Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 22:28

france numérique 2012"D’ici 2020, c’est un renouvellement complet de l’infrastructure de communication de la France qui est engagé". Citation de François Hollande en Auvergne hier? Non, d'Eric Besson en Novembre 2011 à l'occasion d'un bilan d'étape du plan France Numérique 2012. Dans ce plan apparaissaient déjà deux objectifs assez ambitieux:

  • Déployer le très haut débit fixe et mobile pour tous les Français. il s’agssait pour cela de raccorder 70 % de la population au très haut débit en 2020 et 100 % en 2025 grâce au programme national très haut débit.
  • Le haut débit pour tous : pour moins de 35 € par mois, équipement de réception compris, tous les Français, où qu’ils habitent, pourraient avoir accès à une connexion haut débit, par ADSL ou par satellite.

 

Dans ce contexte, l'allocution du Chef de l'Etat hier à Clermont-Ferrand sur l'ambition numérique de la France sonne comme une ré-écriture du script que d'autres avaient déjà initié. Certes, les objectifs progressent: au lieu de 70% de la population raccordée en 2020, François Hollande promet 50% de la population raccordée dans cinq ans, soit en 2017, et 100% dans dix ans, soit deux ans avant les 2025 du Ministre Besson, mais trois ans après l'objectif de l'agenda numérique européen. Est-ce un immense pas en avant? Pas vraiment. Coïncidence amusante: pendant que le Président était en Auvergne se tenait à Londres la conférence FTTH Council Europe qui rassemble le gratin de l'industrie de la fibre. Cet organisme présentait notamment le classement des nations européennes selon la pénétration des technologies fixes de très haut débit (voir image ci-dessous), la France y figure au 18ème rang sur 22...qu'en conclure? Resterons-nous au stade des annonces de financement non suivies d'effet concret? Y-a-t-il des raisons de croire que le serpent de mer des plans fibre a, cette fois-ci, une chance d'aboutir?

 

EuropeanRankingChartDecember2012 300dpi

 

Il faut d'abord dire que la France comme les autres pays européens se trouve assez seule pour décider de son sort. Les plans européens, eux non-plus, ne sont pas vraiment suivis comme le soulignent plusieurs intervenants du FTTH Council Europe, sur la base notamment du rapport de l'ECTA, première association européenne de l'industrie des télécommunications. Par-ailleurs, le volet numérique du "Connecting Europe Facility" - l'instrument financier créé pour financer les réseaux de transport, d'énergie et de télécoms - ne s'est vu récemment attribuer qu'un milliard d'euros sur les 9,2 milliards demandés par la Commission européenne. L'industrie des télécommunications supporte donc près du quart des 34 milliards d'euros de baisse du budget de l'UE. Donc les pays européens ne doivent leur position actuelle dans le classement, et leur évolution future, qu'à la seule volonté de leurs propres dirigeants et opérateurs privés nationaux. Ne pouvant compter que sur lui-même, le gouvernement français a-t-il pris la mesure de l'enjeu de compétitivité que représenterait l'avance du pays dans les infrastructures de très haut débit?

 

Le discours de François Hollande semble le montrer. Les accents sincères, une véritable Fibreconviction qu'il faut progressivement cesser d'opérer le réseau cuivre pour arriver aux objectifs de déploiement de la fibre (une première), sont autant de signes qui indiquent la ferme volonté d'avancer. C'est d'ailleurs l'avis de la Présidente du FTTH Council Europe Karin Ahl qui a déclaré: "nous saluons particulièrement la mention de prêts financiers que nous espérons de longue maturité, ainsi que l'objectif affiché de travailler à l'extinction du cuivre. Nous espérons que ces deux initiatives seront retenues et documentées plus avant dans la version finale du projet". L'allocation du Président déçoit tout de même dans certaines de ses parties: il faut passer outre les imprécisions, l'emploi alternatif des termes "haut-débit" et "très haut débit" pour désigner - nous l'espérons! - les technologies les plus récentes, et certaines énumérations fourre-tout des différentes "technologies innovantes" du numérique, cloud, big data, etc... - certes très importantes pris indépendamment - mais dont l'empilement laisse croire qu'aucune hiérarchisation stratégique n'est vraiment faite au moment d'investir. 

 

 

 

Reste justement à commenter le sujet le plus important, celui de l'investissement dans ces infrastructures. Qu'est réellement ce plan à 20 milliards d'euros, et suffira-t-il pour arriver à l'objectif visé en 2017/2023? En fait, il ne s’agit pas de 20 milliards d'euros de financement direct mais d’une estimation du coût du déploiement du très haut débit - chiffre d'ailleurs contesté par ceux pensent qu'un montant plus proche de 30 milliards d'investissement serait nécessaire - avec une répartition des contributions en trois parties égales :

  • Un premier tiers serait financé par les opérateurs dans les zones denses rentables (près de 60% de la population).
  • Un deuxième tiers serait co-financé par les opérateurs avec le concours des collectivités locales dans les zones moins denses.
  • Un dernier tiers, financé « par les collectivités territoriales mais surtout par l’État » selon le Président. Il serait destiné aux zones les moins denses.

 

Il est donc clair que l'investissement de l'Etat n'est pas vraiment de 20 milliards, mais plus proche de cinq milliards, sur dix ans, si l'on ne tient pas compte du budget alloué par les collectivités locales. Rappelons que celles-ci bénéficieront en parallèle de la mise en place d'une enveloppe de 20 milliards d'euros sur cinq ans pour financer, avec des prêts de long terme, les investissements des collectivités locales dans les secteurs clés (transports, eau, assainissement, déchets, rénovation thermique et...très haut débit). La diversité de ces secteurs rend pourtant difficile toute estimation de la part des prêts qui sera allouée au numérique, surtout en période de rigueur budgétaire. Ces précisions faites, deux éléments sont tout de même très positifs:

 

  • Pas de taxe nouvelle sur les opérateurs de télécommunications qui ne soit pas affectée à l'investissement dans le secteur des télécoms. Cela semble mettre un point d'arrêt aux projets de financement du secteur de l'audiovisuel par des "prélèvements télécoms". Par ailleurs, le fruit de l'allocation de nouvelles fréquences ou de nouveaux droits sur le spectre déjà utilisé pourra aussi être alloué au très haut débit; cette subvention du mobile par le fixe est une nouveauté.

 

  • Création d'un établissement public pour le financement des infrastructures très haut débit: cette création se fera sans doute dans le prolongement de la mission d'Antoine Darodes. Il est en effet nécessaire que ce chantier soit suivi et coordonné par une équipe compétente, capable de faire le point année après année sur la viabilité des objectifs, et de rendre des comptes.

 

En conclusion, que penser de ces annonces? La gouvernance se met en place, les objectifs sont ambitieux, mais accompagnés d'un plan de financement précis dont seul le montant total peut paraître insuffisant pour atteindre 100% de couverture (un chiffre politiquement nécessaire mais techniquement très coûteux). L'extinction du réseau cuivre est également très ambitieux, réclamé par les collectivités locales qui ne veulent pas d'un très haut débit au rabais. Cependant, les améliorations liées au VDSL2 et à la vectorisation peuvent aussi permettre d'atteindre 100Mbps en débit descendant sur le bon vieux cuivre. Et le très haut débit mobile, dont on a peu parlé hier, demande lui-aussi des infrastructures renouvelées pour écouler le trafic depuis les antennes jusqu'au centraux. Souhaitons que ce plan ne soit pas la énième itération d'annonces non suivies d'effets réels; un pan important de la compétitivité et de l'aménagement du territoire français est en jeu. 

 

 

 

Repost 0
Published by France 2.0 - dans Trés haut débit fixe
commenter cet article
14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 22:56

fillonC'est presque en catimini que le gouvernement a annoncé aujourd'hui son programme national pour le très haut débit, loin des tambours et trompettes des exercices de communication précédents sur le même sujet. Un coup d'oeil sur l'agenda des ministres concernés suffit à s'en convaincre: le Premier Ministre était en visite en Norvège, Michel Mercier était dans le Rhône, NKM distribuait des tablettes aux seniors et Christian Estrosi fêtait à Nice le 150ème anniversaire du rattachement de la ville à la France. Un communiqué de presse a pourtant bien été émis par le cabinet de François Fillon à propos de l'enjeu industriel majeur que représente le très haut débit.


arcepMais qu'importe le cérémonial; le détail du programme est venu éclaircir la méthodologie de soutien public aux initiatives des opérateurs et collectivités locales pour parvenir à l'objectif fixé par le Président de la République de 100% de couverture en très haut débit (THD) en 2025. Après le projet de décision de l'ARCEP concernant la réglementation  du déploiement de la fibre en zônes moins denses, le communiqué gouvernemental permet aux acteurs économiques de fourbir leurs armes et de se préparer à ce gigantesque chantier des quinze prochaines années. Le principe est assez simple. Deux guichets vont être ouverts:

- un premier pour les opérateurs ouverts au co-investissement, prêts à s'engager sur des projets de couverture intégrale sous cinq ans des zones choisies. L'objectif de ce guichet sera de labelliser les manifestations d'intérêts les plus sérieuses et de les financer par des prêts de longue durée pouvant couvrir jusqu'à 50% de l'investissement. Une autre possibilité sera de demander à l'Etat une participation au capital (jusqu'à 33%) d'une structure juridique multi-acteurs créée pour l'occasion. Un suivi rigoureux annuel de chaque projet permettra la vérification des engagements pris dans les manifestations d'intérêts sélectionnées.

- Un second guichet s'adressera aux collectivités territoriales, et prendra la forme de subventions qui pourront prendre en charge jusqu'à 33% des investissements prévus. La forme juridique de la structure d'accueil des subventions pourra être variable (DSP, régie, etc...); les projets devront être cohérents avec ceux du premier guichet, l'investissement privé restant prioritaire si des projets sont prévus dans les trois ans. Autre spécificité: ce guichet pourra aussi financer certains réseaux de collecte ainsi que des projets de "montée en débit", dans des conditions encore à préciser (sur ce dernier point, il sera intéressant de comprendre si une partie de ces subventions pourront être captées par l'opérateur historique pour moderniser son réseau).


boussole.jpgLes sommes proviendront du FSN (Fonds National pour la Société Numérique) dotés notamment de deux milliards d'euros pour ce programme. D'un point de vue opérationnel, si le Premier Ministre et le Commissariat Général à l'Investissement gardent la prééminence des choix d'investissement, en lien avec les trois ministères ou secrétariat d'état concernés, la gouvernance effective viendra de la création d'une structure nationale de pilotage constituée de membre de la DGCIS (Direction Générale de la Compétitivité, de l'Industrie et des Services) et de la DATAR (Délégation Interministérielle à l'Aménagement du Territoire, et à l'Attractivité Régionale), qui s'appuiera elle-même sur des instances de concertations régionales. Cette complexité peut effrayer, mais sans doute est-elle nécessaire pour arriver à rendre homogènes et complémentaires les différents projets dont la maille élémentaire sera...la commune (ou la zone arrière de NRA).


antenne-copie-2Un point cependant reste assez décevant dans le dispositif décrit. La complémentarité entre THD fixe et THD mobile, si elle est évoquée a demi mot dans le dernier chapitre du document, ne paraît pas être une solution envisagée à court terme. Dans un premier temps le gouvernement ouvre la porte à une financement de recherche et développement, comme si le très haut débit mobile était encore "dans les cartons", immature. Rappelons tout de même que plusieurs pays ont déjà lancé des réseaux LTE commerciaux; cette solution aurait pu être une alternative d'ores et déjà proposée aux acteurs économiques pour accélérer le déploiement de ces réseaux en France, pourquoi pas dans les régions déjà passées au tout-numérique télévisuel (laissant libre les fréquences du dividende numérique). Une piste qui gagnerait à être davantage explorée. 

 


Repost 0
Published by France 2.0 - dans Trés haut débit fixe
commenter cet article
12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 09:50
Fibre.jpgAvez-vous remarqué ? De François Fillon à Nathalie Kosciusko-Morizet, en passant par Jean-Luc Silicani, une même ambition politique relative à la mise en place d'infrastructures de très haut débit a été martelée: la fibre doit être acheminée en même temps à la fois dans les zones denses et dans celles qui ne le sont pas.
 
Ambition louable, cohérente avec la volonté d'éviter une nouvelle fracture numérique qui serait encore démultipliée par les performances du très haut débit, alors même que certaines localités ne disposent pas encore de l'ADSL, et/ou attendent encore une couverture correcte en téléphonie mobile. Mais voilà...peut-on faire concorder cet objectif politique avec la dure réalité économique ? C'est tout le débat qui est lancé en sourdine par l'ensemble des acteurs du numérique, à commencer par les opérateurs qui ont annoncé des plans d'investissement massifs...principalement dans les zones denses.

Revenons quelques mois en arrière. Il n'a déjà pas été facile pour l'ARCEP de réglementer la mise en place des infrastructures de fibre optique en zone dense, dite zone 1. Les polémiques autour des fibres surnuméraires et du point de mutualisation ont retardé l'annonce d'un accord entre les acteurs, finalement obtenu en Décembre 2009; seul Bouygues Telecom conteste encore (et tardivement!) un cadre réglementaire qui permet le déblocage des investissements pour les quinze plus grandes villes de France.

Qu'en est-il des autres zones ? L'ARCEP travaille à l'extension du cadre réglementaire aux zones moins denses, pour lesquelles une intervention publique sera probablement nécessaire pour rendre les projets économiquement rentables aux acteurs privés. Pour cela, plusieurs pistes:

- Le grand emprunt comporte une part de 2Mds€ pour les infrastructures de très haut débit. Dans le détail du projet de loi de finances rectificative, on lit que 1Md€ devrait être attribué aux zones moyennement denses, sous formes de prêts, 1Md€ aux zones peu denses sous formes de subventions.

- Hervé Maurey, Sénateur Nouveau Centre de l'Eure, a été choisi par le gouvernement pour proposer des recommandations d'ici fin Juillet 2010 afin d'alimenter de manière pérenne le Fonds National pour la Société Numérique.

- L'ARCEP s'est prononcé sur la pertinence du plan de montée en débit de France Télécom, qui permettrait l'amélioration des performances du réseau ADSL actuel en conservant la boucle locale en cuivre: elle serait tolérée dans les zones non dégroupées ou aucun projet de réseau en fibre n'est prévu à moyen terme. 

 

THDNous le voyons, la fracture numérique est déjà à nos portes, puisque les zones denses bénéficient d'une incitation économique et réglementaire au déploiement, quand le reste du territoire attend encore des décisions structurantes pour son avenir numérique.

Il y a pourtant une bonne nouvelle: tous les outils sont en place pour réaliser l'ambition de départ, la fibre partout, pour tous, dans un grand programme qui s'achèvera en 2025, selon l'engagement du Président. La mise en place d'infrastructures de très haut débit est une "priorité nationale", le grand emprunt est voté: 2010 doit être l'année des premiers appel à projets d'envergure en zones non denses, pour montrer que cette volonté politique est réelle. Combattre la fracture numérique pour stimuler la compétitivité de tous les territoires.
Repost 0
Published by fortelle.over-blog.com - dans Trés haut débit fixe
commenter cet article

Présentation

  • : France 2.0
  • : Un regard passionné sur l'évolution des technologies de l'information en France et à l'étranger. Les opinions exprimées sont strictement personnelles.
  • Contact

Recherche