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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 09:54

Bundesnetzagentur.jpgC'est un test grandeur nature pour les régulateurs européens de télécommunications qui va avoir lieu aujourd'hui à Mayence, à l'Ouest de l'Allemagne. En effet, quatre opérateurs allemands vont s'affronter pour acquérir aux enchères le droit d'utiliser des fréquences supplémentaires pour leur réseaux mobiles, ce qui devrait leur coûter au total entre cinq et dix milliards d'euros. Dans le lot des fréquences mises à disposition par le régulateur, la fameuse bande 790-862 MHz du dividende numérique, les fréquences en or libérées par le passage à la télévision numérique. C'est là que la bataille risque d'être la plus rude, car seuls six petits lots de 2x5 MHz sont libérables; dans un souci d'équité le régulateur allemand a permis aux opérateurs moins puissants (E-Plus et O2) d'en obtenir trois au plus, soit 3x 15MHz, quand T-Mobile et Vodafone ne pourront espérer que deux lots au plus, soit 2x10MHz.


LTE-copie-1Sur ces fréquences en or, tant convoitées car elles permettent la couverture nationale en 4G de façon moins coûteuse que les fréquences plus élevées,  la technologie de très haut débit mobile sera très probablement le LTE (Long Term evolution), dont on sait que les meilleurs performances s'obtiennent sur des canaux de 2x20MHz. En cela le fractionnement des lots décidé par l'Allemagne, inévitable en raison du nombre d'acteurs intéressés et de l'étroitesse de la bande disponible, peut donner lieu à plusieurs situations:

- un affrontement à couteaux tirés sur ces lots, les plus gros acteurs T-Mobile et Vodafone pesant de tout leur poids financier pour obtenir le maximum de spectre possible, ce qui s'achèverait probablement sur une disposition finale en deux canaux de 2x10MHz, et deux de 2x5MHz (ou un de 2x10MHz) pour E-Plus/O2. Cette première situation aurait pour effet de minimiser les performances LTE sur tous ces canaux, en divisant au moins par deux les débits qui auraient été possible avec des canaux de 2x20MHz: l'objectif de très haut débit mobile ne serait donc pas vraiment atteint, au profit d'un optimum financier des enchères, et d'un gain d'aménagement du territoire car les opérateurs remportant ces fréquences auront obligation de couvrir en priorité les zones blanches.

- une seconde situation est celle d'un accord préalable entre des couples d'opérateurs visant à permettre la mutualisation des coûts de construction du réseau LTE et la mise en commun des fréquences remportées pour obtenir des canaux de 2x20MHz, et donc des performances maximales pour le client final. Même dans ce cas-là, il est probable que la concurrence entre T-Mobile et Vodafone fasse converger les stratégies d'alliances, aboutissant encore à une situation où les deux grands s'assureraient chacun au moins de gagner 2x10MHz et espéreraient que leur allié gagnerait lui aussi les 2x10MHz restants. L'optimum économique pour l'Etat allemand pourrait là encore être atteint par une concurrence entre deux conglomérats potentiels.

- une autre situation consisterait à la création ex-ante d'un consortium de trois, voire quatre acteurs, pour une mutualisation plus large encore. Mais il est peu probable que le régulateur allemand permettrait une telle mise en commun qui conduirait à une forme de monopole. 

 

arcepL'issue de ces enchères pour le dividende numérique allemand sera intéressant pour l'ARCEP car il permettra de mieux comprendre la réaction des opérateurs aux conditions d'attribution, dans un mode proche de celui qui aura lieu en France, avec quatre acteurs, et une largeur de bande attribuée identique. Si, comme nous le prévoyons ici, le résultat des enchères allemandes ne conduit pas à un optimum de performance en très haut débit mobile (car il limite la taille des canaux obtenus par acteur), alors un résultat identique en France serait à craindre, et les technologies hertziennes contribueraient moins bien au plan national d'accès au très haut débit. A moins de lier l'accès à au moins un canal indivisible de 2x20MHz à des contraintes de performances et de couvertures en zones peu denses. Une sorte de service universel du très haut débit mobile, en somme, qui réduirait les besoins en fibre optique. Mais un détriment d'un optimum économique immédiat issu de la vente des fréquences, ce qui, en période de restriction budgétaire, risque fort d'être difficile à vendre à Bercy...

 

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