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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 09:11

tv-mobile.jpgAlors que des millions de mobinautes se sont aujourd'hui habitués à surfer sur leur mobile pour y trouver leurs chaînes favorites, grâce aux performances des réseaux 3G (Orange France annonçait fin 2009 trois millions d'utilisateurs réguliers de ses services de TV sur 3G), et aux hotspots wifi,  les medias évoquent encore régulièrement la mort, puis la renaissance de la fameuse "TMP". L'acronyme signifie bien "Télévision Mobile Personnelle", ce qui rend perplexes certains observateurs: comment cette TMP pourrait-elle bien mourir, alors que l'offre Freebox TV est disponible sur iPhone/iPad ou que TF1 propose de suivre la coupe du monde sur son smartphone ? L'explication est simple: cette communication parfois opaque cache une guerre des standards. Si les réseaux 3G (et bientôt 4G) permettent en effet d'accéder à la télévision, d'autres propositions industrielles aimeraient aussi voir le jour en France.


DVB-H.jpgRappelons les faits. Depuis 2005, de nombreuses expérimentations ont eu lieu en France et en Europe. La Commission européenne a annoncé son soutien en 2007 au standard DVB-H, déclinaison pour les appareils mobiles de la norme DVB-T utilisée pour la télévision numérique terrestre. Les deux grand concurrents de cette norme étaient le T-DMB sud-coréen, et la technologie "Media-Flo", soutenue par l'américain Qualcomm. A la suite de cette décision le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel français a lancé une consultation pour l'attribution de treize chaînes privées destinées à être diffusées sur Télévision Mobile Personnelle, en Mai 2008. Depuis, le dossier s'est enlisé devant le peu d'empressement des opérateurs mobiles à investir dans un nouveau réseau dédié à la TMP, quand l'engouement des abonnés pour la TV sur 3G paraissait amplement suffisant. Le modèle économique de la TMP n'a pas été trouvé suffisamment convainquant. La nomination en Février 2009 par le gouvernement d'un médiateur, Cyril Viguier, pour une mission de quelques mois, a mis de nouveau en lumière dans son rapport le refus d'Orange, SFR et Bouygues de financer le réseau TMP avant plusieurs années. Deux scenarii possibles étaient alors envisagés:

- l'option de repli par la constitution d'une société ad-hoc de financement qui signerait un contrat avec le multiplex pour acheminer son signal, et qui se rétribuerait auprès des distributeurs;

- l'option préférentielle d'un opérateur de multiplex constitué d'au moins deux opérateurs mobiles majeurs sur trois, et des éditeurs, dont l'obligation de couvrir 30% du territoire en 3 ans pourrait être allégée.

 

Pendant ce temps aucun signe d'encouragement ne venait de l'étranger. Les seuls marchés où la TMP était lancée à grande échelle ne présentent pas de résultats vraiment positifs: en Corée du Sud et au Japon, les services TMP payants ont des difficultés à trouver leur public. En Espagne, la TMP a même été officiellement abandonnée le mois dernier par le ministère de l'industrie. Aux Etats-Unis, Qualcomm a été obligé de nier la semaine dernière vouloir se séparer de sa technologie "Media-Flo", mais a tout de même évoqué des chiffres de ventes décevants. Devant l'absence de volumes suffisants, l'écosystème peine à se mettre en place; les terminaux restent chers, et leur choix insuffisant face à l'offre 3G.

 

Dans ce contexte, le gouvernement français s'est pourtant obstiné à vouloir trouver une solution pour la TMP, car notre pays dispose d'un tissu de PME dynamiques dans ce secteur, Alcatel-Lucent veut développer une alternative DVB-SH (susceptible de baisser les coûts de diffusion) et TDF, dont une partie du capital est toujours propriété de l'Etat,  et qui s'est séparé du quart de ses effectifs en 2009, compte beaucoup sur ce relais de croissance. Ce dernier était d'ailleurs prêt à financer une partie importante du réseau. Prenant acte de ce déblocage de la dernière chance, le CSA a confirmé début avril les autorisations des chaînes TMP, donnant deux mois aux sociétés pour constituer une organisation commune susceptible d'assurer les opérations techniques nécessaires à la diffusion des signaux. Enfin, la signature d'un accord entre TDF et le groupe Omer (propriétaire de Virgin Mobile, Tele2 Mobile, Breizh Mobile et Casino Mobile) a rassuré le gouvernement. Le CSA devrait annoncer aujourd'hui la désignation de TDF comme opérateur multiplex par les treize chaînes TMP privées et les trois publiques, pour un réseau lancé au second semestre 2011 et qui couvrira 2500 communes, et 50% de la population.

 

 

 

Mediaflo-copie-1.jpgCette renaissance de la TMP passe aussi par d'âpres discussions en coulisses sur le standard qui sera utilisé par TDF pour construire le réseau de diffusion. Le DVB-H, bien que standard choisi au niveau européen, ne semble plus être la piste privilégiée; plusieurs alternatives s'affrontent, l'une portée par Alcatel-Lucent, pour le DVB-SH, l'autre par Qualcomm, pour "Media-Flo". L'enjeu est considérable, et très politique:

- il en va de la survie du standard américain dont nous avons déjà souligné plus haut la manque de succès outre-atlantique. Qualcomm pourrait ainsi mettre sa puissance financière dans la balance et financer une partie non négligeable des coûts;

- par-ailleurs, la sélection du DVB-SH pourrait consolider un écosystème encore fragile (dont un tissu de PME françaises), sur lequel compte Alcatel-Lucent pour rentabiliser ses investissements et développer l'activité dans d'autres pays;

- la norme chinoise CMMB, elle-aussi évoquée par TDF, sert peut-être d'argument de négociation pour améliorer l'offre de Qualcomm, mais ne paraît pas politiquement crédible

 

Dans ce contexte il sera intéressant de décrypter le choix final de TDF, et de juger si finalement la technologie sera assez mature l'an prochain pour permettre un retour sur investissement, suscitant ou non l'intérêt des consommateurs. Peut-être les réseaux 3G seront-ils davantage saturés; les fréquences adjugées pour la 3G et bientôt pour la 4G permettent d'en douter, à moins d'un gigantesque "effet tablette" qui obligerait les opérateurs à décharger leurs réseaux en toute hâte. Mais si les consommateurs devaient finalement rejeter la TMP, ce serait une nouvelle preuve qu'il est délicat d'imposer une norme au marché, quels que soient les efforts politiques et industriels réalisés.


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