de qualité médiocre, et un son de voix " haute définition" sur commutation de circuit, les abonnés vont devoir faire leur choix. Il sera celui de la plus grande valeur ajoutée.
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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 23:35
antenne-copie-2.jpgA l'occasion de la sortie d'une étude Exane/Arthur D. Little, une polémique a vu le jour à propos des investissements des opérateurs: ceux-ci seraient en croissance assez modérée alors même que de nombreux observateurs prévoyaient une hausse importante due à l'explosion du trafic de données sur les réseaux mobiles. L'étude affirme ainsi que "les opérateurs européens devraient être capables de s'en sortir avec des investissements qui représenteront 12 % du chiffre d'affaires en 2015, contre 10 % aujourd'hui". 

Il est vrai que les opérateurs peuvent accélérer ou retarder assez aisément leurs investissements, ceux-ci servant notamment de variable d'ajustement en cas de crise économique, sans que les usagers ne ressentent immédiatement de baisse de qualité; France Telecom a ainsi économisé un milliard d'euros entre 2008 et 2009 en ne consacrant plus que 11.5% (et non plus 13.4%) des revenus aux investissements. Mais cette baisse n'est pas seulement due au gel provisoire de certains déploiements (comme la fibre optique): elle illustre aussi la pression concurrentielle subie par les grands équipementiers de réseaux obligés de réduire significativement leurs prix et leurs marges pour garder des parts de marché.
 
La concurrence s'est intensifiée à l'arrivée de nouveaux acteurs chinois, Huawei et ZTE, dont les offres commerciales très attractives ont su séduire de nombreux opérateurs européens. Mais à quel prix ? Le mouvement de consolidation du secteur, la faillite de Nortel, les difficultés financières d'Alcatel-Lucent, Nokia-Siemens et Motorola (dont la marge opérationnelle est à peine positive, seul Ericsson tire encore son épingle du jeu) ne peuvent être entièrement imputable à la concurrence asiatique; cependant celle-ci y joue un rôle non négligeable. Huawei a ainsi connu une croissance de chiffre d'affaire de 43% en 2008, puis "seulement" 17.5% en 2009 quand celui d'Alcatel-Lucent baissait de 10%. 
 
L'érosion des prix des infrastructures de télécommunications, explique donc aussi en partie l'impact modéré de l'augmentation du trafic sur les réseaux. Mais les chantiers de la fibre optique et du LTE, et la vente de coûteuses licences 3G et 4G, pourraient avoir un impact non négligeable sur le plan d'investissement des opérateurs dans les années à venir. 

 
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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 19:23
A tous ceux qui voudront lire les 360 pages du plan "haut débit" de la FCC, qui vient d'être publié, je dirais qu'ils ont probablement raison: ce document est un formidable plan d'action national qui relance les Etats-Unis dans la compétition mondiale des technologies de l'information. Par manque de temps, d'autres liront la synthèse du plan et y trouverons ses grandes lignes ainsi que les six objectifs à atteindre dans les dix ans à venir:
 
- 100 millions de foyers connectés au très haut débit (100Mbit/s),

- la mise en place des meilleurs infrastructures mobiles au monde,

- l'accès au haut débit pour tous (coût, formation, péréquation contre les zones blanches mobiles),


- la possibilité pour les communautés et le secteur public d'accéder à l'ultra haut débit (1Gbit/s),


- la réalisation d'un réseau mobile public prioritaire pour les services d'urgence (national, compatible 3G/4G),


- la possibilité pour chacun de maîtriser ses dépenses d'énergie en temps réel grâce aux réseaux de communication.
 
Un point crucial de ce plan est son financement. $7Mds sont déjà décidés dans le cadre du plan de relance américain de 2009, mais le réseau mobile public d'urgence est évalué à lui seul à $12-FCC.jpg16Mds: celui-ci pourrait donc nécessiter un financement particulier. La FCC indique surtout que la libération et la vente de 300 MHz de spectre pour des infrastructures mobiles d'ici 5 ans permettraient de rassembler les fonds nécessaires au plan dans son ensemble, tout en libérant la capacité voulue pour absorber un trafic de données exponentiel. Dans le détail des propositions de la FCC, 90 MHz de spectre seraient alloués à l'industrie des communications mobiles par voie satellitaire, et 120 MHz seraient reversés par l'industrie audiovisuelle. Ce dernier point fait d'ailleurs déjà l'objet d'une levée de boucliers: le passage à la TNT a déjà coûté en 2009 plus de 100 MHz de spectre aux chaînes TV.
 
Un autre sujet capital est la recommandation de  créer des vases communicants entre un programme de péréquation existant, qui favorise la téléphonie rurale d'ancienne génération à hauteur de $4.6Mds par an, et un nouveau programme de péréquation de $15.5Mds pour le haut débit fixe (4 Mbit/s) et la 3G dans ces mêmes zones peu denses. Ce nouveau programme se heurtera probablement à des résistances locales de la part d'opérateurs régionaux peu préparés à modifier leur mode de fonctionnement historique.

Si le plan de la FCC est ambitieux, et si la Maison Blanche semble convaincue de l'importance du numérique pour la croissance et le rayonnement mondial des Etats-Unis, les financements envisagés sont donc déjà pour partie remis en cause par certains lobbies. La pression budgétaire rendra difficile l'allocation de milliards d'euros supplémentaires par le Congrès: il faudra arbitrer.

En comparaison, le plan France Numérique 2012 et sa déclinaison récente en termes d'objectifs par le Président et le Gouvernement (100% d'accès au très haut débit en 2025 - €4.5Mds dédiés au numérique dans le Grand emprunt) montrent un volontarisme politique et une anticipation qui permettront à la France de garder une place en tête des pays les mieux pourvus en infrastructures de télécommunication. Souhaitons-le, c'est un gage de compétitivité pour l'avenir.
  


 
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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 23:53
Commune, communauté de commune, agglomération, département, région ou état...qui donc doit s'occuper du très haut débit aujourd'hui ? N'y-a-t-il pas un risque que le millefeuille administratif complique durablement la cohérence d'ensemble d'un plan qui vise à éviter, autant que faire se peut, une fracture numérique entre les citoyens ?

fibre2.jpgLa loi Pintat tente de répondre à la question globale de la cohérence en instituant les schémas directeurs territoriaux d'aménagement numérique (SDTAN). Ceux-ci recensent les infrastructures existantes, identifient les zones qu'ils desservent et présentent une stratégie de développement en très haut débit de ces réseaux. Nos territoires présentent en effet de nombreuses zones de densité variable de population: l'articulation de l'action publique avec l'investissement privé sera déterminante pour homogénéiser les projets de déploiement et gagner en efficacité. Mais une question demeure: qui est en charge de ces SDTAN ?

Selon la loi, les schémas sont établis par les départements ou la région concernés, ou par un syndicat mixte ou syndicat de communes, existant ou créé à cet effet. De nombreux observateurs s'accordent à dire que l'échelle de la région ou du département est nécessaire à une planification stratégique qui puisse disposer du recul suffisant pour présenter un plan d'évolution général sur dix ou vingt ans. Mais le diable est souvent dans les détails: il sera difficile de s'affranchir du niveau de connaissance très fin des communes, communautés de communes ou agglomérations, qui auront également une responsabilité importante de planification des opérations d'ingénierie. Ainsi, un travail considérable de préparation à plusieurs niveaux administratifs est nécessaire à la définition cohérente du projet territorial et de son financement.

fibre3.jpgDes aides publiques seront ainsi versées sur les périmètres de chaque SDTAN, une fois que seront clarifiés le financement et la pérennité du Fonds d'Aménagement Numérique des Territoires (FANT); s'il reste à clarifier comment le FANT s'articulera avec les deux milliards d'euros du Fonds National pour la Société numérique (FSN) qui proviennent du Grand emprunt, il paraît d'ores et déjà probable que les SDTAN joueront un rôle primordial pour crédibiliser les projets d'investissement des collectivités territoriales qui répondront aux appels à projet du Commissariat Général à l'Investissement dirigé par René Ricol.

Les régions dont nous élisons l'exécutif dimanche prochain auront certainement un rôle de coordination important pour le déploiement du très haut débit...cela mérite que nous accordions quelques minutes au détail du projet de chaque liste pour y déceler, ou non, une véritable ambition numérique. 
 
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