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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 22:51

augmented reality-2Trimestre après trimestre, les commentateurs s'interrogent sur l'avenir de l'industrie des télécommunications; certains jugent que nous sommes en ce moment arrivés à un point d'inflexion. En effet, dans la grande bataille (ou co-opétition) que se livre les grands acteurs que sont les opérateurs, les fournisseurs de service et les équipementiers pour s'approprier une partie plus ou moins grande de la chaîne de valeur, certaines périodes servent de révélateur à une nouvelle répartition du rapport de force. A ce titre, la période actuelle est très intéressante:

 

- du côté des équipementiers de réseaux, après une vague de consolidation, le passage de la crise et l'impact de la concurrence chinoise, les choses semblent se calmer un peu. Les résultats Q3 2010 montrent une croissance encourageante et des profits inattendus. Les acteurs chinois peinent désormais à dépasser 20% de croissance des revenus, et déçoivent; ils sont tenus en échec aux Etats-Unis, ce qui limite leur capacité d'expansion. Alcatel-Lucent1 et Nokia-Siemens, que l'on tenait pour mourants, résistent aux coups de boutoir de la concurrence et signent des contrats pharaoniques aux Etats-Unis.

 

boussole- du côté des opérateurs de réseaux, les nuages s'accumulent sur un marché plus complexe qu'avant. Non seulement faut-il investir massivement dans de nouveaux cycles technologiques à l'accès fixe et mobile, déployer de la fibre et introduire HSPA+/LTE (ces milliards d'euros seront plus difficiles à rentabiliser car les consommateurs renâclent à voir leurs forfaits augmenter), mais aussi la réglementation se fait-elle de plus en plus contraignante et coûteuse. Dans le même temps les usages sociaux et l'innovation des fabricants de terminaux provoquent l'augmentation exponentielle du trafic de données sur les réseaux dont une partie importante échappe aux opérateurs pour atterrir dans l'escarcelle des fournisseurs de services qui profitent de l'effet d'aubaine des autoroutes de l'information sans péages.

 

- oui, ce sont bien ces fournisseurs de services, ou fournisseurs OTT pour "over-the-top", qui créent une sorte de panique dans le pré carré des opérateurs traditionnels. Quand Apple et Google lancent leur propre version de la télévision sur internet, quand ils innovent à un rythme que les opérateurs ne parviennent pas à suivre, parlant même de s'affranchir des chaînes de distribution de ceux-ci en intégrant à la source des cartes SIM multi-opérateurs, il y a de quoi s'inquiéter. Les réponses par la mise en place du WAC (Wholesale Applications Community), par la menace de créer un système d'exploitation mobile nouveau, ou bien encore par un lobbying continu en vue de créer des droits d'utilisation des réseaux, dans un contexte où les entorses à la neutralité du réseau sont surveillées à la loupe, notamment en France.

 

La rapidité de transformation de cette industrie rend son étude particulièrement passionnante, et pourtant nous ne sommes encore qu'aux balbutiements de progrès technologiques que les exercices de prospective 2010-2020 permettent seulement d'imaginer. Rendez-vous dans dix ans!

 

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(1) l'auteur de ces lignes est salarié d'Alcatel-Lucent, société citée dans l'article. Il faut cependant préciser que ce blog n'exprime que des opinions personnelles qui n'engagent en aucun cas l'entreprise considérée. 


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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 19:16

 

Google-tv-adsLa deuxième journée du Google I/O 2010 à San Francisco a été marquée par l'annonce d'un projet que certains voient déjà comme une révolution historique, quand d'autres doutent fortement de son futur succès. Google TV ne laisse personne indifférent: un écosystème puissant de partenaires aussi prestigieux que Sony, Intel ou Logitech a été formé avant même le lancement de l'offre; les opérateurs qui proposent des offres de télévision sur ADSL sont eux singulièrement absents, comme si Google les considérait toujours plus comme des tuyaux d'acheminement. Quant aux chaînes de télévision traditionnelles, dont certaines luttent déjà dans un contexte de dispersion des revenus publicitaires, elles voient évidemment d'un très mauvais oeil cette nouvelle concurrence. Pour le patron d'Intel, Paul Otellini, il s'agit de la plus importante révolution qu'ait connue la télévision depuis la couleur.

La vidéo suivante (en anglais) rappelle les grands principes qui sont à la genèse de Google TV. "Imaginez-vous allumer votre télévision et obtenir toutes les chaines et les émissions télévisées que vous regardez habituellement ET tous les sites Web que vous parcourez toute la journée – incluant vos sites de vidéo, musique et photo préférés", déclare la firme américaine sur son blog. Poursuivant sa stratégie multi-écrans, elle s'attaque à celui de la télévision après avoir affirmé sa domination sur celui des ordinateurs, et bientôt celui des smartphones. L'enjeu est bien évidemment le marché publicitaire associé à la TV, dont la valeur pourrait croître proportionnellement à la meilleure connaissance des centres d'intérêts de chaque téléspectateur; or Google pourra contrôler les mots-clefs de recherche de contenu audiovisuel, et adapter à la télévision son modèle économique de publicité sur internet.   


 

Pourtant ce mariage de la TV et de l'internet laisse sceptique ceux qui estiment que les 4 milliards de personnes qui regardent la télévision dans le monde, et qui y passent parfois près de cinq heures comme aux USA, ne veulent peut-être pas mélanger leurs écrans. Nombreux sont ceux qui regardent le "petit écran" tout en pianotant sur leur ordinateur; c'est ce que constatait Nielsen au premier trimestre 2010: la consommation de programmes de télévision augmente en même temps que celle d'internet. Cela n'empêche pas la délinéarisation des usages TV, avec les possibilités techniques de différé, ou d'enregistrement; la catch-up TV s'installe et semble indiquer que la convergence entre TV et internet répond bien à une attente du public. Mais la consommation de télévision reste fondamentalement récréationelle, et exige une simplicité d'usage et de recherche que ne permet pas encore internet. Faites l'essai: la moindre recherche de video sur YouTube renvoie des centaines de milliers de résultats, la plupart de piètre qualité visuelle. Par ailleurs, le nombre inquiétant de boîtes électroniques qui s'empilent près de la télévision (box ADSL, set-top-box, adaptateur TNT, lecteur-graveur DVD ou blu-ray, femto 3G/4G..) manque déjà singulièrement de simplicité et d'intégration. Ajouter une couche logicielle supplémentaire est une vraie gageure: qui dit que l'interopérabilité est garantie entre les composants de la chaîne ? L'interface utilisateur de Google sera-t-elle suffisamment intuitive pour s'imposer de facto aux autres menus proposés ? Autant de questions qui montrent que le défi est de taille.

 

Certains commentateurs évoquent aussi la question des contenus: ceux-ci ont encore une forte part locale, et la question des droits d'accès premium se posera tôt ou tard à Google si celui-ci veut s'assurer la suprématie du marché publicitaire. Mais rien n'empêche le géant de Moutain View de mettre sa puissance financière à contribution pour diffuser ces contenus sur internet. Il le fait d'ailleurs déjà, comme le souligne la vidéo ci-dessous (réalisée par Gilles Tanguy de Capital, dont l'article "Voici comment Google peut tuer TF1 grâce à YouTube", publié en Mars dernier, prend une résonnance particulière aujourd'hui). Larry Page, con-fondateur de Google, ne déclarait-il pas lors de sa venue en France il y a une semaine: "Notre ambition est d'organiser toute l'information du monde, pas juste une partie"?

      

 

Reste l'innovation, et la remarquable compétence de Google à nous rendre certains services indispensables peu de temps après leur conception. Tout dépendra bien sûr de la qualité de l'expérience utilisateur. L'utilisation de son smartphone androïd comme télécommande (avec un monde de possibilités nouvelles en convergence fixe-mobile et en rétention d'utilisateur), le potentiel de la traduction automatique et de l'ajout automatique de sous-titres, et surtout la créativité des développeurs, qui vont profiter de la plate-forme ouverte et imaginer une myriade de nouvelles applications, peuvent suffire à convaincre les téléspectateurs. D'autant plus si les nouvelles couches matérielles et logicielles s'intègrent de façon transparente, simple et gratuite aux téléviseurs vendus dans les grandes surfaces.  

 

Pour les opérateurs de télécommunications qui proposent des services de télévision sur IP, l'urgence est grande de proposer une alternative crédible aux projets de Google, sous peine de se retrouver relégués rapidement au rôle de transporteurs. Des industriels leur proposent déjà des solutions complètes susceptibles de capitaliser plus fortement sur l'intelligence des réseaux fixes et mobiles, et d'améliorer l'expérience utilisateur.  La bataille s'annonce rude, et passionnante.

 


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